Cauwès, op. ciL, t. I, n«> 138 et suiv
soit nécessairement contenue dans des limites assez étroites. Elle n’est pas tout à fait négligeable cependant. Grâce aux progrès de la météorologie, riiomme connaît de mieux eu mieux les phenonienes atmosphériques et peut, dans une c-ertaine mesure, prévoir leur succession. Il est par suite à même, sinon de prévenir les conséquences fâchmises de ces phénomènes, du moins de se prémunir pour en atténuer la gravité. Il peut même agir indirectement .sur le climat. Par des travaux de déboisement et de reboisement, il exerce une influence sur le régime des pluies; par le drainage, il modifie l’état hvgrométrique; par des plantations appropriées, il assainit le sol.
Son action s’exerce d’une manière bien plus efficace lorsqu'il s’agit des conditions géographiques. En vue de développer se.s relations commerciales, il transforme les voies de communications naturelles et les multiplie. Il approfondit par des dragages le lit des fleuves, remédie à leur insuffisante navigabilité ou les relie les uns aux autres au moyen de canaux. Il sillonne par des voies ferrées les pentes des montagnes ou les traverse dans leur épaisseur par des tunnels. Il sépare les continents eu perçant les isthmes ou jette des ponts sur les bras de mer.
Son influence sur le milieu géologique n’estpas moins profonde. Non content de rendre au sol, sous forme d’engrais, les forces qu’ü lui emprunte eu le cultivant, il en modü'ie par des amendements la composition chimique, et le féconde par des irrigations. Parfois même, grâce à des travaux d’assèchement il conquiert à la culture des régions entières, lorsqu’il ne crée pas de toutes pièces, en la transportant d’un lieu dans un autre, la terre cultivable.
99. 2 ** d. w de VV/S de Zu '/wuZZere. — L’homme fait subir* à
la matière, avant de l’employer à la satisfaction de ses besoins, une série de transformations profondes. Ces transfonnations fout précisément l’objet des travaux de l’industrie manufacturière. Même en ce qui concerne le règne animal la réaction de l’homme sur le müieu physique s’est manifestée par des faits importants. L homme a modifié les proportions des espèces existantes, détruisant celles qui lui sont nuisibles, multipliant celles qui sont susceptibles de lui servir. C’est ainsi que, peu à peu, notamment en Europe, les grands fauves ont disparu, remplacés par les animaux domestiques. L’homme ne s’est pas contenté d’ailleurs de favoriser la multiphcation de ceux-ci; par des croisements entre races différentes, i> a obtenu des types
nouveaux, plus sélectionnés et jilus aptes aux services qu’il attend d’eux. La même transformation s’est opérée dans le règne végétal. Ala placedes forêts, arrachées parfois avec quelque imprévoyance, les céréales occupent aujourd’hui d’immenses espaces. Des espèces nouvelles, la pomme de terre par exemple, ont été importées de régions lointaines et acclimatées ; grâce à la culture, les espèces indigènes se sont améliorées au iioint de devenir méconnaissables. L’homme est môme parvenu, par ses efforts tenaces et persévérants, à modifier dans une certaine mesiiri^ les conditions naturelles d’existence d’un grand nombre de végétaux, et à reculer la limite d’altitude au delà de laquelle il était, primitivement, impossible de les obtenir.
lüO. 3“ Au point de vue des forces naturelles. — L'homme ne s’est pas borné à utiliser, en les appropriant, les foi ces de la nature; il a trouvé le moyen de provoquer artificiellement, dans bien des cas, l’action de ces forces. Grâce à la chaleur dégagée ])ar la combustion du bois ou de la houille, il produit dans des récipients fermés, dans des chaudières, la vapeui d'eau dont la puissance ex])ansive sera utilisée par les machines pour les emplois les plus divers. D'après les statistiques officielles^, il existait en France, en IhOS, dans riiutustrie, les chemins de fer et la navigation, 10!t.77G machines à vapeur, ayant une puissance totale d'environ 12 milüons 1.5.5.000 chevaux-vapeur. On évalue, d’après les calculs de l’administration des mines, la force d’un cheval- vapeiu* à celle de trois chevaux ordinaires ou de 21 hommes. C’est donc une force totale de plus de 2.50 millions d’imlividus, soit plus de six fois la population totale de la France, que représenterait actuellement, pour notre pays, la puissance mécanique actionnée par la vapeur. Et à cette force s'ajoutera pour un chiffre de plus en plus con.sidérable l’énergie électiique, dérivée, grâce au procédé de la turbine, de la force motrice de l’eau courante, houille blanche sortant des glaciers, houille verte qui coule dans le lit des ruisseaux et des petites rivières. L’homme, après a voir capté cette force électrique, la transporte au loin, remmagasine et la distribue, suivant les besoins de la imiduction, à l'usine ou même au domicile du travailleur isolé. La généralisation de cet état de choses aura peut-être un joiu*
