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V. notamment Colson, Cours d' Economie politique, t. I

4. Cournot {Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses) définissait le « marché », « tout territoire dont les parties sont unies par des rapports de libre concurrence, en sorte que les prix s’y nivellent ave« facilité et promptitude ». La constitution d’un marché dans une région sup-

328 DEUXIÈME partie. CHAPITRE PREMIER

blit entre les quantités disponibles de cette marchandise et l’étendue des besoins auxquels elle répond. Mais une semblable formule demande à être précisée. Dans l’offre, en effet, il faut faire rentrer, à côté des marehandises actuellement disponibles sur le marché, celles qui, par suite des circonstances peuvent y être apportées assez vite et assez facilement pour correspondre aux besoins de ce marché et par demande il faut entendre non seulement les besoins actuels, déjà manifestés, mais les besoins éventuels sur lesquels, dès à présent, des prévisions peuvent être fondées. Ainsi, bien que les quantités actuellement disponibles d’un produit paraissent dépasser les besoins immédiats, le prix de ce produit pourra se maintenir et même ' s’élever si, dès à présent, on prévoit une restriction prochaine de l’offre ou un développement de la demande, au cas par exemple où, pour un produit agricole, les circonstances climatériques feront pressentir avec quelque degré de certitude une inauvaLse récolte. Et in versement, malgré rinsuflisance actuelle de l’approvisionnement d’un marché, les prix pourront ne pas s’élever si on prévoit l’arrivée sur c« marché, dans un délai très rapproché, de stocks importants pouvant donner satisfaction aux besoins en soulïrance. Le prix d’une marchandise est donc influencé par le rapport qui existe, non seulement entre les quantités actuellement disponibles et les besoins actuellement constatés, mais entre les besoins actuels et éventuels d’une part^ les marchandises actuellement et prochainement disponibles de l’autre.

Si on donne de l’offre et de la demande cette interprétation qui, seule, paraît conforme à la réalité, on conçoit combien il est difficile de déterminer avec exactitude, dans tous les cas, l’importance de chacun de ces deux facteurs dont dépendent les mouvements des prix. On conçoit d’autre part qu’à raison même de cette indétermination, il soit impossible de donner à la loi de l’offre et de la demande une formule ayant une précision mathématique. On dira par exemple : les prix ont ten-

pose la réunion d’un certain nombre de conditions : (ejecIùc léeuJ’d e fréquent des transactions relatives aux marchandises traitées, connaissance suffisante des approvi.sionnements et des intentions récii)roqiies, situation suffisamment homogène des différentes parties de la région. Les différents marchés peuvent d’ailleurs être plus ou moins étendus quant aux régions qui les constituent et quant aux marchandises qui s’y traitent. Sur la tend ance toute moderne à l’extension progressive des marchés, v. n» 320.

l’échange, la valeur et le prix 329

dance à s’élever quand les besoins dépassent les quantités disponibles; ils ont tendance à s’abaisser quand les quantités disponibles sont supérieures aux besoins.

318. On a proposé cependant des formules beaucoup plus nettes, celle-ci par exemple : les prix varient en raison directe de la demande et en raison inverse de l’offre. En d’autres termes, le prix d’une marchandise doublerait lorsque, les qualités disponibles restant les mêmes, les besoins viendraient à dou-' ‘

bler. Il diminuerait de moitié lorsque, les besoins n’ayant pas changé, les quantités disponibles s’élèveraient au double.

Sous cette forme rigoureuse, la loi de l’offre et de la demande ne paraît pins conforme à la réalité des faits économiques. Il peut parfaitement se faire, et l’observation le démontre, que les quantités disponibles ’ienant à doubler les prix s’abaissent .

