‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 203 sur 568 · V. plus loin. 423 cl 423 bis · texte numérisé non relu

V. plus loin. 423 cl 423 bis

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LE CREDIT

pour conserver leur clientèle, à leur faire des avances importantes, parfois même à s’intéresser directement à leur prospé. rité en devenant leur commanditaire b Ce n’est pas là d’ailleurs une fonction dépourvue de risques et plus d’une banque locale en a été victime. C’est du moins une fonction fort utile, et la possibilité de trouver auprès du banquier des avances à long terme, soit pour donner de l’essor aux affaires, soit pour surmonter une crise, est, pour la petite et la moyenne industrie plus particulièrement, une ressource précieuse.

Les grands établissements de crédit ne sauraient la leur offrir. Travaillant avec les foiuts qui proviennent des dépôts et qui, par suite, sont toujours exigibles à première réquisition, ces établissements doivent nécessairement s’interdire toute immobilisation de capitaux, toute opération d’avances à long terme. C’est à tort qu’on leur en fait quelquefois grief; l’origine même de leurs ressources productives ne leur permet pas cette affectation.

La disparition d’un nombre assez considérable de banques locales n’a donc pas été, à ce point de vue, sans inconvénients b En Allemagne, où la concentration a eu pour conséquence, non pas comme en France l’élimination des petites banques, mais leur absorption par les grands établissements de crédit ou leur association avec ceux-ci, la situation est assez différente. Les grandes banques allemandes, au lieu de rester seulement des banques de dépôt, faisant des avances à court terme, ont pu être en même temps banques d’affaires, consentant largement du crédit à l’industrie nationale par l’intermédiaire des banques locales, qu'elles alimentent de fonds et dont elles contrôlent les opérations. On estime à plus de 4 milbards 1 /2 le montant des émissions de valeurs industrielles dans lesquelles au cours de ces vingt dernières années, elles ont ainsi pris une participation. C’est à cette cause en grande partie qu’est due la rapidité du développement économique contemporain de l’Allemagne. Il est vrai que cette organisation, beaucoup plus

1, V. [iliis liaut, 131.

2. V. noLamnient, sur la ([iieslion des banques locales et régionales les exposés de M. lîrocard, reproduits dans le Ihillelin de la Fédération des industriel.s et des comrnerçanLsi (rançaisy et la thèse de M. Saiirel (1901) : Sociétés de crédit contre banques locales. Sur rorganisation des banques allemandes, V. la thèse de M. Depitre (1905) : Le nwiwement de concentration dans les banques allemandes, et Blondel, la richesse de rAllciuagne, dans la Revue

* /inancièrc universelle.

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que la nôtre, expose les établissements de crédit à des crises redoutables, en les rendant solidaires au plus haut point de celles qui peuvent atteindre l’industrie elle-même.

Î23 bis. Il est également une autre catégorie fort importante d’opérations pour lesquelles, juscju’ici, les grandes banques françaises n’ont pu rivaliser'avec les banques anglaises et allemandes. Ce sont celles qui concernent le commerce d’exportation. Pour ce commerce, plus peut-être que pour toute autre nature d’entreprises, le recours au crédit est une nécessité, avec cette particularité que les crédits à ouvrir sont d’assez longue durée, à raison des délais de transport et des usages commerciaux, qui ne permettent pas au vendeur d’exiger immédiatement de son acheteur étranger, le paiement du prix. Les banques allemandes, qui fréquemment sont intéressées financièrement dans les entreprises industrielles et peuvent, par suite, en contrôler l’activité, n’hésitent pas à accorder aux exportateurs des facilités pai'ticuliènis, sous la forme notamment de longs crédits à découvert. Elles ont créé à l’étranger de nomlireuses filiales, dont la mission consiste principalement à favoriser l’expansion du commerce allemand. Les banques anglaises qui s’occupent d’exportation n’ont pas la même audace de conception, mais trouvent néanmoins dans le principe d’une extrême spécialisation géographiciue le moyen de dispenser, sans trop de risques, aux exportateurs, les moyens de crédit qui leur sont nécessaires. Leur parfaite connaissance des marchés extérieiu’s leur permet de déroger aux règles ordinaires et d’élargir, pour cette clientèle spéciale, leurs conditions habituelles de crédit.

Il en était tout autrement, justiu’ici, pour les grandes banques de dépôt françaises, que leur extrême prudence et l’application stricte de la règle «pas d’immobilisation» mettaient dans la quasi impossibilité, non seulement de consentir des crédits à découyert, mais, en dehors de l’escompte des traites dites documentaires (c’est-à-dire accompagnées de documents susceptibles de conférer au banquier une sorte de gage sur la marchandise transportée), d’accorder des crédits supérieurs à 90 jours. Il eût fallu, pour leur permettre des crédits à long terme, allonger la durée légale de circulation des effets admis au réescompte de la Banque de France. Le législateur, jilutôt que de porter atteinte aux règles protectrices de notre grand institut d’émission, a préféré créer, pour l’organisation du crédit à l’expor*

LE CRÉDIT

tation, une banque spéciale subventionnée par l’Etat, (loi du 23 octobre 1919), la Banque nationale française du commerce extérieur, au capital actuel de 100 millions de francs, dont le rôle consiste à servir d’intermédiaire entre la Banque de France et les exportateurs, et à fournir à ceux-ci les moyens de transformer en crédits à long terme les effets à court terme •qui, seuls, aujourd’hui sont bancables. Il semble d’ailleurs que eette conception ingénieuse, mais compliquée, n ait pas, jusqu’ici, donné de résultats bien satisfaisants.

' 424. Les banques d’affaires et l’organisation du crédit à long

Icrine au profit de la moyenne et de la petite industrie. — Les grandes entreprises industrielles peuvent cependant, en France nomme à 'l’étranger, trouver facilement un crédit de longue durée, en recourant au procédé de l’émission d’actions et d’obligations. Les grandes sociétés de crédit, en prêtant leurs guichets, leur facilitent le placement de ces titres. Dans une certaine mesure (assez faible d’ailleurs, sauf pour une seule), elles leur accordent même un concours personnel, sous la forme de participations financières, c’est-à-dire en acquérant, pour les garder en portefeuille, une certaine quantité d’actions et d’obligations. Dans le même ordre d’idées, il convient encore de citer les vieilles et imxiortantes maisons de banque qui travaillent avec leurs ressources projires et qui constituent ce que l’on est convenu d’appeler la « Haute banque parisienne ».

Les banques locales et régionales elles-mêmes s’intéressent parfois, sous cette forme, aux entreprises industrielles. Celles de la région lorraine notamment ont, en 10 ans, de 3 899 à 1908, émis pour plus de 150 millions de valeurs mobilières locales et puissamment contribué à l’essor économique de cette partie de la France. Dans l’ensemble du pays, il subsiste encore plus de 800 petites ou moyennes banques, représentant un capital supérieur à 1.500 millions de francs. Pour résister jilus efficacement à la concurrence des grandes sociétés de crédit, elles se sont groupées et fédérées ; certaines, de locales sont devenues régionales et possèdent des succursales. Elles ont constitué un syndicat, réunissant plus de 400 d’entre elles, et fondé la Société centrale des banques de province, dont elles sont les actionnaires et qui procède, seule ou en collaboration avec d’autres établissements de crédit, à des émissions de valeurs industrielles. Au cours de la guerre, et dans les années qui sui-

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