Uurkiieim, La règle de la mélhode. xociologiquc
2. A ce point de vue, la guerre de 1914, par les perturbations qu’elle a apportées dans l’organisation et le fonctionnement des institutions économiques a fourni à l’expérimentation indirecte un domaine d’une exceptionnelle étendue.
NOTIONS OÉNÉRALE.S SLR L’ÉCONOMIE l'OLITIOL'K '2b
partie du territoire, à l’étendue d’un comté par exemple, I extension ultérieure en étant subordonnée aux résultats obtenus. Telle, encore, l’intervention des municipalités dans l’organisation de certaines entreprises concurrentes de l’industrie privée, ou dans les rapports du capital et du travail, en vue de la conclusion de contrats collectifs. Encore subsiste-t-il néanmoins cette différence entre les divers cas d’expérimentation directe signalés en matière économique et l’expérimentation dans les sciences physiques, que les expériences tentées en matière sociale ne peuvent être aussi facilement renouvelées, ni variées artificiellement dans leurs conditions.
34. Sciences auxiliaires de l écoiiuinie politique. — Hêle de la statistique. — L’économie politique, science de l’homme, utilise les enseignements d'un grand nombre d’autres sciences , en tant que ces enseignements ont quelque relation avec l’activité humaine. L’étude de l’histoire fournit à réconomiste, ainsi que nous l’avons vu les moyens de contrôler et de compléter les résultats de l’observation actuelle. Elle lui permet de suivre dans leurs transformations successives les institutions économiques des divers peuples. La géographie et la géologie lui font connaître les multiples éléments dont l’ensemble constitue le milieu jihysique, infrastructure du milieu social. Elles le mettent à même de discerner les rapports qui existent entre ces deux milieux et le degré d’influence que les conditions naturelles de production exercent sur l'actirité humaine. La démographie, ou science de la population, le renseigne sur les aptitudes ethni(|ues des divers peuples et lui fournit parfois l'explication du développement plus ou moins rapide de certaines sociétés. Il n'est pas jusqu’à la technique des arts industriels qui, sans se confondre avec la science économique, ne lui rende cependant de réels services, en enseignant à l’économiste l'in fluence considérable que les perfectionnements industriels ou agricoles peuvent avoir, à un moment donné, sur les conditions de la ])roduction.
35. .Mais, parmi toutes les sciences auxiliaires de l'économie politi(|ue, il en est une à laquelle il convient de réserver une
l. V. plus liant, n®
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CH A IMTK I : l'H i: U M I N A I R !•;
place à part ; c'est la statistique. On peut la définir « la science numérique des faits sociaux ». S’appliquant à ceux de ces faits qui paraissent susceptibles de calcul, de mensuration ou d’évaluation, elle les j;roupe d’une manière métliodi(pie afin de permettre au chercheur de mieux saisir leur enchaînement et leurs rapports. Tantôt elle se réfère à un état social déterminé : telle la statistique de la population d’un pays à une date fixée. Elle a alors un caractère statique. Tantôt a»i contraire elle suit dans leurs mouvements une certaine catéf^oric* de phénomènes envisagés à des é])oques différentes et elle a alors tin caractère dynamique : telle la statistique relative aux naissances et aux décès dans un pays au cours d’un certain nombre de périodes successives. Parfois, au»Iieu de se borner à fournir des tableaux numériques relativement aux faits (|u’elle étudie, elle recourt à des procédés d'indication saisissants : graphiques ou cartes nuancées de diverses couleurs. Elle fournit ainsi à l’éc»»miste des illustrations précises, qui corroborent ses démonstrations et sont particulièrement de nature à frai)i)cr resjnit.
