plus loin, 11®^ 70 et 3l
2. Rüscher, Principes d' Economie polilique, traduction française, 1857,
3. Schmoller, Principes d" Economie politique, traduction française, 1905.
NOTIONS UKNKHALES SUR
l’Économie politique
pas, ni de formuler pour cet ordre naturel des lois économique universelles et absolues dans leur portée. Les seules lois qu’il pourrait établir seraient des lois historiques, vraies seulement pour un état social déterminé, à un moment déterminé. Et encore, ne doit-il se permettre de semblables généralisations si limitées soient-elles — qu’à bon escient, lorsqu’il aura accumulé un nombre d’observations assez considérable pour ne j»as avoir à craindre l’erreur, ce qui est loin d’être le cas aujourd hui. L’économiste doit donc s 'abstenir de toute généralisation hâtive; il doit se borner à étudier les diverses institutions d’un peuple en se fondant sur l’observation minutieuse des faits, et suivre ces institutions dans leur développement, grâce à l exam.en du passé, c’est-à-dire grâce à la critique historique.
30. Le mérite de l’école historique allemande aura été, à notre avis, d’attribuer à l’observation des faits la place essentielle, prédominante qui lui revient comme base en économie politique. Son tort est de refuser tout rôle à la déduction envisagée comme auxiliaire de l’observation et de priver ainsi la science économique d’un précieux instrument de recherche. En s’interdisant presque comx>Iètement d’autre part, sinon pour l’avenir, du moins pour le présent, de recourù’ à la généralisation, qui permet de formuler des lois, l’école historique amoindrit le rôle de l’économie politique et lui enlève même le caractère de science. Tl n’y a pas de science, en effet, là où il n’y a pas de principes généraux; l’économie politique, telle que la conçoivent les écrivains de l’école historique allemande amas.se pour l'avenir les éléments d’une science, elle n’est pas une science actuellement constituée; il faudrait même, a-t-on fait observer, des milliers d’années avant qu’elle le devînt étant donnés la masse énorme de matériaux à amasser, le nombre incalculable d’observations à réunir. Ajoutons d'ailleurs que, dans leurs ouvrages, les économistes de l’école historique allemande font parfois fléchii* la rigueur de cette niéthode: la science économique leur est redevable d un petit nombre de généralisations, qui, fondées sur l’observation minutieuse des faits du présent et du passé ne sont pas sans valenrb
1. V.notammenl Bûcher, Eludes d'Hisioire el d' Economie politique (1901).
31. L’e'*polp dp I.p Play; la méthode moiHUiraphiqne. — La Play* a été l’initiateur, en France, d’une méthode d’observation spécialement adaptée à l’étude des faits sociaux, la méthode monographique. L’étude monographique, o’e.st-àdire i 'observation approfondie et détaillée d’un cas choisi avec soin, coiiime type, doit porter particulièrement .sur la famille, que Le Play considère comme la cellule sociale. L’économiste observera la structure de la famille qu’il aura choisie comme type, déterminera les particularités qui distinguent ses divers éléments constitutifs, s’enquerra minutieusement de son genre de vie et dressera son budget. De semblables observations répétées sur un grand nombre de familles, toutes choisies avee soin dans le milieu où elles vivent, permettront une généralisation et dégageront les lois qui régissent ce milieu. Le Play luimême a mis en pratique sa méthode dans un grand nombre de monographies, dont la réunion constitue un ouvrage publié en 1855 sous le titre Les Ouvriers européens. Ses disciples, tout en continuant son œuvre, ont étendu l’application de la méthode monographique à d’autres groupements que la famille, par exemple à des groupements régionaux ou professionnels, à la commune et au métier
La méthode monographique perfectionne à certains points de vue l’emploi de l’observation dans les sciences morales; ellemême, cependant, peut n’être pas à l’abri de toute critique. Son utilisation rationnelle présente des difficultés particulières : celle, d’abord, de bien choisir dans un ensemble de faits le fait unique que l’on veut isoler afin de l’étudier comme type; celle ensuite d’éviter les erreurs d’observation, erreurs d’autant plus graves que l’observateur en le choisissant, attache plus d’importance au cas observé, d’autant plus fréquentes aussi que, souvent, elles auront été inspirées par des renseignements inexacts volontairement donnés à l’enquêteur.
32. La véritable méthode de l’économie politi<|ue. — Nous pouvons maintenant nous prononcer sur les mérites compara-
1. Le l’lay, rnorl en 1888, publia, en 1«64, sous lelilre, La Réforme sociale, un livre qui synüiôlise le programmine de son éeole.