de plus de moitié à raison de la concurrence entre les vendeurs, .j

ou, à l’inverse, que la baisse des prix ne dépasse pas le tiers, i

à raison de l’insuffisante connaissance qu’ont les consommateurs I

de l’état du marché. Et inversement, il arrivera qu’une aug- ' -,

mentation dans l’importance des besoins entraîne une hausse 1

proportionnelle plus accentuée des prix. "j

Il ne faut pa,s oublier d’autre part que, sur un marché déterminé, il n’y a jamais une offre et une demande absolument fixes, déterminées, car si lés prix sont influencés par les changements survenus dans les quantités disponibles et dans l’éten- due des besoins, à l’inverse les changements des x^rix exercent sur l’offre et sur la demande une influence notable. Tel est acheteur ou vendeur à tel prix, qui cesse de l’être à un prix supérieur ou infériem’. Si le prix du marché s’élève, un certain nombre d’acheteurs se retireront: la demande diminuera tandis que l’offre s’élèvera, car les producteurs seront tentés par la hausse des profits. Si, au contraire, il y a baisse des prix, ce sera l’offre qui sera découragée, taudis que les produits deviendront accessibles à un plus grand nombre de consommateurs et que la demande s’élèvera. De telle sorte que, si les prix dépendent dans une large mesure des rapports de l’offre et de la demande, on pourrait dire aussi justement que l’importance relative de ces deux facteurs dépend elle-même, dans une large mesure, du mouvement des prix.

Le plus sûr, au lieu de tenter de synthétiser, dans une formule qui risque d’être d’autant plus inexacte qu’elle sera plus précise, la loi de l’offre et de la demande est donc de chercher . - ;

.à déterminer, par l’étude des faits, les rapports qui s’établissent et l’action réciproque qui s’exerce entre les mouvements des prix d’une part, les besoins de la consommation et le développement de la production de l’autre. Et c’est précisément ce qu’un certain nombre d’économistes se sont proposé de faire en recourant aux procédés de la slatistique et en dressant, pour les principales natures de marchandises, de très intéressants graphiques dits « courbes de l’offre et de la demande ^ ».

319 Le prix courant; ses caractères *. — Si l’offre et la demande déterminent les mouvements des prix, elles subissent d’autre part l’influence de ces mouvements. De cette double action résulte qu’à tout instant il s’établit sur le marché un prix, d’ailleurs nécessairement variable, mais qui, momentanément et pour une durée plus ou moins longue, suppose l’équilibre de l’offre et de la demande.

Si par exemple les vendeurs veulent fixer à 20 le prix de leurs marchandises, il peut se faire qu’à ce prix un certain nom. bre d’acheteurs préfèrent se retirer du marché, laissant invendue une partie des marchandises. Il faudra donc, ou que les vendeurs se résignent à garder ce surplus, ou que, se faisant concurrence et cherchant, chacun de son côté, à attirer les acheteurs qui sont restés sur le marché, ils se décident à abaisser leurs prétentions jusqu’au chiffre de 18, par exemple. A ce nouveau prix, un certain nombre d’acheteurs nouveaux se présenteront sans doute. Si leur demande absorbe la totalité des marchandises offertes, le prix du marché se fixera à 18; sinon, les vendeurs devront encore, ou renoncer à vendre une partie de leur stock, ou abaisser de nouveau leur prix, à 16 par exemple, chiffre qui, provoquant l’intervention de nouveaux acheteurs et réalisant l’équilibre, l’égalité momentanée de l’offre et de la demande, deviendra le prix du marché.

Par l’effet même de la concurrence, le prix du marché se trouve donc fixé de telle manière que les quantités qui restent offertes correspondent exactement à l’étendue des besoins actuellement révélés. Mais à chaque instant l’importance de l’offre et de la demande se modifie. D’autres besoins subsistent qui se sont résignés et se révéleront à nouveau, si le prix deman-

1. V. Gide, Cours d' Economie politique, 4« édition, t. I, p. 351.

2. V. Cauwès, Cours d' Economie politique, 3® édition; t, I, n®® 191 et suiv.

, l’Échange, la valeur et le prix 331

I dé vient à s’abaisser. Et à l’inverse, des quantités plus ou moins considérables de marchandises se sont peut-être retirées du marché, qui y reviendront si les circonstances leur deviennent

I pécuniairement plus favorables. Et ainsi, un équilibre nouveau

I de l’offre et de la demande pourra s’établir sur un iirix nouveau, plus ou moins élevé que le prix actuel, et qui deviendra à son tour le prix du marché.

320. Ce prix du marché, essentiellement variable et réalisant à tout moment l’équilibre de l’offre et de la demande, est ordinairement désigné sous le nom de « cours », ou « prix courant ». Sa fixation est en grande partie le résultat d'une force économique que l’on apiielle la « spéculation ».

