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V. plusliaul, no«3Sl et suiv

l’oOligation de payer des arrérages, cette obligation constitue un droit au profit des rentier.s. Le pays ne .saurait y perdre, puisque ce que l’Etat prend à un certain nombre de nationaux, c’est pour le donner aux autres. L’emprunt public n’entraîne pas une déperdition, mais simplement un déplacement de richesse. S’il n’est pas toujours, ni nécessairement, un bien, il ne saurait, à l’inverse, être considéré comme un mal; au point de vue de l’intérêt national, c’est une chose indifférente en soi.

Ces deux thèses contradictoires sont, rime et l’autre, trop absolue'^ pour être exactes. Tout d’aliord, si le crédit active la circulation des richesses, il ne saurait les multiplier. Nous l’avons établi à jiroiios du crédit privé; la démonstration garde toute sa force à l'égard du crédit ]uiblic. Pour le capitaliste Xirêteiir, le titre de rente est la repré.seiitation d'une richesse dont il s’est dessaisi, ce n’est pas en réalité une richesse nouvelle. Il ne deviendrait une richesse nom elle, un caintal nouveau, que si le rentier en réalisait la valeur en le vendant à la Bourse; mais dans ce cas, cette valeur, qui s'ajouterait eft'ectiveiuent au iiatrimoine du rentier vendeur, un autre iiatrimoine, celui de l'acheteur s’en trouverait dessaisi. Tant que le rentier est en iio.s.session de son titre, il a sans doute le droit de toucher des arrérages, mais même à ce iioint de vue le titre de rente ne saurait être considéré comme une richesse en plus ni pour lui, ni pour le pays. Pas jiour lui, car s’il touche les arrérages de rente, il ne peut plue iirétendre tirer un revenu du capital dont il s’est dessaisi en le prêtant à l’Etat. Pas pour le pays, car les arrérages dont le patrimoine du rentier se trouve augmenté sont enlevés à d'autres patrimoines, ceux des contribuables.

L'emiirunt public n’est donc pas en lui-même un facteur de multiplication des cajiitaux; il n’est ims davantage, au iioint de vue de l'intérêt national, une chose indifférente en soi. Tout d’abord, lorsqu'un Etat emprunte il peut arriver, et il arrive le plus souvent, qu’un certain nombre des titres de rente qu’il émet soient immédiatement souscrits, ou ultérieurement achetés. par des étrangers. Dans ce cas, les arrérages sortiront du patrimoine national; ils ne seront plus une dette du pays envers le pays, de la main droite envers la main gauche. En fût-il autrement, et loi’s même que tous les créanciers de l’Etat seraient et resteraient des nationaux, rargument cacherait encore un sophisme. 11 ne saurait être inditïérenl ]>ar exemple que des cajiitaux soient gaspillés par l'Etat emiiriinteur, alors (prils

LE CRÉDIT

auraient été employés productivement par des entreprises industrielles auxquelles auraient pu les prêter les rentiers. En jiareil cas, il n’y aurait pas seulement déplacement, mais dé]ierdition de richesse. On aurait beau dire que les arrérages de la dette sont payés par une main à l’autre; ainsi que le fuit très judicieusement observer ]\1. Leroy -Beaulieu s il n y avait pas eu d emprunt, les deux mains fussent restées pleines, la main droite (le contribua.V*le) gardant le revenu que l’impôt lui enlève, et la main gauche (le rentier) pouvant tirer du capital gasjiillé par l’h^tat un revenu égal ou supérieur au montant des am*rages qui sont arrachés à la main droite. Le iiays n’en eût donc été (pie plus riche.

Si l’emprunt n'est pas toujours un bien pour un Etat, ni même une chose indifférente, il serait excessif à 1 inver.se de le considérer comme étant toujours et n<*cessairement un expédiimt condamnable. La vérité, c'est que souvent, sinon la jilupart du tem])s, il ne sera ni un bien ni un mal, parce qu’il sera simplement une nécessité. Bien cpie 1 iinjiôt soit ]JOur 1 Etat le moven normal de se procurer des ressources, il peut se présent(?r telles circonstances où il lui soit peu avantageux, sinon impossible, d’y avoir recours, s’il s’agit (lar exenixile d’obtenir une somme considérable et dont le préhivement par voie d’autorité serait, à raison même du taux élevé d’imposition, gravement ])réjudicial>le à un grand nombre de contribuables. L’emprunt va chercher l’argent où il s’offre, où il est disponible; l'imiiôt le demande |)arfois là où son maintien est le plus désirable. 11 i>eut se faire aussi que le besoin à satisfaire soit urgent, au cas de guerre xmr exemiile, et que l’Etat soit em]iêché d attendre pendant le temps, nécessairement assez long, qu’exigerait le recouvrement de l'impôt.

Observons d’ailleurs que l’emprunt imblic n’est pas toujours injuste, comme certains ont tendance à le soutenir', et qu il peut même être plus conforme à l’équité d’y recourir, iiue d avoir recours à l’imiiôt. Il en sera ainsi dans tous les cas où l'utilité résultant de Temiiloi des fonds se maintiendra, au moins iiour jiartie, au jirofit de jilusieurs générations successives. 11 est tout naturel, en iiareil cas, que le fardeau de la dette ne pèse pas exclusivement sur la génération actuelle, et (pie les générations futures continuent à suiijiorter une iiartie des anérages,

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