‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 149 sur 568 · V. plus haut, n · texte numérisé non relu

V. plus haut, n

LA MONNAIE

à voir la circulation rapidement encombrée d’une monnaie de mauvais aloi dont le pouvoir d’achat ne tarderait pas à s’abaisser au niveau de la valeur matérielle, ce que précisément il veut éviter.

En retirant aux particidiers le droit de faire frapper de semblables monnaies, l’Etat n’entend jias seiüement se réserver le bénéfice plus ou moins considérable, résultant de la frappe, à raison de l’écart entre la valeur nominale des pièces et leur valem- réelle, il veut également être à môme de prendre les mesures nécessaires pour pouvoir maintenir ces pièces dans la circulation sans dépréciation, par exemple eu limitant strictement les quantités monnayées.

345. En quoi la moniiuic se distingue des autres marchandises. — La monnaie doit-elle être considérée comme une marchandise ordinaire, ou faut-il au contraire lui reconnaître un rang prééminent parmi les richesses? La question est depuis longtemps débattue. Aux xvie et xvii® siècles, les écrivains mercantilistes soutenaient déjà que les métaux précieux constituent une nature de richesse supérieure aux autres. Sous leur inspiration, la politique économique des Etats s’était orientée de manière à assurer l’afflux de l’or et de l’argent. Le commerce international ne paraissait avantageux que s’il se .traduisait par une balance favorable, c’est-à-dire par un excédent d’exportations rendant le pays créancier de valeurs monétaires.

Et si la doctrine de la protection douanière paraît aujourd’hui s’inspirer de considérations d'un autre ordre, peut-être cependant la vieille idée de la balance du commerce ne reste-t-elle pas toujours étrangère aux préoccupations des hommes d’Etat chargés de régler le régime des relations commerciales entre nations. Le point de vue mercantiliste a d’ailleurs continué d’inspirer l’opinion commune et trouve aujourd’hui encore une expression dans le langage courant. Etre riche, n’est-ce pas en effet posséder beaucoup d’argent, ou beaucoup de richesses susceptibles d’être appréciées en argent?

Très différente est cependant l’opinion d’un grand nombre d’économistes. La monnaie, disent-ils, est une marchandise comme une autre, dont la possession cesse d’être avantageuse lorsque les besoins de la circulation sont suffisamment pourvus. Qu’importe à une nation de voir doubler son stock monétaire?

Elle n’en sera pas plus riche. Le seul résultat de ce phénomène •

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sera la diminution de la valeur de la monnaie et le relèvement de tous les prix. 11 faudra désormais <leux i)ièces d’argent pour aequérir un objet, alors qu'auparavant une seule était néces saire, d’où une gêne plus grande résultant de reneombremenl de la cireulation.

Entre ces deux opinions opposées une eonciliation paraît cependant possible. Sans doute les économistes n’ont pas tout à fait tort lorsqu’ils soutiennent que, l’usage monétaire étant la destination principale des métaux précieux, l’accroissement, de leur stock peut cesser d’être avantageux si les besoins de ht circulation sont déjà largement satisfaits. Mais la question est précisément de savoir à quel moment cette limite va se trouver atteinte, et c’est ici que l’opinion commune reprend l’avantag<‘. La monnaie paraît en effet posséder sur les autres marchandises cette supériorité que si, par elle-même et directement, elle ne permet de satisfaire aucun besoin essentiel, en tant qu’instrument des échanges elle procure le moyen de les satisfaire* tous. On s’explique par suite que les particidiers soient toujours disposés à la recevoir, ou, comme on l'a dit, qu’elle soit toujours à l’état de demande. .Sa possession confère un privilège fort ai)préciable, celui de permettre d’acquérir facilement toute autre espèce de richesses. On comprend qu’à ce titre on pidsse être tenté de lui conférer un rang à part; elle le mérite encon^ à un autre point de vue, en tant qu’instrument d’accumulation des valeims. Grâce à ses qualités propres, à son inaltérabilité physique, à la stabilité relative de sa valeur, la monnaie métallique paraît susceptible de remplir ce rôle mieux que ne pourrait le faire aucune autre marchandise.

Si, d’autre part, on envisage non plus l’intérêt des particuliers, mais l’intérêt national, est-il vrai de dire, comme l’ont fait certains économistes, «jue la j)lus ou moins grande abondance de numéraire soit chose indifférente? Sans doute la monnaie peut, comme toute autre marchandise, perdre de sa valeur lorsque les <|uantités en circulation excèdent les besoins, et il en résulte naturellement une hausse générale des prix. Mais cette situation n’est pas nécessairement désavantageuse pour un pays. Ce serait plutôt le contraire qui serait exact, autant du moins que l’élévation des prix ne s’accentue pas trop rapidement ou d’une manière excessiv<‘. Des prix suffisammeni élevés sont ordinairement considérés comme rindice d’une situation industrielle prospère et constitrient un stimulant eftieaee

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