‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 136 sur 568 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

l’Échange, la valeur et le prix

fication de cette thèse, qu’il s’agisse non de rareté absolue mais de rareté relative, résultant du rapport entre quantités et besoins On voudrait dire alors simplement, non pas qu’une chose est d’autant plus utile qu’elle existe eu quantité plus limitée, mais qu’une chose est d’autant plus désirable, partant plus utile économiquement, que la proportion est plus faible entre les quantités disponibles de cette chose et les besoins correspondants. Et il en résiüterait que la valeur est mesurée par l’utilité en fonction de la rareté. C’est précisément à cette conclusion qu’aboutit, sous une forme ingénieuse, la doctrine dite de 1’ « utilité finale ».

315. Théorie ijui fonde la valeur sur l’iililité finale. — Nous avons vu ‘ que la valeur d’usage d’un bien divisible, le degré d’utilité qu’il présente, est, pour une partie quelconque de ce bien, mesiu’ée par son utilité finale, c’est-à-dire par la satisfaction que peut, grâce à elle, recevoir le besoin le moins important, le moins pressant du possesseur. Il y aurait lieu, d’après les économistes de l’Ecole autrichienne d’étendre à la valeur d’échange l’apphcation de ce principe. La valeur d’échange aurait pour mesure, comme la valeur d’usage, l’utilité finale. Chacun des deux échangistes, en effet, se préoccupe de la valeur d’usage comparative des deux biens qui font l’objet de l’échange. Il ne réalisera celui-ci que si la moindre satisfaction qu'il peut obtenir grâce à la chose qu’il va acquérir compense la moindi-e satisfaction à laquelle il aurait pu prétendre avec la chose qu’il est disposé à céder.

Supposons par exemple qu’il possède quatre sacs de blé et qu’il ait affecté chacun d’eux à un usage différent. S’il venait à se dessaisir de l’un de ces sacs, il de vrait natm’ellement renoncer à celle des quatre satisfactions à laquelle il attachait le moindre prix, par exemple à la possibilité d’élever des volailles. Ce serait là précisément l’utiLité finale de chacun de ses sacs et il ne consentirait à en céder un que si la chose à acquérir en contre- échange représentait pour lui une satisfaction au moins égale à celle dont il se trouverait privé. C’est donc cette

1. V. [tins liaiil, 11° 70; v. aussi une bonne analyse de ladoeirine dans Landry, Manuel (F économique, 1008.

2. \. (tins haul, n° 2H. \ . aussi Maurice Block, Les progrès de la science économique depuis Ad. Smith.

moindre satisfaction, cette utilité finale, dans l’espèce la possibilité d’élever des volailles, qui mesure la valeur d’échange de chacun des quatre sacs. Mais si, au lieu de quatre, il n’en avait que trois, il eût dû renoncer à élever des iioiiles et l’utilité finale de chacun des trois sacs eût été par exemple la possibilité de l’employer à nourrir son bétail. Ce sera donc cette satisfaction dont il se trouvera privé s’il cède un de ses trois sacs et c’est elle par conséquent qui mesurera la valem- d’échange de chacun d’eux. S’il n’avait eu que deux sacs de blé, par lui destinés, le premier aux semailles, le second à son alimentation personnelle, la valeur d’échange de chacun d’eux se trouverait encore mesurée par son utilité finale, c’est-à-dire par la possibilité pour le possesseur de l’employer à sa nourriture, et le bien acquis en contre-échange devrait représenter pour celui-ci une satisfaction au moins égale.

On voit donc, non seulement que la valeur d’échange d’un bien dépend du degré d’utilité qu’il présente, mais varie avec ce degré d’utiUté, sous l’influence de la rareté relative, c’està-dire du rapiiort entre les quantités et les besoins. Au fond, dire que la valeur d’échange a pour mesure l’utilité finale revient à dire qu’elle e.st fondée sur l’utilité influencée par la rareté.

Mais on peut observer d’autre part qu’il existe un rapport entre le travail et la rareté, une cliose rare, dont les quantités existantes ne correspondent pas aux besoins, supposant le plus ordinairement pour sa production une somme élevée de travail. D’où cette conclusion qui paraît s’imposer, qu’il est à peu près impossible de ramener la valeur à une seule cause, à un seul élément constitutif. On dit parfois que la valeur dépend de deux facteurs ; l’utilité d’une part, la difficulté d’acquisition de l’autre, en faisant rentrer dans celle-ci la rareté relative et le travail. Ceci peut être exact, mais il est impossible de déterminer avec quelque précision dans quelles proportions se combineront ces multiples éléments pour fonder la valeur. Et on est porté naturellement à penser qu’il vaudrait peut-être mieux renoncer à cette analyse subtile et décevante du concept de valeur pour s’en tenir à la notion plus nette et plus concrète du « prix ».

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