V. plus haut les n®“ 161 et suiv
2. Sur la valeur, v. Condillac, Le Cffmrnerced'dn.s ses rapports aver le Goitvrrnemenf, 1776; Cournot, Principes fnalhéwaiiques de la théorie des richesses^ 183S; Waltras, Théorie de la monnaie, 1887; Stanlcy-Jcvons, La monnaie
l’échange, la valeur et le prix 319’
varie fréquemment. D’où vient donc la valeur d’échange? De quels éléments est-elle constituée? Quelle est, en un mot,, sa substance? Difficile problème, qui divise encore aujourd’hui les économistes.
La tendance générale a été, pendant fort longtemps, de ramener la valeur à un seul élément constitutif, à une cause unique, qui pour les uns serait le travail, pour d’autres, l’utilité, pour d’autres encore la rareté. Aucune de ces théories simplistes n’a victorieusement résisté à la critique. D’autres explications ont été proposées qui, sans s’écarter sensiblement des précédentes, paraissent serrer d’un peu plus près la vérité. Aucune cependant ne saurait encore se vanter d’avoir obtenu rassentiment général.
311. Théories qui fondent la valeur sur le travail; objections qu’elles soulèvent. — Ces théories peuvent invoquer l’autorité de la plupart des grands économistes de l’école classique, notamment d’Ad. Smith, de Eicardo et de Bastiat K Pour Ad. Smith, la valeur d’un objet se mesure à la quantité de travail nécessaire pour le produire. Si deux objets s’échangent l’un contre l’autre, c’est qu’aux yeux des échangistes ils « contiennent la valeur d’une égale quantité de travail ». C’est également l’opinion de Eicardo, avec cette particularité toutefois que, pour lui, la valeur est mesurée non seulement par le travail actuel, mais aussi par le travail antérieur affecté, sous forme de capital, à la production. Pour Bastiat, s’inspirant de Carey, la formule est un peu différente. Le travail qu’il propose de prendre en considération comme élément constitutif de la valeur, c’est celui que l’échange épargne à l’acquéreur *. Et comme, en épargnant à l’autre un travail, chacun des échangistes lui rend service, Bastiat est amené à définir la valeur : le rapport de deux services échangés. Plus récemment, l’idée que la valeur est fondée sur le travail a trouvé son expression dans une théorie
ci le mécanisme de V échange, Irad. franc., I87»l; lîourgnin, f. a mesure de la valeur et la monnaie, 1S96; Turgooi), La valeur d'après les économistes anglais depuis Ad, Smith, 1913.
1. V. |)(nir jjlus de détails sur ces Lliéories, (Üde et Piist, tiisloire des doctrines économiques.
2. Suivant Carey {Principes de sciencf^ .çoe/u//’), la valeur est la mesure des* difficultés que Téchange épargne à l’acquéreur.
dite du « coût de production ^ », qui au fond se rattache directement à la thèse ricardienne. La valeur d’un objet serait mesurée par l’ensemble des frais qui représentent, sous la forme de salaire, d’amortissement et d’intérêt, la rémunération du travail actuel et du travail passé (capital) consacrés à la production.
S’inspirant sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, des économistes libéraux, les écrivains socialistes ont eux-mêmes admis facilement que toute valeur vient du travail. Ce sera en effet le postulat du marxisme. La valem' d’un objet est mesurée, selon Marx, par la quantité de travail social moyeu qu’il contient, c’est-à-dire par le nombre d’heures de travail qu il faudrait en moyenne iiour le produire, l'imité de mesure étant l’heure de travail simple, produit de la force de trai ail, dont tout travail qualifié n’est qu’un multiple.
Ce qui peut, au premier abord, paraître fort curieux, c’est qu’avec ce point de départ commun, — l’idée de valeur fondée sur le travail, — économistes et socialistes aboutissent à des conclusions tout à fait opposées. C’est, pom* les premiers, la justification éclatante de la propriété privée, toute valeur appropriée venant du travail du propriétaire ou de ceux dont il tient ses droits. Pour les socialistes au contraire, la propriété privée reste la plupart du temps illégitime, parce que le travail qui lui sert de fondement sera, le i»lus souvent, non le travail du propriétaire ou de ses auteurs, mais le travail de salariés, de prolétaires, qui n’ont pas été rémunérés d’une manière équitable, en un mot du travail non payé.
312. Quelle que soit la forme qu’elle ait pu revêtir, la théorie qui fait du travail la substance et la mesure de la valeur d’échange soulève de multiples et sérieuses objections Comment se fait-il tout d’abord, si toute valeur vient nécessairement du travail, que l’observation des faits révèle l’existence de valeurs, et de valeurs considérables, qui ne sauraient trouver dans le travail leur origine. On a bien des fois cité le cas des terres vierges, ou des sources minérales qui jaillissent naturellement. Beaucoup d’autres exemples pourraient être proposés.
Comment se fait-il, d’autre part, si le travail est la mesure de la valeur, que les objets ayant coûté des quantités de travail
1. Sur la notion du coût de production, v. plus loin, n® 322.
2, <üde. Cours d' Economie politiquCy 4« édition, t. I, pp. 76 et suiv.
l’Échange, la valeur et le prix 321
égales aient des valeurs très diverses et, à l’opposé, que desobjets qui supposent pour leur production des quantités de travail différentes aient la même valeur. C’est ainsi que deux tableaux ayant exigé la môme quantité d’heures de travail ^
auront, la plupart du temps, des valeurs d’échange très inégales, et cela non seulement s’ils sont l’anivre de deux peintres, mais au cas même où ils proviendraient du même artiste. Et c’est ainsi, à l’inverse, que siu un marché réunissant certaines conditions, des produits agricoles de même natui’c se vendront au même prix, ou comme on dit au même, cours sans égard aux différences dans les quantités de travail que représente leur production et qui résultent des circonstances naturelles, notamment de l’inégale fertilité du sol.
Il peut enfin se présenter telle hypothèse, celle d’une production monopolisée par exemple, où la valeur d’échange soit, dans une très large mesure, indépendante du travail, cette valeur étant susceptible de s’élever par la seule volonté du , ;
monopoleiu’, sans que pourtant le travail nécessaire à la pro :
duction subisse aucun changement. ^
Comment, au surplus, si l’on mesure la valeur des choses !
par le travail qu’elles représentent, mesurer la valeur du travail lui-même, valeur qui, à égalité de durée, n’est pas toujours identique, ni immuable; et quelle sera, pour cette marchandise particulière, objet de tant de conventions, la cause ou la substance de la valeur?
313. Théories qui foiideiil ia valeur .sur l’utilité ou la rareté -. —
Pour qu’une chose ait de la valeur, il faut qu’elle soit utile, qu’elle soit de nature à assurer la satisfaction de quelque besoin ; sur ce point tout le monde est d’accord. Mais, tandis que, fiour un grand nombre d’économistes, une chose utile n’a de valeur qu’autant qu’elle exige eu outre pour sa production une certaine somme de travail et nécessite certains frais, d’autres
pensent qu’une chose a de la valeur par cela seul qu’elle est utile, en d’autres termes, qu’elle tire sa valeur de sa seule utilité. C’est en effet, dit-on, parce qu’elle provoque le désii' qu’elle est susceptible d’échange; et si par aventure elle cessait complètement d’être désirée, du même coup elle perdrait tout pouvoir