La seconde cause qui agit sur le com-s du change
i.E cnÉDiT *439
est le régime monétaû'e. Dans les rapports entre deux Etats pratiquant l’un et l’autre une monnaie saine, c’e-st-à-dire non dépréciée par rapport à l’or, le change est principalement, sinon exclusivement, influencé par la balance des règlements extérieurs. Le facteur monétaire peut au contraire devenir prépondérant, lorsque l’un des Etats pratique une monnaie dépréciée.
Ainsi, le change de pays comme l’Angleterre et les Etats-Unis qui, soit en droit, soit simplement en fait, sont au régime de l’étalon d’or, sera, par rapport à certains Etats de l’Amérique du Sud et, aujourd’hui, par rapport à la France et aux autres Etats de l’Eiu-ope qui pratiquent le papier-monnaie, un change favorable. Avant la guerre, une traite de 20 piastres tirée sur la République Argentine qui, au pair, valait 100 francs, ne se vendait peut-être à Paris que 45 francs, parce qu’elle était payable en monnaie nationale et que, poui‘ obtenir en Argentine la valeur de 20 piastres en papier-monnaie, il suffisait d’offrir’ en or la valeur de 45 francs, le papier-monnaie étant déprécié de plus de moitié. A l’inverse, le change de la République Argentine sur la France était très défavorable. Une traite de 45 francs siu’ Paris se vendait 20 piastres, bien que nominalement cette somme fût l’équivalent de 100 francs, parce qu’il s’agissait d’une traite payable en monnaie française en or, et que 45 francs en or valaient en Argentine 100 francs en papier-monnaie.
L’écart entre la valem- nominale et la valeur i^cde de l’eff et constitue la « prime du change », et le taux de cette prime mesure le taux de dépréciation de la monnaie nationale, du papiermonnaie, par rapport à l’or, monnaie internationale. Les fluctuations du change dépendront d’ailleurs, dans ce cas, soit des variations sm-venant dans la valeur intrinsèque de la monnaie nationale, soit, comme poiu- le change des pays à monnaie saine, de l’état de la balance des règlements extériem-s, soit, le plus souvent, de l’action simultanée de ces deux facteurs.
Ainsi apparaît la complexité des influences qui agissent sur le change des pays à monnaie dépréciée
413 Iris. A côté de ces deux causes essentielles qui agissent sur le cours du change dans un pays, balance des règlement» extérieurs et régime monétaire, il convient de mentionner une troisième cause, la spéculation, dont la guerre de 1914 a révélé
l. V. René Théry, Rapports des changes avariés, p, 171,
DliUXIEMli PAirriE.
CIIMMTHI-: III
riinportaiice éventuelle. Comme le cours des marchamlise.'î e.t celui des valeurs mobilières, le cours dos devises peut fairc^ l'objet de jirévisioiis sur lesquelles sont fondées des opérations d’achat et de vente. Les variations qui en résultent dans les conditions de l’offre et de la demande ont naturellement i>our conséquence une hausse ou une baisse des cours. C est ainsi qu’en 1919, le marché français du change ayant été brusquement privé des crédits qui lui étaient précédemment ouverts par les gouvernements de l’Angleterre et des Etats-Lnis, la crainte d’une hausse excessive du change à provoqué de très nombreux achats de devises étrangères et fait monter très rajtidement les coui’s. Les vendeurs ayant laissé en dépôt dans les banques françaises, en prévision d’une hausse possible du franc, les fonds qui leur avaient été versés, le cours du change a été, par la suite, impressionné dans des sens divers, suivant que ces dépôts étrangers augmentaient ou faisaient l’objet de retraits néccessitant l’achat de devises étrangères.