I. Annuaire fiiuU.siifjue de la France: v. aussi ihdmoiul l'Iicry. Les pnajrès éc*avm\u]iies de la France, j). 188.
poui- conséquence, sinon de déplacer entre les peuples les supériorités économiques, du moins d’égaliser les conditions de la concurrence au profit de certains Etats qui, tels l’Italie, les Etats Scandinaves ou la France elle-même, s’ils ont été moins abon- . damment que d’autres pourvus de houille noire par la nature, pourront trouver dans leur richesse en houille blanche ou verte une avantageuse compensation *.
SECTION III
l.i: CAPITM.
101 . Définition ilii eapilal. — C’est Adam Smith qui, le premier a fait au capital une place distincte jiarmi les factem's de la production et qui a précisé la significalion économique, du mot « capital ». Avant lui cependant les Physiocrates,Turgot notamment, avaient employé cette expression mais le plus ordinairement, sinon exclusivement, pour désigner l’argent prêté à intérêt. Cette signification restreinte du mot « capital » se retrouve encore aujourd’hui dans le langage des affaires, où on désigne du nom de « capital », et mieux de « capitaux », l’ar gent
I. (iide, Cuurs d' Economie politique, 4*^ édition, X. I, pp. 1 14 et siii\ .
D’après VAnmiiiire. de la Chambre syndicale des Forces hydrauliques pour 1913, oiicstinuut qviola puissance disponible totale des forces hydrauliques atteignait pourla France, en période d’eaux moyennes, de 9 à 10 millions dechevaux, dont 600.000 seuleinenï utilisés par des entreprises représentant un capital siqiérieur à 600 millions de francs. Les deux tiers environ de cette force captée, soit 374.000 chevaux étaient distrib* és sous forme d’énergie électrique. La France était d’ailleurs devancée dans cette voie par ritalie, qui utilisait 845.000 chevaux hydrauliipies. Four les autres i*jtats, la force aménagée représentait: en Autriche-Hongrie 515.000 ciievaux;en Norvège, 510.000; en Suède, 500.000; en Allemagne, 445.000; en Sui.sse, 380.000; dans le Royaume-Uni, 80.000. V. également Nitti, Forces hydrauliques et reboisement en Italie, dans la lieuue économique internationale, 1909. Au cours de ces dernières années, l’utilisation de la houille Llmche paraîtavoir fait, dans certains pays, de notables progrès, en Suède et en Norvège notamment, où en 1917, la puissance hydraulique utilisée atteignait 1 million de chevaux. Aux Etats-Unis, à la même époque, elle dépassait 4 millions de chevaux, sur une puissance totale disponible de 27 millions de chevaux. En France, l’énergie hydraulique utilisée, ou en voie d’utilisation, s’est considérablement accrue au couti de la guerre et atteint aujourd’hui le chiffre d’environ 1 .200.000 chevaux.
monnayé ainsi que les titres et valeurs mobilières, qui en sont la représentation. ]\Iais, dans la terminologie économique, la notion de « capital » s’est corisidéralilement élargie. Est capital, avions- nous dit précédemment « toute richesse, produit d nu travail antérieur, mise eu réserve, en vue de la production d autres richesses », toute richesse affectée à un emploi jiroductif. On donne encore une autre définition du capital. C’est, dit-on, toute richesse qui assure à son jiiopriétaire un revenu, profit, intérêt, loyer, fermage, autre que le salaire, revenu du travail.
