V'. plus loin
2. V .Cauwès Cours d' Economie politique, 3® édition, t. 259 et 260.
et qui contiibue à limiter raccroissement indéfini de ses rendements; c’est la condition d’emplacement. Encore ne faut-il pas attacher à cette observation, ju.ste en elle-même, une trop grande portée. Si, en effet, malgré l’augmentation des frais de production, il est une limite de rendement qu’un emplacement déterminé ne peut dépasser dans l’agriculture, et si, cette limite une fois atteinte, il devient nécessaire, pour obtenir de nouveaux rendements, de mettre en cultm’e un nouvel emplacement, ne peut-on objecter qu’il serait de même impossible de multiplier par 100 'ou par 1.000 la production d’une usine sans augmenter sensiblement l’emplacement occupé par les installations industrielles, machines, chantiers, appro\isionnements de matières premières ? Sans doute — et c’est peut-être là ce qu’il y a de plus exact dans la théorie du rendement non proportionnel on atteindra beaucoup plus vite dans l’industrie agiicole que dans l’industrie manufacturière cette limite à partir de laquelle une augmentation de rendement ne peut plus être cherchée avantageusement que dans une extension de l’emplacement, JMais cette observation même doit être corrigée à un double j)oint de vue. D’une part, la science agronomique n’a pas dit son dernier mot. Déjà, au cours du xix® siècle, grâce à ses progrès, l’augmentation du rendement à l’hectare a été con.sidérable pour les denrées agricoles les plus nécessaires. Peut-être la découverte de nouveaux procédés de culture ou d’amendement des terres ama-t-elle pour effet de reculer davantage encore la limite à partir de laquelle l’aciiroissement du rendement agricole cesse d’être proirortionnel à l’augmentation des frais de production. Et si venait le jour, rêvé parBerthelot, où, grâce à la synthèse chimique l’homme pourrait fabriquer de toutes pièces, et sans avoir recours à la fécondité du sol, les divers aliments qu’il consomme, la loi du rendement non proportionnel aurait perdu la plus grande partie de son importance.
Observons d’autre part que les diverses natures d’industries sont solidaires entre elles au point de vue des conditions de leur production. Le jour où, par suite d’une mauvaise récolte, le prix du blé s’élève, il est impossible que le prix du pain n’en subisse pas le contre-coup. Si, par suite de l’épuisement progressif des gisements houiUers, la loi du rendement non proportionnel a pour effet d’élever plus que proportionnellement les frais de production dans cette branche d’industrie, le renchérissement de la matière première se fera sentir sur le prix des produits
fabriqués. En d’autres termes, la loi des rendements décroissants en tant qu’elle se vérifie pour l'agriculture et l’industrie extractive, réagit plus ou moins fortement sur la production manufacturière, soumise à la loi contraire des rendements croissants.
1 15. Classification des capitaux. — Capital fixe et capital circulant. — On peut définir le capital fixe tout capital affecté d’ime manière continue à la production, tout capital susceptible de servir à une série d’actes de production. Par exemple, im fonds de terre, une installation industrielle, une machine. Est capital circulant, au contraire, tout capital qui n’est affecté qu’à un seul acte de production, soit qu’il se transforme ou se consomme, comme la houüle et les diverses natures de matières premières, soit qu’il ne contribue à la production qu’en changeant de main par l’échange, comme les marchandises de toute espèce,
La qualité de capital fixe ou de capital circulant dépend d’ailleurs beaucoup moins de la nature même d’mi capital quelconque que de sa destination. Une machine, par exemple, capital fixe pour l’industriel qui l’installe dans son usine, a été capital circulant pom le constructeur-mécanicien qui la destinait à la vente. Elle redeviendra capital circulant lorsque, mise au rebut, elle sera destinée de nouveau à être vendue comme ferraille. Une somme d’argent, capital circulant pour le producteur en tant que salaires payés aux ouvriers, pourrait être considérée comme capital fixe pour le banquier qui la piête à courte échéance et fonde son profit sur le renouvellement continu des actes de commerce réalisés grâce à elle.
1 IB. Intérêts de la distinction des capitaux en fixes et circulants. — Ces intérêts sont de 'diverse nature : 1° Ils se présentent au point de vue de la proportion qui, à une époque quelconque, doit exister dansitout pays 'entre la somme du capital fixe et celle du capital "circulant. Un Etat qui développe outi’e mesure son capital fixe^et|qui, par exemple, sans 'tenir compte de l’exiguïté de ses débouchés ou de l’insuffisance de ses ressources naturelles, multiplie ses voies ferrées d’une manière excessive ou trop rapide, commet un véritable gaspillage de capitaux, puisque sans utilité réelle il enlève ceux-ci à d’autre emplois qui eussent été plus rémunérateurs. Et à l’inverse, un pays riche en ressources de toute nature, mais qui pour leur exploitation ne
dispose que de moyens insivffisants de transformation ou de transport, est condamné à la stagnation. L’accroissement progressif du capital fixe paraît être en effet une des conditions essentielles du développement économique de toute société.
Une certaine proportion doit également être maintenue entre le capital fixe et le capital circulant dans les entreprises privées. L’augmentation Irop rapide du capital fixe, sous la forme par exemple d’installations industrielles importantes et coûteuses, peut être pom’ une entreprise une cause de ruine si à cette transformation intériem’e ne correspond pas une extension de la clientèle permettant d’utiliser une quantité plus considérable de capitaux circulants. Et, à l’inverse, bien des entreprises autrefois prospères se laissent distancer par des concurrents plus jeunes qui, pour la conquête des débouchés, n’ont pas hésité à faire, sous forme d’un outillage perfectionné, c’est-à-dire d’un capital fixe important, les sacrifices nécessaires.