414. Dans quelles limites peut varier le cours du eliauae; moyens employés pour le stabiliser. — Le commerce du change ayant pour objet d’éviter, dans les règlements internationaux, le transport d’espèces métalliques, il en resuite que, normalement, le cours du change ne peut varier dans des proportions telles qu’il y ait intérêt à transporter du numéraiie d’une place à l’autre, plutôt que d’effectuer un paiement par remises. Les écarts du change sont donc contenus dans les limites, assez étroites, fixées par la valeur totale que représentent les frais de recherche, assurance, transport, monnayage, nécessités par un règlement en espèces d’un pays à l’autre. Cette valeur-limite constitue le « gold point », le point d’or, ou plutôt les « goldjioints », car il y en a deux, celui de sortie et celui d entrée. >Si par exemple les frais de diverse nature qu’entraîne le paiement en numéraire d’une livre sterling de Paris à Londres peuvent être évalués à 13 centimes, le change de la livre sterling ne poui’ra
être supérieur à 25 fr. 35, car le débiteur, plutôt que de payer davantage mie traite sur Londres, préférerait sans doute expédier de l’or à son créancier; c’est le gold-point de sortie. Et, à l’inverse, la traite d’une livre sterling ne jiourra se négocier à un prix inférieur à 25 fr. 09, car, au-dessous, le créaucnr,
i.K rm:\)\T
au lieu de céder à un banquier son effet, préférerait en recouvrer le montant en Angleterre et se le faire expédier; c’est le gold-point d’entrée.
Rarement d’ailleurs, lorsqu’il s’agit de pays à circulation monétaire normale, les écarts du change atteindront ces limites extrêmes des gold-points. Les parties disposent, en effet d’autres moyens subsidiaires de règlement. C’est ainsi que certaines valeurs mobilières, dites « valeurs internationales », sont cotées à la fois dans les Bourses des divers Etats, à Paris, à Londres, à Berlin. Lorsque le cours du change s’élèvera, et avant même que la limite du glod-point de sortie ait été atteinte^ il pourra être plus avantageux au débiteur de couvrü son créancier étranger par un envoi de coupons, qui seront encaissés sur place, ou même de titres, qui seront vendus au cours de la Bourse. Il évitera ainsi tout à la fois le transport des espèces métalliques et la cherté excessive du change.
Quoi qu’il en soit, et mis à part les cas exceptionnels où, pendant un temps plus ou moins long, il pourrait être difficile de se procurer de la monnaie métallique pour l’expédier à l’étranger, par exemple au cours d’une guerre, le change entre pays (jui pratiipient l’un et l’autre un système monétaire normal ne peut excéder les limites des gold-points. C’est ce que suffirait à prouver l’examen de la cote des changes établie sur la place de Paris. "Voici, à titre d’indication, quels étaient, pour les principaux Etats, les cours du change à la date du 19 juin 1913 L
Pair
Cours du jour
Allemagne .
Angleterre .
Autriche
Belgique
Etats-Unis .
Hollande . . .
Italie ....
Russie ....
Suisse ....
Ces cours, on le voit, s’écartent fort peu du pair et, le plus généralement, ils restent au-dessous, ce qui est l’indice d’une balance économique favorable,
i. D*aprùs les tableaux publiés par V Economisie tiiropéen.
442 DEUXIÈME PAHTIE. CUAl’lTHE III
415. La situation est toute difl'érente dans les rapports de deux Etats dont l'un pratique une monnaie dépréciée. En pareil <;as, les écarts du change pourront être considérables et dépasser lie beaucoup le montant des frais nécessaires pour opérer le transport effectif de numéraire d’une place à l’autre. Par application de la loi de Gresbam, un ]>ays à monnaie dépréciée se trouve, en effet, plus ou moins dépourvu de la bonne monnaie, 1;îj seule dont il pourrait disposer avantageusement pour ses règh'inents internationaux. Celle qu’il possède, quelle que soit sa valeur nominale, n’est acceptée à l’étranger que pour sa valeur intrinsèque. Par suite, les effets de commerce tirés de ce pays sur un pays à monnaie saine verront leur prix grossi d’une valeur qui peut être égale au montant de la prime de l’or sur la monnaie intérieure. Avant la guerre, la France étant au régime de l’étalon d’or, une traite de 45 francs sur Paris sera, par exemple, payée à la République Argentine 20 piastres en papier-monnaie, c’est-à-dire 100 francs au pair, parce qu»', dans ce pays, 45 francs en or valent 100 francs en papier. Et inversement, les traites tirées d’un pays à monnaie d’or sur un pays à papier-monnaie perdront au change une valeur qui pourra être égale à la dépréciation du papier-monnaie par rapport à l’or. Une traite de 20 piastres,- tirée de Paris siu‘ la République -\rgentine, au lieu de se vendre 100 francs, ce qui serait le pair, sera payée 45 francs seulement, parce qu’à la République Argentine 45 francs en or, monnaie française et internationale, valent actuellement 100 francs en piastres-pai>ier. Ainsi donc, pour celui des deux Etats dont la situation monétaire est avantageuse aussi bien que pour l’autre, les écarts du change sont devenus complètement indépendants des gold-points.