Sous un régime de concurrence, les particuliers peuvent trouver un intérêt personnel à assurer sur les divers marchés l’équiUbre permanent des quantités disponibles et des besoins Oràce aux progrès des moyens de communication, ils peuvent connaître facilement les divers prix qui, pour la même nature de marchandises, s’établissent au même moment sur les places commerciales les plus éloignées Grâce à la multiplicité et à la rapidité des moyens de transport, ils peuvent réaliser un protit pécuniaire en achetant cette marchandise là où elle est bon marché, parce que surabondante, pour la vendre là où elle est chère, parce que les besoins dépassent les quantités disponibles. Ils contribuent par leurs opérations à assurer partout un approvisionnement répondant aux besoins, à relever les prix là où ils sont trop bas parce que l’offre est en excès, à les modérer là où ils sont trop élevés parce que la demande prédo-

Imine, en un mot à régulariser les cours et à les niveler. La spéculation tend ainsi à élargir les limites du marché, à le rendre national, international, mondial même pour certaines marchandises. Et en servant leur propre intérêt, les spéculateurs servent l’intérêt général, celui de la masse des producteurs et des consommateurs.

321. Le prix courant est nécessairement, au moment où il s’établit, un prix unique, précisément parce qu’à ce prix il y a équilibre, égalité de l’offre et de la demande. Dans l’exemple que nous avons donné précédemment, si le prix se fixe à 16, c’est parce qu’à ce chiffre tous les vendeurs et tous les acheteurs en présence sont assurés, les premiers d’écouler leuis marchandises, les seconds de trouver un stock répondant à leurs besoins. ■On ne comprendrait pas dès lors qu’un vendeur quelconque

consentit à céder sa niarctiandise a\i-dessons du prix cpii lui procure un débouché certain, ni ciu’un acheteur quelconciue consentît à payer plus cher un produit qu’il peut obtenir à ce prix. Mais il faut supposer que le prix actuel du marché est connu de tous les vendeurs et de tous les acheteurs; il faut en outre que la marchandise offerte soit homogène de nature et de qualité, de telle sorte qu'il n’y ait aucun intérc't à acheter à l’un plutôt qu’à l’autre, ou à payer plus cher un échantillon qu’un autre. Ce sont précisément les conditions qui se trouvent réalisées dans certains grands marchés connus sous le nom de « Bourses ». Les transactions n’y peuvent porter que sur des types déterminés et constants de marchandises, valeurs mobilières ou produits, et pour chacun de ces types, le cours, fixé par écrit et porté à la connaissance immédiate des vendeurs et des acheteurs, règle au même moment, et à l’exclusion de tout autre prix, les opérations qui se traitent.

322. Le prix normal; comment il se détermine. — Le prix courant est, nous l’avons vu, un prix essentiellement instable- Il se modifie sans cesse sous l’influence des changements sm’venus dans l’offre et la demande; mais, sous un régime de concurrence, ces fluctuations sont contenues dans des limites assez étroites et le prix courant se trouve fatalement ramené, par l’effet même de la concurrence, vers un niveau idéal dont il tend sans cesse à se rapprocher. Ce niveau idéal, que l’on désigne parfois sous le nom de « prix normal », parce qu’il sert de régulateur aux écarts des cours, c’est le coût de production, ou prix de revient. On désigne sous ce nom l’ensemble des frais dont l’entrepreneur doit faire l’avance au cours de la production, en attendant qu’il ait pu en récupérer le montant par la vente des produits. On distingue les frais généraux, qui restent sensiblement constants, quel que soit le chiffre de la production et les frais spéciaux, qui varient en même temps que la production, s’élevant lorsqu’elle se développe, s’abaissant lorsqu’elle diminue.

En analysant de plus près la notion du prix de revient, on voit qu’il convient d’y faire rentrer de multiples éléments : d’une part l’intérêt et l’amortissement des capitaux fixes, d’autre part la valeur totale des capitaux circulants, matières premières, salaires payés, et l’intérêt au taux normal de ces capi.

l’éch.xnge, la valeur et le prix .333

taux, enfin certains frais accessoires qui représentent la rémunération de divers services, publicité, assurances, impôts.