il ne faudrait pas toutefois demander à la statisti(iue ])lus qu’elle ne peut donner. Si bien établie (lu’elle puisse être, il ap])artient à celui qui en fait usage de rinterj)réter; et c'est là un art ])articulièrement difficile, car, se bornant à eim'gistrer les faits dans leur succession et à en donner une représ(*ntation numéri(jue ou graphique, elle ne se préoccupe j>as d’en déterminer les causes, ordinairement complexes. IVoîi la difficulté pour l’économiste de tirer profit des indications de la statistique relatives à un ordVe de jihénomènes si, par ailleurs, il ne connaît déjà lias suffisamment le milieu et les conditions dans lesquelles se produisent ces j)hénomènes. De là aussi le péril que présente le rapprochement de statistiques relatives à la même nature de phénomènes, lorsque ces statistiques correspondent à des états sociaux différents, par exemple des statistiques nationales et des statistiques étrangères. La statistique est d’ailleurs sujette à de multiples causes d’erreur; c’est d’abord la difficulté même de la bien établir. Ortaines natures de faits
1. V. Kernand Faure, Elémerm de statistiqucj lOUO; Lk^sse, La sialinliqiWj ses difjicuHés ses procédés, ses résultats, 2® édition, 1912; Maurice Block, l'raiié théorique et pratique de statistique', de Foville, La staList i(|iie, les statisticiens et leur InstiUit international, dans la Jievue ptditiquc d parlemnitaire, 1905.
NOTION.S OÉNÉRAi.E.S SOH L’ÉCONO.MHï POLITIOt T.
se prêtent moins que d’autres à ses recherches. 11 est par exem pie plus facile de dresser avec exactitude une statistique relative à l’état civil qu’une statistique touchant à la production ou au salaire. Kien n’est plus rare, d’autre paît, que la réunion des qualités qui font un bon statisticien : l’étendue des connaissances générales et spéciales, l’aptitude au calcul, la curiosité et l’ingéniosité d’esxnit, la sincérité surtout et l’absence d’idées préconçues. Les erreurs de statistique sont donc fréquentes; elles sont de diverses natures : errexirs accidentelles, les moins graves et qui, parfois, se corrigent d’elles-mêmes par suite d’erreurs en sens inverse; erreurs systématiques, lorsque des considérations d’intérêt viennent influencer les recherches ou entraînent des déclarations inexactes enregistrées sans moyen suffisant de contrôle. 11 est une catégorie de statistiques dont, à raison de leur i)articulière valeur soientifique, l’économie i>olitique fait un fréquent usage; ce sontcelles indiquant des « moyennes », c’est-à-dire donnant des indications globales relativement aux Jihénomènes étudiés.
La science de la statistique, comme l’économie jiolitique elle-même, est relativement récente. Elle ne remonte guère qu’au XVI , siècle. Ses premiers représentants furent, en France, Vauban, l’abbé de Saint-Pierre, Necker, Lavoisier, Condorcet. On peut y ajouter, au .xi.x« siècle, Cournot, Léon Say, de Foville et Levasseur, pour ne parler que des disparus. Les progrès de la statistique, pendant une longue période, ont été assez lents. Elle est cependant entrée dans une voie nouvelle grâce à l’imjmlsion des pouvoirs publics, jiarticulièrement à partir des gouvernements de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. Seul, en effet, l’Etat paraît avoir les ressources nécessaires et les moyens d’action et de coercition suffisants jiour mener à bien, dans la jilupart des cas, les recherches qui servent de base à réfablisstunent de la statistique. Aussi, dans la plupart des Etats, l’organisation de la statistique tend-elle à revêtir le caractère de service public. A l’étranger, en Allemagne, aux Etats- Unis, ce service est centralisé; en France, les bureaux de statistique sont répartis entre les divers Ministères. Il existe cependant, depuis 1885, un Conseil supérieur de statistique institué dans le but de contrôler les statistiques des divers services et de perfectionner les méthodes.
