plus loin
L’KCHANGE, CA VALEVR ET LE PRIX
de ces derniers avait iirévalu, d’après laquelle il n’y a vente que s’il y a « prix » consistant en monnaie, « in peciinia numerata ». Si la valeur obtenue par une des parties ne consiste pas en numéraire, le contrat n’est pas une vente, mais un échange stricto sensu, un simple troc.
3Ü8. La substitution de la vente au troc a marqué un progrès économique considérable. Le troc présentait en effet, pour sa réalisation, de multiples difficultés. Il fallait, non seulement que l’un quelconque des échangistes connût une personne possédant la chose qu’il désirait acquérir, mais que cette personne fût disposée à céder sa chose et désirât celle qui lui était offerte en échange. Cela supposait en outre, ou que la valeur des deux marchandises était égale, ou que l’une au moins d’entre elles était facilement divisible. 8i, par exemple, le possesseur d’un cheval voulait le troquer contre une arme, il fallait d abord qu’il connût une autre personne qui possédât cette arme et qui eût le désir d’acquérir un cheval. Il fallait en outre <jue chacun des deux intéressés ne considérât pas le sacrifice qu’il devait consentir comme supérieur à l’avantage que le troc lui procurerait. La plupart du temps, le troc devait néces.siter pour sa réalisation une série plus ou moins longue d’opérations mettant en présence de multiples échangistes. Par exemple le possesseur du cheval et celui de l'arme ne seraient pas arrivés à se mettre d’accord directement; le second n’avait pas envie du cheval, ou le premier entendait, en échange de l’animal, obtenir plusieurs armes. Le troc, irréalisable directement, pouvait se décomposer en plusieurs opérations successives. Le possesseur de l’arme désirait peut-être acquérir du blé; le possesseur du cheval de son côté, connaissait une personne qui échangerait volontiers son blé contre un clieval. Grâce à cet intermédiaire, le troc indirectement arrivait à se réaliser. Le cheval était échangé contre le blé, iniis, avec une quantité plus ou moins considérable de ce ble, marchandise essentiellement divisible, l’ancien possesseur du cheval pouvait se procurer l’ai'me qu’il désirait. Mais on voit par cet exemple à quelles complications devait fréquemment, dans la pratique, se heurter la réalisation des échanges sous cette forme primitive, encore usitée cependant dans les rares contrées où ne s’est pas suffisamment répandu l’usage de la monnaie.
son. Grâce à la monnaie, l’échange ne va plus en effet rencontrer d’obstacles, à la seule condition que chacun des deux
échangistes soit disposé à céder sa propre chose. Dans notre hypothèse, le possesseur du cheval vendra celui-ci, c’est-à-dire le cédera à une personne quelconque en échange d’une certaine quantité de monnaie. Il n’aura jjlus alors à se préoccuper que de connaître une personne possédant une arme, et qui soit disposée à la céder. Cette personne, qui n’aurait peut-être pas consenti à échanger son arme contre le cheval, consentira volontiers à l’échanger contre la monnaie car elle sait qu’avec cette, monnaie elle pourra toujours se procurer une marchandise quelconque, la monnaie étant, de par sa nature, acceptée par tous et susceptible d’être écliangée contre toute autre espèce de richesse. On évite donc ainsi le circuit d’opérations auquel, avec le troc, on aurait été contraint la plupart du temps; et on évite aussi les difficultés très grandes pouvant tenir à la différence de valeur des deux marchandises à échanger, car la monnaie qui leur sert d intermédiaire est essentiellement divisible. Si, par exemple, le cheval a une valeur double de celle de l’arme, le possesseur du cheval, en achetant celle-ci, ne remettra à son vendem- que la moitié du prix provenant de la vente de l’animal.
Il ne faut pas cependant que cette transformation de l’échange primitif fasse illusion sur la nature comparative de la vente et du troc. En réalité, l’échange d(^s produits entre eux subsiste dans la vente, malgré les appare-nces contraires. Ce sont toujours les marchandises les plus diverses qui se servent les unes aux autres de contrepartie, au moyen et par l’intermédiaii’e de l’une d’entre elles, la marchandise monnaie^. Mais, au lieu de s’échanger directement, comme dans le troc, elles s’échangent indirectement.