Cette observation s’applique d’ailleurs aux pays dont le régime monétaire repose sur l’argent comme à ceux qui pratiquent le papier-monnaie, avec cette réserve toutefois que, pour les premiers, les variations du change seront contenues dans les limites fixées par la valeur intrinsèque du métal blanc, tandis que, pour les pays à papier-monnaie, ces écarts pourront ne pas connaître de limites, la valeur intrinsèque de l’instrument monétaire étant nulle et sa dépréciation par rapport à l’or pouvant devenir considérable.
415 Us. La crise du change qui, en France et dans la plupart des Etats belligérants, s’est produite au cours de ces dernières années, fournit l’illustration la plus probante des principes que
i.E cnÉDiT , 443
nous venons d’indiquer. Dès le début de la guerre, à raison même de l’aggravation des risques et des frais de transport, ■es gold-points se sont sensiblement relevés. Puis, l’or ayant disparu de la circulation intérieure pour se réfugier dans les <incaisses des banques, et des mesures législatives étant un peu partout intervenues pour en interdire l’exportation, les goldpoints ont cessé complètement de jouer, et le cours du change, n’étant plus contenu par leurs écarts, a subi des variations excessives. En France, dès le mois d’octobre 1917, la cote des changes sur Londres, New-York et Madrid donnait, au lieu de 25 fr. 22, 518 fr. 25 et 500 francs, 27 fr. 15, 570 francs et 078 francs. La hausse du change français avait pour première cause une balance des comptes devenue très défavorable, à la suite de l’arrêt des exportations, du développement des importations et de multiples emprunts contractés sous diverses formes à l’étranger. A cette cause économique allait s’ajouter, poui' accentuer la dépréciation du change, la cause monétaire, par suite dos émissions successives qui devaient, en cinq ans, porter la circulation du papier-monnaie de 6.800 mülions à près de 38 milliards et faire tomber dans des proportions considérables la valeur du franc par rapport à celle de l’or, monnaie internationale et régulatrice. Dans divers Etats, eu F'rauce notamment, les pouvoirs publics s’efforcèrent vainement d’enrayer cette crise du change en envoyant de l’or à l'étranger afin de se faire ouvrir des crédits, eu se procurant, pour les négocier sur les marchés des pays créanciers, les valeurs mobilières internationales dont les nationaux étaient possesseurs, en surveillant et réglementant le marché du change, en cherchant à améliorer la balance des comptes par des restrictions imposées aux importations. Toutes ces mesures, qui d’ailleurs ne furent pas inutiles au cours de la guerre, ne purent cependant empêcher le cours du change de subir l’influence de la cause économique et de la cause monétaire précédemment signalées. ^ ces deux causes, après 1919, vint s’ajouter la spéculation, et on vit le change de la livre sterling s’élever, en France, jusqu’à 65 francs (au lieu de 25 fr. 22) et celui du dollar jusqu’à 17 francs (au lieu de .5 fr. 18). Actuellement, à la date du 1 septembre 1921, le change de Paris eote^ :