V. plus haut
Ces opinions contradictoires sont en réalité parfaitement conciliables; il suffit pour cela d’avoir présente à l’esprit la distinction de la valeur d’usage et de la valeur d’échange b La valeur d’usage, le degré d’utilité qu’une richesse présente pom' son possesseur, est chose toute subjective, elle varie d’homme à homme; un chien de chasse par exemple a pour un braeonnier plus de valeur d’usage que pour un paralyti(pie. Dans l’échange, chacun des contractants estime à son gré la valeur d’usage de la chose qu’il acquiert et de la chose qu’il abandonne et, si l’échange se conclut, c’est précisément que^ pour chacun des échangistes, la valeur d’usage de la chose acquise, son degré d’utilité, est sui)érieure à la valeur d’usage de la chose cédée. En ce sens, l’échange est avantageux à la fois aux deux parties en présence. La situation est toute différente si l’on considère la valeur d’échange. A ce point de vue il parait exact de dire que les deux objets à échanger avaient une égale valeur — du moins pour les parties — puisqiie l’échange s’est conclu, et ceci prouve en passant que, contrairement à une opinion très répandue, la valeur d’échange est subjective comme la valeur d’usage elle-même.
307. Fonction de la monnaie comme instrument des échamjes; le troc et la vente. — La forme originaire de l’échange paraît avoir été le « troc », échange dirt^ct dans lequel un des échangistes remet une marchandise pour obtenir de l’autre échangiste une autre marchandise. Mais il est à présumer que, de très bonne heure, les hommes ont dû être frappés des inconvénients du troe et ont cherché par suite dans l’emploi de la monnaie un moyen d’y échapper. Grâce à la monnaie, marchandise que tous les hommes, en vertu d’un accord exprès ou tacite, sont convenus d’accepter comme intermédiaire dans leurs échanges, la vente s’est peu à peu substituée au troc. Cette substitution remonte sans douti^ à la plus haute antiquité, car, ainsi que nous le verrons *, l’origine historique de la monnaie est des plus anciennes. La distinction juridique du troc et de la vente avait été déjà nettement dégagée par le droit romain; elle donnait lieu à une controverse entre les deux écoles de jurisconsultes, Sabiniens et Proculiens. L’opinion