l’armi celles des publications de la statistique française qui
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: I 32 ( : \\ \ p it h v: r» r k i . i m i \ \ i R K
touchent de plus près à l’économie politique, il convient de mentionne' V Annuaire statistique, (lui émane du ministère du Travail et 'eproduit, en les résumant, des documents statistiques élaborés par les diverses administrations publiques. Le même ministère publie un Bulletin du Ministère du Travail et de la prévoyance sociale et une série d’enquêtes contenant sous la forme de documents statistiques un grand nombre de renseignements sur les questions intéressant la production, salaires, grèves, durée du travail, crises économiques, associations ouvrières, apprentissage, travail à domicile. Le ministère de l’Agriculture a publié, de son côté, des enquêtes générales et un grand nombre d’autres documents, notamment une statistique agricole annuelle et un bulletin que pniparent l’Office des renseignements agricoles et le Comité consultatif de statistique agricole. On doit au ministère des Finances, indépendamment des comptes relatifs aux recettes et dépenses publiques, un Bulletin mensuel de statistique et de législation comparée. Le ministère des Travaux publics, le ministère du Commerce et le ministère des Colonies publient, le premier mi' Album de statistique graphique et une Statistique des Chemins de 1er, le second, un 2'ahleau général du Commères d de ta N avigation, le troisième des statistiques coloniales centralisées par les soins de l’Offiee colonial. Enfin, l'admini.stration des .Monnaies publie chaque année un rapport on se trouvent léiinies les ])rincipales statistiques
monétaires.
NOTIONS HISTORIQUES SUR LES DOCTRINES (i) \
37. L'aiiliqiiité. — 1 )e toute antiquité, les phénomènes écono- I
miques ont attiré rattention des penseurs et des hommes d’Etat. 1
Sans remonter jusqu’à l’époque hypothétique oii Lycurgue fondait sur le mépris des richesses la société Spartiate, de nom-
I. \ . (licic cl Misl, lUsinirc des duclvines éctm<tmufuvs^ 1909; ScIkU/., i.'individiiaiisrne érnnomique et sarini, 1907; Diiliois, Précis de V U isUdre des duc- Irine.s évuwmntiues, 1 903 ; I îamhaiid ilisUnre des doctrines économiques,
3® édition, I909; i-^spinfis, Uisioire des doctrines économiques; Denis, IfisUdr^ des doctrines érffnomiques; Denis, Histoire fies systèmes écttuomiqiirs et .sncinlis tes r ‘ \
breux passages des ouvrages de Xénophon, d’Aristote, de Platon, sont relatifs à certains concepts d’ordre économique, au travail, à la propriété, à la monnaie, à l’intérêt du ca]*ital b Le dernier de ces philosophes peut même être considéré (domine un des plus anciens précurseurs des doctrines socialistes. A Rome, le jurisconsulte Paul a, dans ses écrits, donné une analyse fort exacte de la notion d’échange et des fonctions de la monnaie; d'autres textes sont relatifs à la constitution historique de la ju’opriété. 11 n’existait pas toutefois, dans l’antiquité classique, un ensemble coordonné de doctrines ampiel on pût reconnaître le caractère d’une science économique, telle que nous la concevons aujourd’hui. Malgré leur titre, les économiques de Xénophon ne contiennent guère que des préceptes d’économie domestique. Les traités de Columelle et de Varron sont exclusivement relatifs à l’une des applications de la science économique, à réconomie rurale, et plus encore, à l’art agronomique. C’est en effet comme l’objet d’un art, bien iilutôt que d’une science, que les philosophes et écrivains de l’antiquité semblent avoir envisagé les phénomènes économiques. Encore cet art économique était-il entièrement dominé par des considérations d’ordre politique, notamment par l’idée de la prééminence de l’Etat sur rindividu.
33. Le moyen àj|e — Au moyen âge, la doctrine économique ne se dégage pas encore comme l’objet d’une science distincte. I/économie politique, ainsi d’ailleurs que la philosophie ellemême, est servante de la théologie. Quelques questions seulement, d’une nature toute particulière, la question notamment de la légitimité de l’intérêt du capital, font l’objet des préoccupations des canonistes. Déjà cependant les problèmes monétaires commencent à solliciter l’attention de quelques penseiu’s.
33. La (ioctriiie mercantile. Le eolhertisnie. — Aux xv^ et xvie siècles, en même temps que dans l’ordre politique achève de se réaliser l’unité nationale, apparaît une doctrine économique, ou plutôt un ensemble de doctrines économiques auxquelles
1. .Soiiclioii, Thénries émnorniqiiex dans l(i Gréer nnliqm’, IS'.tS; Paul ('■uii'aud, La propriété foncière en Grèce, 1893.
