r.auwès, I. I\', n° I.IO
370. Si. par l'eftet de cette rèj^le, le papier-niounaie paraît condainué à se déprécier sensiblement et rapidement, on aperçoit immédiatement les inconvénients multiples qui en rés\iltent. Ils se rattaclient principalement à l'action de la loi de (rresham. Par application de cette loi, la monnaie métallique sera chassée du pays qui pratique en même temps un papiermonnaie. C’est ainsi que les Etats- Puis, bien que producteurs de métal blanc, ont vu, pendant un certain nombre d’années, leur monnaie d’arj^ent expulsée de la circulation intérieure. Actuellement même, la plupart des Etats qui pratiquent le f)apier-monnaie ont beaucoup de difficultés, faute d’une réserve métallique suffisante, pour régler leurs échanges avec l’étranger.
C’est là, en effet, un des plus grands inconvénients qu’entraîne la disparition progressive de la monnaie métallique. L’or devenant de plus en plus rai'e dans la circulation du pays à papier-monnaie, sa prime ne fait que s’élever et s’ajoute au montant nominal des dettes qu’il s’agit de régler envers l’étranger. Parfois même, pour se procurer cet or, l’Etat doit recouruà la négociation d’emprunts à l’extérieur, dans des pays à circulation métallique, et les conditions qui lui sont imposées sont natm-ellement fort onéreuses. Sans compter qiie, la monnaie métallique continuant à fuir, lorsqu’il lui faudra payer régulièrement en or, les arrérages de cette dette, il devra pour y parvenir s’imposer de nouveaux sacrifices. Dans ces conditions, le crédit public peut se trouver rapidement compromis.
A l’intérieiu-, les inconvénients du papier-monnaie, i)our être d’une autre nature n’en sont pas moins regi'ettables. Dès que la dépréciation du papier-monnaie s’accentue, tous les prix s’élèvent. Cette situation jieut être vue favorablement, par les industriels et les commerçants qui, grâce à elle, ont l’espoir de réaliser des profits élevés, mais la hausse des prix ne tarde pas à provoquer une crise lorsqu’elle devient excessive, ce qui est le résultat presque fatal de la disparition de la monnaie métallique et de la dépréciation croissante du papiermonnaie resté seul en circulation. Avant même que ce phénomène se soit réalisé, on assiste au dédoublement des prix, c’està-dire que pour le même objet il y aura deux f)rix très différents, suivant que le paiement aura lieu en monnaie métallique ou en papier-monnaie. Les particuliers trouvent ainsi le moyen d’échapper indirectement au cours forcé. On conçoit qu’un semblable régime, aggravé encore par l’instabilité des prix
LA MONNAIE
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tenant à l’iirnportance des émissions successives de papiermonnaie, soit fort peu favorable à la sécurité des transactions et à la prospérité économique du pays.
371. Les remèdes possibles: à quelles conditions peiiveiit être repris les paiements eu espèces^. — Le mal, fort heureusement, n’est pas sans remède. Si le papier-monnaie se déprécie et, par application de la loi de Gresham, expulse la monnaie métallique, c’est que, par l’effet du cours forcé, il se maintient en circulation dans des proportions qui dépassent les besoins monétaires et qui ébranlent la confiance du public. La dépréciation disparaîtrait, et l’excédent de papier-monnaie s’éliminerait de lui-même, si la conversion en espèces métalliques pouvait être reprise. Mais il faudrait pour cela que la monnaie métallique, et particulièrement l’or, monnaie internationale, eût fait retour dans le pays. Or, c’est ce qui peut se produire par l’effet d’un certain nombre de circonstances.
Tout d’abord par l’action du commerce extérieur dont la balance, la plupart du temps, va devenir favorable, ou du moins s’améliorer sensiblement. Nous verrons, en effet, lorsque nous étudierons le change que la dépréciation de la monnaie intérieure peut avoir le singulier résultat d’activer la production et de favoriser le développement des exportations. Les marchandises vendues à l’étranger étant payables en or, la prime que fait ce métal sur le papier-monnaie viendra s’ajouter, pour l’exportateur, au prix nominal et grossir son bénéfice. A l’inverse, les importations seront découragées parce que l’imijortateur, obligé de payer en or, devra, pour se proem’er ce métal dans la circulation intérieure, subir la prime du change. La balance commerciale pourra, de ce double fait, devenir favorable au pays qui pratique le papier-monnaie et amener des rentrées métalliques.
D’autres causes agiront encore dans le même sens, par exemple les dépenses des voyagem’S étrangers et les envois de fonds émanant des nationaux émigrés. En Italie, les rentrées d’or
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1. René Théry, Rapports des changes avariés et des règlements extérieurs (thèse pour le doctorat en droit, 1912); Conant, Monnaie et banque, traduction R. G. Lévy, 1908.