Ces deux définitions sont le plus ordinairement considérées comme équivalentes, et, en fait, elles se ramènent iréquemmeut Time à l’autre. La plupart des richesses qui sont capital au premier sens du mot, sont aussi capital au second sens Ainsi, la terre louée à un fermier est destinée à la production; elle donne d’autre part nu levenu, le fermage, au propriétaire. De même une somme d’ai gent prêtée àintérêt à un chef d’entreprise, à une société indirstrielle. Il est cependaut des cas où une richesse sera capital, parce que destinée à la production, sans pour autant donnerpar elle-même uu revenu, par exemple une somme d’argent destinée à payer des salaires, à moins cepeudaiit que l’on ne considère le profit éventuel de l’entreprise comme étant pour partie le revenu de cette somine d’argeut. Dans d'autres cas, à l’inverse, une richesse donne uu revenu à son propriétaire sans être affectée à un emploi productif, par exemple nue maison d’habitation destinée à la location ou une somme d’argent prêtée à un prodigue.
102. Cupiful proiliictif H capital lucratif. — Aussi a-t-on proposé quelquefois de classer dans des catégories différentes le capital affecté à un emploi productif et le capital qui donne un revenu à son propriétaire. On distinguerait ainsi le capital productif et le capital lucratif, ou le ca^ûtal de production et le cairital de gain b Nous croyons préférable, en tant du moins que nous
I. \ . .sur la c.iiliinu' de la disliiielion du eapilal pruducdil’ td du capital lucratif IcH article!^ de M. Villey, dans la Itcviie d' Kconinnif politique, 1889 et 1890. L’intértH de cette distinction consisterait en ceei que, seul le capital productif rentrerait tlans le capital social. Le capital hicratifn’y figurerait pas puisque le revenu (|u’il procure aux uns est jiris aux autres, sans qu’il y ait aucun avantage pour l’ensemble de la SociéU’’. Dans un livre récent {De la rinliire. du capital et du revenu, 1911), l’économiste américain Irling Fisher a tenté de dégager la nalure intrinsèque du capital. Ce serait, selon lui, la richesse après .sa création, le rex eiiu étant, a l’inverse, la richesse au moment de sa création.
l'RKMIEHIi l’ARTIE. CMARITRE PREMIER
eriAisageons le capital eonmie un des facteurs de la production, de ne reconnaître le caractère de capital qu’aux richesses destinées à la production directement ou indirectement. Quant à la notion de capital lucratif, c’est en matière de répartition qu’elle a sa raison d’être, non en matière de production. Elle tient en effet à l’existence d’un régime particulier de lépartition caractérisé par l’existence de la propriété indiAdduelle. Sous un régime qui excliu ait la propriété, il n'y aurait plus de capital lucratif, susceptible de rapporter un revenu aux individus. Cependant, même sous un semblable régime le capital productif, fonds de terre, installations, machines, matières premières, subsisterait. C’est en ce sens que le capital, facteur de la iiroduction, peut être cousidéié comme jierpétuel et indépendant des arrangements sociaux. Nous retrouverons la notion du cajiital lucratif lorsque nous étudierons, en matière de ixqiaitition, les divers revenus. Actuellement le capital productif, seul, doit uoils préoccuper.
10.3. Capital et fonds de eoiisommalion on de jonissanee. — Le capital étant toute richesse affectée à un emploi productif, ne rentrent pas dans le capital les richesses destinées à la consommation ou à la jouissance personnelle des individus. La notion de richesse est donc sensiblement plus vaste (jue celle de capital puisqu’elle comprend, avec le capital, l’ensemble des biens qui constituent le fonds de consommation et de jouissance. Observons d’ailleurs que la qualité de capital appartient à un bien, moins à raison de sa nature que de sa destination. La plupart des biens peuvent, suivant les cas, être ou des capitaux, ou des objets de consommatiou et de jouissance. Un fonds de terre, x>ar exemple, sera capital s’il est affecté à la culture; il rentrera dans le fonds de jouissance si, aménagé eu jardin d’agrément, il n’a aucun rapport avec la production. LTiie galerie de tableaux, bien de jouissance pour un amateur opulent, sera un capital pour le marchand qui en fait l’exposition (*n vue de la vente. De même la houille, capital pour la Oonqiagnie minière et pour le haut fourneau, rentre dans le fonds de consommation pour les particuliers qui 1 affectent à leur chauffage peisonnel.
\{)\. Principales calé;|ories de capitaux. — Dans le capital ainsi entendu rentreront par suite, sans que cette énumération
Cl* . J“-
puisse d’ailleurs être considérée comme ayant un caractère limitatif :
1 ” Les biens spécialement affectés à. la production ; de l’industrie agricole et de l’industrie extractive, comme les fonds de terre et les mines ; de l’industrie manufacturière, comme les matières premières de toute nature; de l’industrie commerciale et de l’industrie des transports, comme les marchandises et approvisionnements.