117. 2» Au point de vue de la reconstitution de leur valeur, les deux catégories de capitaux obéissent à des règles différentes. Le capital circulant ne pouvant participer à la production qu’à la condition de se transformer ou de changer de main, c’est-àdire de disparaître pour son possesseiu’, il en résulte que sa valeur doit être reconstituée dans l’acte de production auquel il est employé et se retrouver intégralement dans la valeur du produit; c’est la condition essentielle pom' que la production puisse persister. Il faudra par exemple que 1 industriel, pour avoir intérêt à continuer sa fabrication, retrouve intégralement dans le prix de vente des produits manufacturés la valeur du charbon consumé pour actionner ses machines, des matières premières transformées et des salaires payés aux ouvriers. Il ne saurait prétendre, au contraire, retrouver dans le prix des produits la valeur intégi’ale de son capital fixe, des installations industrielles, de l’usine, des machines employées à la fabrication. Il suffira, pour qu’il ne soit pas en perte, qu’une faible partie de cette valeur se retrouve dans le prix des produits, en plus de la valeur intégrale des capitaux circulants. C est qu en effet le capital fixe, machines, installations, est susceptible d actes de production répétés; ce n’est qrr’au bout d’un temps plus ou moins long, d’un certain nombre d’années ordinairement, qu il peut être considéré comme hors d’usage. Sa valeur ne s’absorbe pas dans un acte rmique de production; elle meurt peu à peu.
lentement. Il suffira donc que cette valeur se trouve peu à peu et intégralement reconstituée au moment où le capital fixe ne sera plus susceptible d’emploi. En d’autres termes, dans la production les capitaux circulants se renouvellent sans cesse; les capitaux fixes s’amortissent.
Le délai dans lequel un capital fixe doit être amorti dépend d’ailleurs beaucoup moins de la durée matérielle de ce capital que de sa durée économique, c’est-à-dire du temps pendant lequel il conserve quelque utiüté. Un grand nombre de capitaux fixes, et non des moins importants, ont, au cours des siècles, perdu toute utilité parce que l’on a trouvé le moyen de les remplacer avantageusement. Il en sera peut-être ainsi, dans 1 avenir, d’une grande partie des capitaux fixes actuellement existants. L’établissement de nouvelles voies de communication, la découverte de nouveaux moyens de transport, la substitution à la vapeur de nouvelles forces susceptibles d’emploi industriel peuvent amener ce résultat. C’est une éventualité dont ni les Etats, ni les individus, ne sauraient se désintéresser lorsqu ils entreprennent la création de capitaux fixes importants, s ils ne veulent être exposés plus tard, faute d’un amortissement assez rapide, à perdre tout au moins en partie la valeur du capital ainsi engagé.
118. 3° On constate également des différences entre les deux catégories de capitaux au point de vue de la stabilité de leur emploi. Les capitaux circulants sont ordinairement susceptibles d’emplois multiples. Les matières premières, la houille notamment, peuvent répondre aux besoins de diverses branches de la production manufacturière. L’argent monnayé surtout est capable, par l’échange, de revêtir toutes les formes de capitaux et de recevoir, par suite, les affectations les plus diverses. D où résulte que les capitaux circulants peuvent assez facilement être détournés de leim emploi primitif et consacrés à un nouvel emploi, considéré comme plus avantageux.
Il en est tout autrement du capital fixe. Ce n’est pas en un jour qu’une terre de labour pourra être transformée en pâturage fertile. Certains cajiitaux fixes semblent même peu susceptibles d’être désaffectés de lem* emploi primitif. (Jue faii-e d’un haut fourneau, d’une mine, si on renonce à les exploiter conformément à leur ‘destination normale ? Et de là vient que l’on donno parfois aux capitaux fixes le nom de capitaux immobilisés, ou de capitaux engagés. De là aussi cette conséquence que, pour le
r 110 PREMIÈRE PARTIE. CHAPITRE PREMIER
, capital fixe, on se contentera parfois d’un taux de revenu sen-
r siblement inférieur à celui que l’on peut attendre, à la même
I époque, de l’emploi du capital circulant, parce qu’il paiaît
I impossible de tirer parti de ce capital fixe autrement et d’une
manière plus avantageuse.
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119. Comment se repartit le capital entre les* diverses branches de la production, j — La règle de répartition est la même pour le capital que pour le travail. Sous un régime de concurience, le capital est naturellement attii’é vers les emplois rémunérateurs et se détourne à l’inverse de ceux qui lui offrent un taux de revenu insuffisant. La répartition des capitaux entre les différentes branches de la production s’opère donc d’elle-même, en
rapport avec les besoins comparatifs de ces diverses natures de travaux.
Mais, de même que pour le travail^, cette règle de répartition comporte dans la pratique un certain nombre de correctifs. Nous venons de voir notamment que les capitaux fixes, à raison de leur nature même, ne peuvent être que très difficilement dégagés de l’emploi auquel ils ont, été primitivement affectés. Le capital circulant peut, plus facilement, subir l’influence des changements favorables ou défavorables survenus dans l’état de la population. Bien des fois cependant, soit espoir d’un retour de prospérité, soit effet des habitudes acquises, le capital circulant lui-même conservera son affectation primitive alors que les circonstances se sont modifiées et que le taux de revenu a cessé d’être rénuinérateiu-. En réalité, la règle de répartition plus haut signalée n’opère qu’assez lentement et plutôt pour les capitaux qui sont en voie de formation que pour ceux déjà employés.