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CHAPITRE VI

On ajoute, et c'est la réponse à l'argument tiré par les libre^ échangistes de l'intérêt des consommateurs, que la protection du travail national n'intéresse pas seulement la classe ouvrière. Elle intéresse l’ensemble des producteurs, c’est-à-dire tout le monde. Tout consommateur est en même temps producteur, soit par son travail, soit par- son capital, soit, le plus souvent par l’un et l’autre. Les producteurs de services, -qui recrutent leur clientèle parmi les producteurs de richesses, les fonctionnaires, les rentiers eux-mêmes, dont le revenu dépend de l’état des finances publiques, ne sont pas moins intéressés à la x>rospérité générale que les entrexireneurs d'industrie ou les ouvriers b

3° Il ne faut pas exagérer la portt-e du principe de division du travail, sur lequel s'appuie la doctrine du libre-échange. Entre nations, la division du travail ne saurait être poussée à l'extrême, car une nation dispose ordinairement de sources très variées de production et se compose d’individus dont les aiititudes sont des plus diverses. Sans doute il existe dans la concurrence internationale des supériorités naturelles. L’^Vngleterre ne saurait, iiour la production du vin ou des oranges, prétendre rivaliser avec l’Afrique ^Mineure qui, de son côté, sera naturellement sa tributaire pour les combustibles minéraux. .Mais, à côté de ces su]jériorités qui s’imiiosent, il en est beaucouj) d’autres simplement acquises, et qui peuvent se déiilacer, L’Angleterre n’a commencé de ])ratiquer un régime de liberté commerciale qu’après avoir, pendant xilusieurs siècles, développé son industrie et sa marine marchande gr:ice à la xirotection. Et, de nos jours, elle doit lutter, x)Our le maintien de sa suxirématie sur les marchés extérieurs, avec d’autres xiuissances qui ont elles-mêmes demandé à la x^ra tique d’un régime' très Xirotecteur le moyen de tirer x>arti de leurs multixdes sources de Xiroduction. Envisagée comnie mesure d’(‘ducation industrielle, la ]>rotection douanière n’est x^üs en contradiction avec le pi'incixie de division du travail. Kcspectueuse de ce x^rincixie, en tant qu’il sanctionne une suxjériorité x)ermanento et naturelle, elle en limite l’axiplication dans la mesure où l’exige l'intérêt national, en vue de permettre à la production nationale de déxilacer à son x>rofit, ou tout au moins d’atténuer, les suxiériorités simxilement acquises. En égalisant pour l’avenir les conditions de la concm-rence internationale, elle x’nqiare l’avène-

1. V. Cauwès, Cours d' Economie pulilique,^^ MWÀon J i. Il, n®723.

LE COMMERCE INTERNATIONAL

ment de la liberté des échange.^. Tluers 1 avait ainsi compris :

« Employé comme rexirésailles, le système restrictif est funeste; comme encouragement à une industrie exotique, qui n est x^*^^ importable, il est impuissant et inutile. Emxdoyé pour protéger un produit qui a chance de réussir, il est bon, mais il est bon temxiorairement: il doit finir quand l’éducation de 1 industrie est finie, quand elle est adulte »b

4” Peut-on rax>X>rocher enfin la x>i“otection douanière du socialisme, comme le fout parfois les piirtisans du libre-échange, et soutenir <iu’elle implique une intervention injustifiée de 1 Etat dans la réxiartition des richesses, une atteinte au droit de x>ropriété, un sacrifice imx>osé à la masse des consommateurs dans l’intérêt exclusif de quelques catégories de xu-oducteurs ? Xous avons fait observer déjà que producteurs et consommateurs ne constituent dans l’unité nationale, deux classes distinctes et indéxKUidantes, dont les intérêts seraient opposés.

11 n’est pas exact, au surplus, ((ue le sacrifice inixiosé par la protection douanière aux consommateurs, sous la forme d’un rencl'.érissement des produits, soit motivé par l'intérêt exclusif, ni même princix>al, des x>roducteurs x>rotégés. Tout d’abord, l’Etat tire des droits de douane des ressources fiscales imxîortantes. Au même point de vue, il a intérêt à ce que la richesse du pays ne soit pas compromis?, à ce que les sources de sa production ne soient xuis taries. En dehors du côté fiscal, l’Etat, lorsqu’il x>rotège les agriculteurs et les industriels contre une concurrence étrangère mieux armée, se préoccupe beaucoux> moins de l'intérêt privé de ces producteurs (lue de l’intérêt de la production nationale, c'est-à-dire de l'intérêt général. I.es droits de douane, dans la mesure où ils imxîosent un sacrifice à la masse des consommateurs, se justifient aussi aisément (lue les subventions ou garanties d’intérêt x>ayées, au.x frais des contribuables, à des entreprises privées pour l’exécution de travaux ou de services d’intérêt général.

«IJl. KxanuMi critique des deux thèses du lihre-échaiij|e et de la proteetioii. — Xous avons exposé successivement les considérations qui sont le plus souvent invoquées, tant au point de vue doctrinal qu’au point de vue de l’apxdieation pratique, en faveur du libre-échange ou de la protection douanière; il nous-

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