V. plus loin, n
3. V. dans la Collection des principaux économistes les œuvres de Malthus,
Ricardo, .I.-B. Say: et dans la Petite bibliothèque économique, les œuvres choisies de Bastia t. i
4. Malthus, né en 1766, publia en 1798 une première édition de son ouvraçe célèbre sur te Principe de pupnlalion. Uiu' deuxième édition, profondément remaniée, parut en 1803. Malthus exerçait en Angleterre les fonction>. de pasteur. Il mourut en 1836.
5. Sur la théorie de Malthus relatixe à la population, v. n»* 230 et suiv.
44. L’antagonisme entre les intérêts opposés des hommes s’accentue encore dans les doctrines de Ricardo*. Suivant cet économiste, le revenu des propriétaires fonciers est appelé par le jeu .d’une loi naturelle à s’accroître progressivement, sans travail de leur part, et par le seul effet du développement ;
social, de l’accroissement de la population. La « rente » des \
propriétaires s’élèverait en même temps que le prix des denrées, .j
et leur situation matérielle s’améhorerait alors que celle des !
autres classes de la société deviendrait plus difficile par suite de la cherté croissante des moyens de subsistance. Et d’autre part, ce serait encore une loi naturelle, une loi fatale, qui condamnerait les ouvriers à ne recevoir jamais comme salaire, ■
quel que pût être le progrès de l’état social et des mœurs, que le strict nécessaire pour leur permettre de vivre et d’élever ^
leur famille.
De semblables doctrines étaient peu en rapport avec l’optimisme providentialiste des Physiocrates et d’Adam Smith.
Comment, en effet, parler d’harmonie préétablie des intérêts |
si tout progrès réalisé dans les moyens de production est pour les classes ouvrières une cause de misère à raison de l’accroisse- ’
ment de population qu’il provoque, et s il est établi que le développement de la société ne profite qu’à la classe des propriétaires fonciers, en nuisant aux intérêts de toutes les autres
classes. ^
45. Le pessimisme qui se dégage des théories de Malthus et de Ricardo allait trouver son expression dans ia pensée de
Stuart MilP. Celui-ci est tout naturellement amené à cette }
idée que le progrès social ne dépend pas du développement indéfini de la production. « J’avoue, dit-il, que je ne suis pas enchanté de l’idéal de vie que nous présentent ceux qui croient ;
que l’état normal de l’homme est de lutter sans fin pour se tirer ■
d’affaire, que cette mêlée où l’on se foule aux pieds, où l’on se coudoie, où l’on s’écrase, où l’on se marche sur les talons, et j
qui est le type de la société actuelle, soit la destinée la plus '
désirable pour l’humanité, au heu d’être simplement une des
1. Ricardo, né à Londres en 1772. Après avoir réalisé dans les affaires de bourse une fortune considérable, il s’adonna aux études économiques et publia en 1817 ses Principes d’ Economie politique. Il mourut en 1823.
2. Stuart-Mill, né en 1806, publia un grand nombre d’ouvrages, parmi lesquels les Principes d’ Economie politique, en 1848. Il mourut en 1873.
phases désagréables du progrès industriel. » Il pressent donc que rhumanité sera tôt ou tard conduite à un « état stationnaire » où l’on verra « le fleuve de l’industrie humaine aboutir en fin de tout à une mer stagnante ». On peut être heureux, à partir d’un certain degré de bien-être en cessant de s’enrichir. On travaillera moins; les hommes pourront consacrer plus de temps à cultiver leur esprit; ils s’attacheront à organiser d’une manière plus équitable la répartition des richesses, ce qui amènera une améloiratiou sensible des rapports sociaux. Et il ajoute : « J’espère sincèrement pour la postérité qu’elle se contentera de l’état stationnaire longtemps avant d’y être forcée par la nécessité »
Le même état d’esiirit, dû à l’influence des doctrines ricardiennes et confirmé par l’emploi systématique de la méthode déductive devait amener Stuart Mill à mettre eu doute la supériorité de certaines institutions économiques, telles que l’hérédité ab intestat et la propriété foncière. Dans ses derniers écrits, sans aller cependant jusqu’au socialisme dont le sépare sa foi robuste dans les vertus de la concurrence, Stuart Mill aspire à l’avènement d’une société qui « ne sera plus divisée en deux classes, l’une d’oisifs et l’autre de travailleurs, et où le partage du produit du travail se, fixera par un accord basé sur le principe de la justice et non sur les privilèges de la naissance »
40. En France, l’influence de Malthus et de Eicardo n’a pas été aussi prédominante que chez -les économistes anglais disciples d’Ad. Smith. J.-B. Say dans ses ouvrages, se rattache cependant pour l’ensemble des doctrines à l’école anglaise. Il a eu le grand mérite, grâce au charme et à la clarté de son style, de vulgariser en France la science économique, et le cadre imaginé par lui * pour l’exposé des principes de cette scien-
1. St.-Mill, Principes ({'Economie politique, 1. IV, ch. VI, paragraphes 1 et 2.