2. Brants, Les théories économiques aux X 1 1 1'^ ri X sièctrs, 189.^; at Sur la question du prêt à intérêt, les thèses de MM. Cüsle et l’avre. 1898 et 1899.
PiiRRKAi;, r. I. 2* éd, 3
on a donné le nom de « mercantilisme ». Dans sa forme primitive ce système repose sur deux idées essentielles : supériorité des métaux précieux sur les autres richesses au double point de vue de renrichissement des sujets et de la puissance politique du prince; nécessité d’assurer l’approvisionnement du pays en vivres et en armements. Ces idées inspirent dans la pratique un ensemble de mesures qui constituent la politique économique des Etats et dont les principales sont : l’interdiction plus ou moins complète de l’exportation ayant pour objet l’or, l’argent,
J es céréales ; les obstacles apportés au commerce avec l’étranger lorsqu’il doit avoir pour conséquence la sortie de ces diverses \ natures de richesses; les encouragements et faveurs accordés
par l’autorité publique aux industries dont le développement : paraît utile au pays ; les perturbations volontairement apportées
par le prince dans la valeur des espèces monétaires, en vue d’en ^ amener l’afflux ou d’en décourager la sortie'.
, 40. Peu à peu, de cet ensemble de mesures empiriques se dé-
gage une doctrine,qui deviendra la mercantilisme.Les métaux \ précieux conservent, aux yeux des hommes d’Etat, leur supério-
\ rité sur toutes autres richesses, mais, pour eu assurer l’abon-
dance, le mieux paraît être de leur donner des sources régulières en développant telle ou telle des branches principales de la production nationale. Et l’on aura ainsi, à côté du mercantilisme commercial, qui attache la prospérité du pays à une balance du commerce favorable, c’est-à-dire à un excédent d’exportation se traduisant à l’intérieur par une rentrée de métaux précieux, un mercantilisme agricole et un mercantilisme industriel. Le principal représentant du mercantilisme agricole est Sully, qui donna la première place, la place privilégiée à l’agriculture, au « labourage et pastourage, les deux mamelles du royaume et les vraies mines et trésors du Pérou ». Quant au mercantilisme industriel, il est personnifié par Colbert, et on le désigne souvent sous le nom de « colbertisme ». Il se distingue par un ensemble de traits nettement accusés : encouragements à l’industrie, sous la forme de privilèges, de création de manufactures royales; réglementation minutieuse des procédés de fabrication; restrictions à l’importation des produits fabriqués; liberté de l’importation pour les matières premières; restric-
L Dubois, Précis de V Histoire des doctrines éc</nomiques, 1903.
tions aux exportations de céréales, afin de maintenir toujours dans le pays de bas salaires, grâce à la vie à bon marché; encouragements à la marine marchande et réglementation des rapports entre la métropole et les colonies. Toutes ces mesi^es sont inspirées par le désir d’assurer l’afflux des métaux précieux.
