I. \’. plus liant, n® 40ft
DEUXIKMFî: EV\RTIE. chapitre III
Si, à l’iuverse, le cliang:e était favorable, ce qui indiquerait une situation créditrice et ferait présager de prochaines rentrées d’or, la conséquence normale serait le bon marché des capitaux et la baisse du taux de l’escompte. Le cours du change est donc, en quelque sorte, le baromètre du crédit.
Les écarts du change, qui provocpient les mouvements du taux de l’escompte, vont d’autre part trouver dans ces mouvements mêmes un correctif efficace b Si le relèvement de l’escompte s’accentue, les industriels et (iommerçants. plutôt que <l’avoir recours au ministère trop onéreux des banques, préféreront, pour se procr.rer les fonds nécessaii’es aux règlements extérieurs, aliéner des valeurs mobilières. Le résultat immédiat sera la baisse des coiu’s de ces valeurs. Peut-être même aurontils intérêt, plutôt que d’accepter un taux d’escompte qui absorberait tout leur bénéfice commercial, à vendre les marchandises qu’ils ont en magasin, fût-ce à des cours peu rémunérateurs: d’oü baisse des prix des marchandises elles-mêmes. -Alais cet abaissement général des prix, conséquence de la cherté du crédit, ne tardera pas à amener dans le pays un afflux d’or. Les spéculateurs étrangers auront en effet intérêt à achet<u‘ les valeurs internationales dans les Bourses du pays où les (îours sont déprimés; d’autre part, le bon marché dos produits dans ce pays va tenter les acheteurs et développer les exportations; enfin, l’élévation même du taux de l’escompte va rendre avani tageuse l’acquisition des effets de commerce et attirer vers
cette opération une partie des capitaux dont disposent les banquiers étrangers. De telle sorte qu’en fin de compte, le pays dont le change était défavorable va se trouver, à ces titres multiples, créancier des autres pays pour des sommes plus ou moins importantes, ce qtri tendra naturellement à rétablir, au moins temporairement, l’équilibre de la balance des règlements extérieurs.
il8. liifliieitee du ehaïuje sur le développement et l’orieiitutioii du commerce extérieur-. — Le cours du change peut encore
1. \'. Giile, Cours d' Economie poliliqu€t 3*“ édition, pp. 529 et siiiv. Sur les conséquences des variations du taux de l’escompte, v, un article de M. Niiti, <lans la Heuue d' Economie politique, 1898 et 1899.
2. V.» les ouvraefes précédemment cités de MM. Pallain, René Théry,, Tüvre et Arnauné.
iiiminR-
«ixercer une influence très sensible sur le développement desexportations et des importations d’un i)ays. Cet effet apparaît surtout avec quelqiie netteté lorsque le change est influencé par le régime monétaire. Un producteur argentin qui a vendu en France des produits agricoles, et qui, pour se payer, tire siir son acheteur, trotivera à wder sa traite à un cours lieaucou]> plus élevé que le cours nominal de celle-ci, parce qu’elle est payable en or et qu’à la République Argentine l’or fait prime sur le papier-monnaie. La prime du change, traduisant la dépréciation de la monnaie nationale, viendra ainsi s’ajouter au prix de la marchandise. Elle constituera un bénéfice complémentaire, une prime à l’exportation, qui permettra au producteur d’abaisser son prix de vente pour triomirher de la concurrence extérieure. En cela, elle contrariera les mesures de protection que le pays importateur aurait pu prendre en faveur de sa propre production. Elle compensera, en effet, au profit du vendeur étranger, en tout ou en partie, les taxes douanières que les marchandises devront acquitter à l’entrée. On a plus d’une fois soutenu, non sans quelque apparence de raison, que si, après l’établissement du régime douanier de 1892, les produits agric,oles de certains Etats de l’Amérique du Sud avaient pu continuer à concurrencer sur le marché français les produits nationaux, ce résultat était dû au mauvais régime monétaire de ce.8 pays et à la prime du change qui en était la conséquence. A l’inverse, dans un pays qui doit à une monnaie dépréciée un change très défavorable, les importations seront découragées. Le vendeur étranger voudra, en effet, être payé en bonne monnaie. Mais, pour se procurer une traite répondant à cette exigence, l’importateur devra subir la prime du change, qui viendra s’ajouter à son prix d’achat. Il aura par suite plus d’avantage à s’adresser à la production nationale, pour laquelle un change défavorable équivaiit ainsi à un encouragement, à une mesure de protection douanière.
419. Observons que cette situation, lorsqu’il s’agit d’un change déterminé seulement par la balance des comptes, ne sauraitdurer bien longtemps. Par suite du développement des exportations, le nombre des effets tirés sur l’étranger ne tardera pas à augmenter, tandis qu’à l’inverse la diminution des impor-^ tâtions amènera une raréfaction du papier de commerce tiré sur le pays. L’équilibre qui n’était rompu que dans les limite-s^ très restreintes du gold-point, se rétablira donc assez vite.
44S T)KrxiKMK PAnriiî. — chapithe iii
L'influence du change sur le commerce extérieur est au con- ’ traire bien plus sensible et bien i)lus durable lorsque le cours
du change traduit la dépréciation de la monnaie nationale par rapport à la monnaie extérieure. En pareil cas, les écarts dr ï change n’étant plus contenus par les gold-points, la prime à
l’exportation peut être considérable, et l’obstacle à l’importar tion devenir presque prohibitif. l>e telle sorte qu’un mauvais
régime monétaire pourrait être pour un pays une source effi- ) cace de relèvement économique, puisqu’il aboutirait en fin
i de compte à développer la production nationale
^ On a contesté, il est vrai, l’exactitude de cette conclusion,
I assez paradoxale en apparence. La dépréciation de la monnaie
^ intérieure a pour conséquence, a-t-on dit, la hausse de tous les
* prix “. Par suite, la prime du change perd tout intérêt pour les
ï exportateurs, puisqu’elle est compensée par une élévation
i'i correspondante de leurs prix de revient. Pour les importateurs
I eux-mêmes, elle cesse de jouer comme un droit de douane,
y puisqu’en s’adressant à l’industrie nationale ils paieront, sous
I forme de renchérissement des produits, ce qu’ils auraient payé,
à raison du change, en achetant des marchandises étrangères.
^ Ce raisonnement ne serait tout à fait i)robant que s’il était
démontré que la hausse du change due à un mauvais régime |i monétaire entraîne toujours une hausse correspondante des
r prix à l’intérieur. Or, c’est précisément le contraire que semble
révéler l’examen attentif des faits®. Divers exemples conterni 1 porains établissent que la hausse générale des prix, conséquence
I d'un mauvais régime monétaire, n’est pas ordinairement aussi
rapide, ni aussi accentuée que la hausse du change. Dans la ^ mesure où celle-ci reste supérieure au relèvement des prix, elle
\ conserve son influence sur le développement du commerce
f extérieur et de la production nationale. En contribuant àrec-
' tifier la balance des comptes et à ramener de l’or dans le pays,
I -elle permet d’autre part l’assainissement de la circulation, et
[ peut même faciliter, lorsque son action n’est pas contrariée
1. Uaii^ certains pays, notamment an Brésil, il s’est constitué des partis Ue producteurs en vue du maintien d’\in régime monétaire qui, bien que défectueux et [)arce que défectueux, paraît favorable au développement des >»xporta lions.