Il peut se faire que l’entrepreneur lui-même ait fourni une partie du capital de l’entreprise, ainsi qu’un certain travail personnel, travail de direction, de surveillance, peut-être même d’exécution. En pareil cas, il fera rentrer dans ses prévisions, et sans doute aassi dans sa comptabilité, une certaine valeur représentant aux taux ordinaires d’intérêt et de salaire (peut-être même à un taux supérieiu à cause du risque) la rémunération de son capital et de son travail personnels. Cette valeur rentrera dans le prix de revient, comme l’intérêt et le salaire effectivement payés au capital et au travail étrangers. Si, défalcation faite de la valeur totale représentant l’ensemble de ces frais de production, le prix de vente des produits laisse un excédent, ce surplus constituera le profit de l’entrepreneur.

Le coût de production ainsi iléterminé va servir de régulateur au prix courant et constituer le « prix normal ». Sinîposons en effet que, l’équilibre du marché venant à être rompu par le développement excessif de l’offre, le prix courant s'abaisse au point de tomljerau-dessousdu prix de revient. La conséquence naturelle de cet état de choses sera le ralentissement, l’arrêt plus ou moins complet de la production. L’offre va diminuer rapidement; la demande, à l’inverse, va se trouver surexcitée par le lion marché. Le prix courant ne tardera pas dès lors à se relever.

Il ne saurait cependant dépasser sensiblement le coût de production. Dans ce cas, en effet, l’élévation du taux de profit tenterait les producteurs et amènerait une recrudescence de l’offre, ramenant le prix courant au niveau du coût de production, peut-être même au-dessous. Le coût de production est donc, sous un régime de concurrence, le point d’éijuilibre auquel, à travers ses fluctuations, le prix courant tend toujours à revenir. En ce sens, il constitue le « prix normal ».

323. ^lais il ne faut pas oublier que le coût de production est loin d’être identique pour toutes les entreprises concm’rentes. Il sera, en réalité, plus ou moins élevé selon que l’entreprise sera plus ou moins bien située, plus ou moins bien outillée, plus ou moins bien dirigée. Etant donné cette diversité très grande des prix de revient pom* la même marchandise au même moment, lequel constituera le prix normal? Sera-ce le coût de. production maximum, ou le coût de production minimum?

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Une distinction s’impose. S’il s’agit de produits industriels^ ou plus généralement de marchandises susceptibles d’une large production et dont le prix de revient tend à s’abaisser à mesure qu’augmente le volume de l’entreprise, ce sera le coût de production le moins élevé qui constituera le prix normal. Ce sera au contraire le coût de production maximum, lorsqu’il s’agira de marchandises dont la production ne peut, au delà d’une quantité assez limitée, s’accroître sans entraîner une augmentation du prix de revient, ce qui est fréquemment le cas de la production agricole h

Dans la première hypothèse, lorsqu’il s’agit de marchandises susceptibles d’une production concentrée, nous avons vu que 'abaissement du prix de revient est, dans la lutte industrielle, la condition même du succès, parce qu’il permet l’abaissement du prix de vente. Les seules entreprises qui pourront se main tenir et dont les produits alimenteront le marché seront celles qui, grâce à un coût de production très réduit, pourront abaisser suffisamment leur prix de vente. Le profit consistera, pour chacune d’elles, dans l’écart entre le prix courant, le même pour toutes, et le prix de revient, qui varie de l’une à l’autre. Mais, par suite même de la concurrence, la marge du profit tend sans cesse à se réduire, et le prix courant à se rapprocher du prix de revient. Si bien que l’on a pu soutenir que, sous un régime de concurrence absolue, le taux du profit pourrait finalement se réduire à zéro, le prix courant se confondant tout à fait avec le coût de production. S’il n’en est pas ainsi en fait, c’est qu’un certain nombre d’entreprises trouvent dans des circonstances diverses, situation avantageuse d’une usine par rapport aux voies de communication et aux centres d’approvisionnement ou brevet d’invention par exemjde, une sorte de monopole qui leur permet de maintenir pendant un temps plus ou moins

long leur prix de revient au-dessous du coût de production

des entreprises concurrentes. Cette situation privilégiée est pour elles une source de profits exceptionnels ; mais à la longue, la concurrence amène les autres producteurs à réduire, eux aussi, eurs frais de production *, si bien qu’en fin de compte c’est

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