41 . La doctrine physiocratique. — Au mercantilisme succède à la fin du xvni^- siècle, ladoctrine physiocratique, ainsi nommée parce qu’elle attribue à la Nature, dans la production des richesses, un rôle tout à fait prépondérant, l’agriculture étant, aux yeux des économistes de l’école physiocratique, la seule industrie productive. Les Physiocrates ont eu, en Vauban et Boisguilbert, des précurseurs; leur chef est Quesnay, médecin de Louis XV, auteur d’un « Tableau économique » qui, lorsqu’il parut en 1758, obtint, paraît-il, le plus vif succès. Autour de Quesnay se groupent l’intendant üournay. Mercier de la Kivière, l’abbé Beaudeuu, Dupont de Nemours, le marquis de Mirabeau le père de l’orateur, surnommé 1’ « ami des hommes », du titre d’un de ses Livres, et le plus illustre de tous les Physiocrates, l’éminent homme d’Etat Turgot, qui, pendant son passage aux affaires, s’efforça de mettre en pratique les principes de l’école b Les Physiocrates ne se préoccupaient pas de distinguer la science économique des autres sciences morales; üs voyaient en elle la science sociale tout entière. Croyant à 1 existence d un ordre naturel, providentiel, qui régirait les phénomènes économiques comme les phénomènes de tout autre ordre, üs étaient par cela même amenés à condamner l’intervention des gouvernements relativement aux faits économiques. Cette intervention leur paraissait en effet de nature à se produire à contretemps et à gêner le libre fonctionnement des lois économiques naturelles. La maxime qui résumait leur phüosophie sociale était « laisser faire, laisser passer ». Laisser faüe, c’est-à-dire consacrer et maintenir la liberté du travail, le droit pour tous
1 V dans la Collpclioii des priiicipaux (''conomistes (édition r.iiillaumin) les terils des principaux Physiocrates : pour Turiïot. v. ses œuvres choisies dans la Petite hibliothccpje économique (édition (luiltauinin); v. également Fruchy, cLe libéralisme économique dans les œuvres <le Oxiesnay », dans la Fi eviie d' Economie politique, 1899, et Allix, « L.e physicisme des Pliysiocrates dans la Revue cT Economie politique, 1912. Consulter également la Collection des écono mistes et des réformateurs sociaux de la France, en cours de publication sous la direction de M. A. Dubois.
les hommes d'user à leur gré de leur activité; laisser passer, c’està-dire proclamer la liberté des échanges avec rextérieur comme à 1 intérieur du ])ays. Cette doctrine avait l’apparence d’une reaction contre les barrières douanières et le régime étroitement reglementaire de l’industrie, tels que les avait conçus le mercantilisme. Tandis que les mercantilistes faisaient un incessant appel à 1 intervention de l’Etat dans l'ordre économique, les Physiocrates ne lui demandaient (|ue de s’abstenir, de « laisser faire », de « laisser i>asser ». Chose curieuse, le libéralisme extrême des Physiocrates dans l’ordn* économique ne les conduisait nullement au libéralisme jiolitiipie. Le pouvoir jiolitique doit, pensaient-ils, aj)parlenir à un monaiapie absolu, à un u despote légal »; cela est conlornie a tordre naturel. Mais c(* despote legal sera un a di'spote éclairé » qui, au lieu de contrarier les lois économiques eu cherebant à leur substituer sa jiroju'i^ volonté, comme cela s est produit si souvent dans le passé, s el'forcera de les bien connaitre, afin d'en assurer le respect et la complète application.
Adam Suiilh. — Ce célèbre économiste qui, par la très grande autorité de ses travaux a mérité le surnom de « l^ère de l’économie politi(|ue », est né en Ecosse en 1723. Il professa la philosophie morale a 1 l niversité de (îlasgow et publia en 1759 une Théorie des HenthneMU moraux qui obtint un grand succès. TI voyagea ensuite en France, oii il fut en rai>port avec un certain nombre d’économistes physi<»crates, notamment Turgot et Quesnay. De retour en Ecosse, Adam 8mith tniblia, en i77b, son célèbre ouvrage intitulé : Rerherehen nur la nature et les causes de la richesse des nations ])remier traité d’économie politique vraiment digne de ce nom, où les principes de la science sont exposés dans un ordr<* méthodique, avec une ampleur et une clarté remarquables. Il mourut en 1790.
Adam 8mith a jirésenté une réfutation devenue définitive des erreurs du mercantilisme et de la doctrine physiocratique. Les Physiocrates avaient vu dans lu terre le seul agent de toute production, ce qui les avait amenés à méconnaître le caractère productif des travaux des industries autres que l’Agriculture.