2“ Les installations industrielles, agricoles, commerciales; usines, bâtiments d’exploitation, chantiers et magasins; l’outillage public : routes, voies ferrées, canaux, ports.
.3“ Les instruments de production : outils, machines.
4» L’instrument des échanges : la monnaie.
Pour certaines des catégories de biens que nous venons d’indiquer, il y a cependant des controverses. Il en est ainsi notamment en ce qui concerne le capital foncier et la monnaie. Un certain nombre d’économistes sont portés à considérer la terre moins comme un capital que comme un agent natm’el. Ils font observer que, dans le revenu de la terre, une partie impoi tante rémunère les qualités propres du sol, les dons gratuits de la nature. Cette partie du revenu foncier, que l’on appelle la rente, n’est donc pas le revenu d’un capital. Si, par suite, la terre peut à certains points de vue être considérée comme un capital, ce serait du moins un capital d’une nature toute particulière, différent des autres capitaux. Que faut-il penser de cette conception du capital foncier ? Eemarquons immédiatement qu’elle se rattache à la notion du capital lucratif, source de revenu pour le propriétaire. La terre est-elle un capital lucratif différent des autres ? Nous aurons à nous prononcer sur ce point lorsque, dans la matière de la répartition, nous étudierons les divers revenus. Mais on ne saurait en tout cas méconnaître l’importance du rôle joué par la terre dans la production agricole, et cela suffit pour que nous devions la comprendre dans le capital, lorsque nous envisageons celui-ci comme un des facteurs de la production.
Nous proposerons la même solution, pour des motifs de même ordre, en ce qui concerne la monnaie, instrument des échanges. Que l’argent monnayé serve à payer des salaires, à acheter des instruments de travail ou des matières premières, qu’il soit employé par son propriétaire lui-même dans une entreprise dirigée personnellement ou prêté à une entrepiise étrangère, par cela Phbui- aü, t, I, 2* éd. 7
seul qu’il est affecté à un emploi productif, il rentre dans la notion du capital.
Il cesserait d’être capital s’il était prêté en vue d’un autre emploi que la production, ou du moins il ne constituerait pour le prêteur qu’un capital lucratif. Pourl’emprunteur qui le destinerait à des dépenses de pur luxe, il rentrerait même dans le fonds de consommation. Si pointant les dépenses de l’emprunteur avaient pour but de lui permettre de vivre en attendant les résultats de son travail, peut-être pourrait-on logiquement voir dans l’argent prêté un véritable capital, puisqu’en dernière analyse il aurait pour objet d’assurer la production. Il ne faut pas oubber, d’autre part, qu’il y a production par cela seul qu’il y a création d’utiUté, et que l’utilité créée ne s’incorpore pas nécessairement dans la matière. Et de là résulte le caractère nécessairement un peu vague et imprécis de cette notion du « capital », facteur de la production.
105. Capital-nature et capital-valeur. — Ce qui, en tout cas, ne saurait être douteux, c’est que la monnaie constitue un capital lorsqu’elle est directement affectée à un emploi productif. Elle constitue même, pourrait-on être tenté de le dire, le capital par excellence, en ce sens qu’elle permet d’acquérir,par l’échange dont elle est l’instrument naturel, toutes les autres sortes de capitaux. Aussi donne-t-on parfois à la monnaie le nom de « capital-valeur » par opposition aux autres richesses désigné<\s sous le nom de « capital -nature ». On entend par là que ces richesses diverses ne peuvent jouer le lôle de capital et servir à la production que sous la forme particulière revêtue en propre par chacune d’elles, tandis que la monnaie, grâce à sa valeur, à son pouvoir d’échange, peut revêtir la forme de toute espèce de capitaux. Et la monnaie doit à cette propriété d’occuper une place à part parmi les richesses K
106. La conception collectiviste du capital. — Nous avons défini le capital toute richesse destinée à la production et nous avons été amenés par là-même à lui reconnaître un caractère de perpétuité. Le capital apparaît dès l’aube des sociétés humaines; c’est la pierre tranchante qui sert d’arme ou d’instrument de travail au troglodyte. Avec les progrès de la civihsation, le capital revêt des formes plus variées et plus puissantes, celle par