‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 169 sur 568 · V. plus loin, n · texte numérisé non relu

V. plus loin, n

LA MONNAIE 391

cultés. Un certain nombre d’Etats ont pu cependant à diverses époques la réaliser. Tel a été le cas de l’Angleterre qui, de 1797 à 1821, resta sous le régime du papier-monnaie, et de la France qui, de 1870 à 1878 reconnut aux billets de sa Banque d’émission, le cours forcé h Aux Etats-Unis, le papier-monnaie fut également pratiqué de 1862 à 1879. Il prit fin à cette époque, grâce à une politique financière habile et surtout au maintien persistant d’une balance commerciale très favorable. Plus près de nous, avant la guerre, l’Italie et la Grèce avaient également liu, en fait, sinon eu droit, rétabUi’ un régime monétaire normal. Le premier de ces Etats qui. en 1882, était paivenu à supprimer le cours forcé, dut, en 1891, le reprendre à la suite d’une crise financière. Depuis cette date, grâce à l’afflux de l’or apporté par les visiteurs étrangers, à l’amélioration sensible de la balance commerciale et à une politique financière avisée, la dépréciation du papier-monnaie s’était atténuée progressivement et depuis 1903, la convertibilité en espèces métalliques avait pu, de fait, être rétablie. En Grèce, la dépréciation du papier-monnaie avait été très sensible; 100 di-achmes d’or, en 1895, valaient 180 drachmes en papier-monnaie. Grâce à l’amélioration progi-essive de la balance des règlements internationaux, la reprise des paiements eu espèces avait pu cependant être assurée, à partir <le 1910.

D’autres Etats ont été moins heureux dans leur tentative de rétablissement d’un régime monétaire normal et n’ont pu y parvenir qu’en consolidant plus ou moins la dépréciation subie par leiu papier-monnaie, c’est-à-dire eu faisant subir aux porteurs les conséquences d’une sorte de faillite partielle. Tel avait été le cas de l’Autriche et de la Eussie. L’Autriche-Hongrie fut, pendant la plus grande partie du xi.xe siècle, soumise au régime du papier-monnaie. La dépréciation fut même, à' certaines époques, assez sensible. En 1887, 100 florins d’or valaient 124 florins en papier-monnaie. Dans les années (pii suivirent, sous l’influence d’une balance des comptes favorable la prime de l’or s’abaissa. Le Gouvernement, au moyen d’emprunts extérieurs, se procura d’abondantes réserves d’or et, en 1892, rétablit la convertibilité eu espèces. Toutefois, au lieu de remboiu-ser le papier-monnaie au pair, qui était de 2 fr. 50 d’or par florin-papier, il admit l’équivalence au taux de 2 fr. 10

l. V. |>lus haut, n« 3fi7.

él ■

seulement. La suppression légale du cours forcé, qui devait être la conséquence naturelle de la réforme avait dû, par suite des événements politiques, être ajournée, de telle sorte que le rétablissement en Autriche d’un régime monétaire normal n’avait pu être opéré qu’en fait et non en droit. De même, et par les mêmes moyens, le Gouvernement russe, en 1897, avail repris les paiements eu espèces, en faisant toutefois subir à la valeur du rouble-papier une réduction très sensible (2 fr. Ob au lieu de 4 francs). La plupart des Etats qui précédemment,, avaient ainsi pu mettre fin, avec plus ou moins de difficultés, au régime du cours forcé sont d’aileurs, comme la France ell<‘même, retombés par suite de la guerre sous l’application de co régime.

D’autres Etats, enfin, ont dû se rissigner à subir le régime du papier-monnaie sans pouvoir tenter efficacement de s’en affranchir. C’est le cas du Portugal qui le pratiqite depuis 1891. En 1898, 100 milréis d’or valaient 100 rnilréis en papier-monnaie. C’est également le cas du Brésil et de la République Argentine, Dans ces deux Etats, la prime de l’or a, parfois, atteint de très fortes proportions. En 1898, 100 milréis d’or, au Brésil, valaient 37.5 milréis en papier-monnaie. Malgré l’amélioration de leim balance commerciale, le Brésil et la République Argentine n’ont pu encore supprimer le cours forcé. Ils ont réussi seulement, en constituant grâce à l’emprunt des réserves d’or considérables, à stabiliser leurs changes, c’est-à-dire à maintenir à un taux à peu près invariable la dépréciation du papier-monnaie par rapport à l’or, bien que le montant de la circulation en papier-monnaie n’ait cessé de varier

De l’examen des faits il semble donc bien résulter que, s’il est très facile pour un Etat de se j)rocurer des ressources en émettant du papier-monnaie, il lui est ensuite très difficile et souvent très onéreux de mettre fin au régime monétaire ainsi institué. Mieux vaut donc à moins d’absolue nécessité s’en abstenir, l’Etat dût-il, pom’ satisfaire ses besoins financiers, avoir recours à l’emprunt qui, s’il lui impose des charges immédiates, du moins ne compromet pas aussi dangereusement l’avenir.

1. y. Hcné Théry, Rapports des changes avariés, et Masson- Forestier, Lci. caisses de conversion en Arycnline et au Brésil {thèse, 1913).

Page 1