J. \. les ceuvros d’Ad. Sinilii, dans la « ColJeclion des princiiiaux économistes » (GiiillauinirC
Adam Smith réforme ce jugement et restitue au travail lui* même, sous ses multiples formes, le rôle d’agent essentiel de la production. « Le travail annuel d'une nation, écrit-il, est le fonds primitif qui fournit à sa consommation annuelle toutes les choses nécessaires et commodes à la vie; et ces choses sont toujours, ou le produit immédiat de ce travail, ou achetées des autres nations avec ce produit ' ». Le grand économiste se rapprochait d’ailleurs des Physiocrates quant au caractère optimiste et spiritualiste de sa philosophie sociale. Comme eux, il croyait à l’existence d’un ordre naturel des faits économiques, ordre naturel fondé sur les principes de liberté et de propriété, et caractérisé par une concordance bienfaisante entre l’intérêt personnel et l’intérêt général. « Chaque individu est conduit par une main invisible, pour remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions; et ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin n’entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société que s’il avait réellement pour but d’y travailler » ® .
Cette idée de l’harmonie préétablie des intérêts conduit Adam Smith à ce qu’on a appelé le « système de la liberté naturelle ». « Tout homme, écrit-il, tant (pi’il n’enfreint pas les lois de la justice, demeure en pleine lilierté de suivre la route que lui montre son intérêt et de ])orter où il lui plaît son industrie et son capital, concurremment avec ceu.\ de tout autre homme ou de toute autre classe d'hommes. Le souverain se trouve entièrement débarrassé d'une charge qu'il ne pourrait essayer de remplir sans s’exposer infailliblement à se voir sans cesse trompé de mille manières, et pour l’accomplissement convenable de laquelle il n’y a aucune sagesse humaine ni connaissances qui puissent suffire, la charge d’être le surintendant de l’industrie des particuliers et de la diriger vers les emplois
L Ad. Smith, lUchPsse des nnlions, introduction et plan de l’ouvrage.
2. V. Smith, Recherches sur les causes de la richesse des nations. livre 1\ , chap. II (Les entraves à l’importation). 11 écrit encore, quelques lignes plus haut : « Chaque individu met sans cesse tous ses efforts à chercher, pour tout le capital dont il peut disposer, l’emploi le plus avantageux : il est bien vrai que c’est son propre bénéfice qu’il a en vue, et non celui de la .société; mais les soins qu’il se donne pour trouver son avantage personnel le conduisent naturellement, eu plutôt nécessairement, à préférer précisément ce gaoju d’emploi même qui se trouve être le plus avantageux à la société ».
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les mieux assortis à l’intérêt général de la société » Le régime de libre concurrence se rattache donc, comme une conséquence nécessaire, au principe de l’harmonie naturelle des intérêts et, par suite, l’Etat doit s’abstenir soigneusement de contrarier, par une règlementation imprudente, le fonctionnement de ce régime. Ainsi se trouve à nouveau justifié le principe du « laisser faire ». Adam Smith, toutefois, ne pousse pas aussi loin que les Physiocrates la rigueur de sa conclusion ^ Il admet la légitimité et même la nécessité de l’action gouvernementale lorsqu’il s’agit d’assurer la sécurité de la société ou la défense du pays. C’est ainsi que se justifie parfaitement à ses yeux « l’acte de navigation », par lequel l’Angleterre réservait à ses navires le monopole de la navigation maritime avec ses colonies. Il admet même, pour l’Etat, le droit et le devoir d’intervenir dans la production lorsque les particuliers n’y seraient pas suffisamment amenés par leur propre intérêt.
43.. Les principaux disciples d’Ad. Smith : Malthus, Ricardo, Stuart Mill, J.-B. Say, Bastiat®. — La philosophie sociale d’Adam Smith allait singulièrement perdre de son apparence optimiste en passant dans les ouvrages de quelques-uns de ses disciples. Avec Malthus*, un antagonisme se révèle entre les conditions de la production économique et l’instinct naturel qui pousse les hommes à se reproduire. Ce serait en effet, d’après lui, une loi naturelle, irréfragable et universelle, que la tendance de la population à s’accroître plus rapidement que les ressources dont elle dispose; de telle sorte que l’humanité se verrait condamnée perpétuellement, en conformité de l’ordre naturel des faits économiques, à se débattre contre la misère. Par suite, les fléaux de toute sorte, guerres, épidémies, ayant pour effet de réagir contre cette tendance funeste et irréfléchie de la population à s'accroître trop vite, apparaîtraient comme des remèdes nécessaires, presque providentiels®.