LE PRIX
316. Fouctiou dp la monnaie comme étalon des valeurs; le pri.\. — Pour évaluer une marcha ndise, il faudrait, à défaut d’une commune mesure des valeurs, rapprocher cette marchandise successivement de toutes les autres et déterminer par rapport à chacune d’ellés son pouvoir d’acquisition. Ce pouvoir étant essentiellement différent suivant les objets en présence, la valeur elle-même trouverait son expression dans une série de rapports essentiellement différents. On dirait par exemple : un cheval vaut dix moutons, vingt hectolitres de vin; mais une semblable indication serait insuffisante pour permettre de déterminer directement et rapidement quelle est la valeur d’un cheval par rapport à une autre nature de marchandise, le blé par exemple. Il pourrait se faire, il est vrai, que l’on connût la valeur, par rapport au blé, de l’un des produits antérieurement évalués. Si par exemple un hectolitre de vin valait deux hectolitres de blé, on serait naturellement amené à en conclure qu’un cheval, valant vingt hectolitres de vin, vaut quarante hectolitres de blé. Une série de calculs analogues plus ou moins compliqués serait nécessaire, en dehors d’une évaluation directe d’objet à objet, pour déterminer la valeur d’un cheval par rapport aux diverses marchandises et la. valeur de toutes ces marchandises entre elles.
Gr:1ce à l’emploi de la monnaie, ces difficultés vont disparaître. La monnaie servira en effet de point de comparaison, de commune mesure des valeurs. On évaluera toutes les marchandises par rapport à la monnaie, et cela permettra d’obtenir très facilement leur valeur comparative. Si par exemple
1. Sur la théorie du prix, v. Stanley-Jevons, La monnaie et le mécanisme de l'échange, trad. franç., 1876 : Walras, Théorie de la monnaie, ISSl •. Arnaiiné, La monnaie, le crédit el le change, 5« édition, 1913; Aiipctit, Théorie de la monnaie, thèse; Nogaro, Le rôle de la monnaie dans le commerce internaliunal el la théorie qnantilative, 1904; Colson, Cours d'économie politique, 1901, l. 1; et les pénétrantes études de notre regretté maître, .Marcel Mongin, sur • La monnaie et la mesure des valeurs », dans la ftevue d'économie p<dilique. 1887 et 1897.
l’Échange, la valeur et le prix 327
un cheval vaut 800 francs, un mouton 80 francs, un hectolitre de vin 40 francs, il apparaîtra immédiatement, sans qu’on soit obligé d’opérer, pour connaître ces rapports, une série d’évaluations directes successives, que la valeur d’un cheval est dix fois celle d’un mouton et vingt fois celle d’un hectolitre de vin. Et si l’on sait, d’autre part, qu’un hectolitre de blé vaut 20 fr., il apparaîtra immédiatement qu’un cheval vaut quarante hectolitres de blé, sans qu’il soit besoin de rechercher quelle est, par rapport à l’hectolitre de blé, la valeur de l’hectolitre de vin. Les valeurs des diverses marchandises se trouveront exprimées par leurs prix, et la comparaison des valeurs résultera naturellement de la comparaison des prix ^
Observons toutefois que, pour remplir d’une façon parfaite ce rôle d’étalon des valeurs, il faudrait que la monnaie eût ellemême une valeur invariable. Or, la monnaie étant une marchandise -, sa valeur est soumise aux mêmes causes de variation que celle des autres marchandises : de telle sorte que les prix ne peuvent pas toujours, par leur rapprochement, fournir sur les valeurs comparatives des indications absolument exactes et probantes. On a par suite intérêt à choisir de préférence, pour remplir le rôle de monnaie, certaines natures de marchandises dont la valeur soit aussi peu variable que possible.
317. Comment se règlent les mouvements des prix; la loi de l’offre et de la demande®.' — Les prix des marchandises, comme leurs valeurs dont ils sont l’expression en monnaie, subissent des fluctuations incessantes. On dit le plus ordinairement que ces fluctuations sont réglées par le jeu de la loi de l’offre et de la demande. Par offre, il faudrait entendre, semblet-il, les quantités de marchandises disponibles, mises à la portée des besoins. La demande serait mesurée par l’étendue de ces besoins. Dire que le prix d’une marchandise dépend du rapport de l’offre et de la demande reviendrait donc à dire qu’il dépend du rapport qui, sur un marché déterminé *, s’éta-
1. Sur les notions de « valeur • et de « prix », v. plus haut, n»® 72 et .307.