2. V. du Maroussem, Les enquêtes, pratiipic et thé<jrie, 1899 et « Les ins truinents inonopraphiques d’observation », dans la Revue >l' Economie poli fûiue, 1897.
NOTIONS OÉNÉBAI-ES SUR I.’ÉC.ONOM I E POLITIOTK
tifs des deux méthodes déductive et inductive, au point de vue de leur apjilication à l’économie politique. La vérité paraît devoir être cherchée dan.s leur conciliation; bien loin de s exclure. comme l’ont quelquefois pensé les économiste.^, elles se com})lèten1 rime l’autre et .se prêtent un mutuel appui. A chacuiK* d’elles il convient de laisser sa part légitime. Ce sera l’ob- .servîition ipii sera le point de départ de toute recherche. Les résultats obtenus grâce à elle p(*rniettrout, par l’emploi de la générali.salioii, d’induire des principes, de formuler des lois. C’est alors (|u’inierviendra le raisonnement logique; s’appliquant à ces principes généraux, il en déduira les conséquences nécessaires. Il constituera par cela même un précieux moyen de contrôle, car si ces conséquences logiques venaient à être infirmées jiar l’observation des faits, ce serait l’exactitude du iirincipe lui-même qui se trouverait mise en cause. Rien n’empêche d’ailleurs (pie les résultats de l’observation soient l’occasion d’hy])othèses qui susciteront des observations nouvelles. Ce qu’il faut seulement, ce qui est essentiel, c’est que, dans l’application d<> cette méthode aux faits économiques, l’observation conserve toujours le premier et le dernier mot. Elle ne doit pas avoir pour but de fournir au raisonnement des illustrations et des confirmations; elle doit en être à la fois le point de déi)art et le moyen de contrôle.
33. Rôle île rexpérimenlalioii en économie politique. — L’économie politique, science d’observation, est-elle une science expérimentale t Dans quelle mesure l’emploi de l’expérimentation est-il chose pos.sible en économie politique ! 11 est une première forme d’expérimentation dont il semble, a priori, qu’il ne puisse être question dans les sciences morales; c’est l’expérimentation directe, c’est-à-dire la production volontaire, artificielle, des phénomènes, provoquée par l’observateur luimême aussi souvent qu’il paraît nécessaire, et en faisant, autant que de besoin, varier les conditions de l’expérience, de manière à isoler et à dégager toutes les causes qui sont en jeu. Fne semblable expérimentation n’est, dit-on, à la portée ni des économistes, ni même des gouvernements. Les expériences malheureuses coûteraient trop cher en matière sociale. On expérimente in anima vili-, on n’expérimente pas sur les sociétés
humaines.
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CHAIMTRK PRÉLIMINAIRE
Il est, à l’inverse, un autre mode d’expérimentation qui paraît parfaitement compatible av<ic la nature des phénomènes économiques; c’est l’expérimentation indirecte ou « méthode comparative ». Elle consiste dans l’observation répétée des mêmes phénomènes lorsqu’ils se produisent dans des milieux diffé- • rents, et par conséquent dans des conditions différentes. L’observateur notera attentivement les particularités de chaque cas. et, comparant les résultats, sera par cela même amené à discerner l’importance relative des multiples causes qui agissent sur les phénomènes observés. Une semblable méthode serait, d’après certains auteurs \ particulièrement féconde dans les sciences sociales; elle permettrait notamment à l’économiste de suppléer à l’impossibilité de l’expérimentation directe puisque, n’étant pas à même de faire varier les conditions dans lesquelles se produisent les phénomènes, il pourrait du moins observer les effets de ces variations lorsqu’elles se produisent en dehors de lui. C’est ainsi que les mesures réglementaires relatives aux conditions de salaire ou de durée du travail, de même que les lois confiant à l’Etat le soin d’exploiter en régie les chemins de fer, constituent pour les économistes des autres pays de véritables cas d’expérimentation indirecte, d’où ils pourront tirer d’utiles enseignements
Il conviendrait même, à notr*i avis, d’aller plus loin et d’admettre la possibilité, dans une mesure assez restreinte il est vrai, de l’expérimentation diiecte en économie politique. Son emploi peut d’abord émaner de l’initiative privée. Tel le cas de l’industriel qui, comptant par ce moyen stimuler le travail de ses ouvriers et le rendre plus fructueux, leur alloue une partie de ses bénéfices; ou qui, redoutant les conséquences d’une diminution de la durée du travail quotidien, convient avec ses ouvriers de faire un essai pendant une période déterminée. D’autres fois, l’expérimentation directe émanera des pouvoirs publics. Telles, relativement à la propriété foncière, les mesures législatives, assez fréquentes dans les pays anglosaxons, dont rappücation serait facultative ou limitée à une