‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 4 sur 568 · V. plu^ loin, n · texte numérisé non relu

V. plu^ loin, n

considérer comme satisfaisante une définition dont les termes, pour être compris, nécessitent eùx-mêmes une explication préalable.

4. Science et art en économie politique. — Il apparaît donc en somme que le meilleur moyen d’obtenir une bonne définition de l’économie politique est de déterminer avec précision sa nature et son objet, et de délimiter son domaine. L’économie poütique est tout d’abord une science. A ce titre, elle rentre dans le groupe des sciences morales, avec le droit, la morale et la science x>olitique. En tant que science morale elle étudie des phénomènes moraux, c’est-à-dire des manifestations de l’intelligence et de la volonté humaines. Mais elle étudie aussi la richesse, et en cela elle se rapproche des sciences physiques, dont l’objet est l’étude de phénomènes régis par des* lois extérieures à l’homme et complètement indépendantes de son action. I.e caractère de science morale prédomine toutefois car, nous l’avons indiqué précédemment, l’objet principal de l’économie politique est l’étude de l’homme, et la richesse, faite pour l’homme, doit passer au second plan dans les préoccupations de l’économiste.

L’économie poh tique n’est pas seulement une science, elle est est en outre un art, et ce double caractère ne présente rien de contradictoire en soi. En tant que science, l’économie politique constate des faits, dégage et formule des lois, c’est-à-dire des rapports de causalité entre les phénomènes. Envisagée comme art, elle applique les lois formulées par la science et donne aux hommes des règles de conduite. La science économique recher' che ce qui est, l’art économique, ce qui pourrait et ce qui devrait être. La première se préoccupe exclusivement de découvrir la vérité; l’art se propose de tirer parti des résultats ainsi obtenus et de les faire servir à l’amélioration de l’état social.

5. Lorsque l’on se propose d’étudier l’économie politique, vaut-il mieux isoler complètement l’un de l’autre ce qui, en elle, rentre dans le domaine de la science, et ce qui est du ressort de l’art ? Ainsi l’ont pensé certains auteurs qui, dans leurs ouvrages, consacrent des parties absolument distinctes, d’une part à la science économique, qualifiée quelquefois économie politique pure, d’autre qj^rt à l’étüde des applications ou éco-

nomie poütique appliquée Le rôle de l’économiste, a-t-on dit, ne saurait être de donner des conseils en vue de la pratique de la vie; sa tâche doit consister exclusivement à poser les principes de la science. L’art économique relève de l’homme j . d’Etat.

Telle n’a pas été l’opinion qui a prévalu parmi les économistes. Déjà les Physiocrates *, à la fin du xviiie siècle, avaient envisagé l’économie politique tout à la fois comme une science et comme un art, lui demandant de dégager les principes dont l’ensemble constitue l’ordre naturel, en même temps que d assurer la grandeur du prince et l’enrichissement de ses sujets. C était aussi l’opinion d’Adam Smith * qui, dans ses définitions de l’économie politique, la considère comme un I art, autant sinon plus que comme une science. Et telle a été

^ aussi la pensée de la plupart des économistes français et an- * glais au xix« siècle, qui, dans leurs livi-es, font, à côté des théories, une place de plus en plus large aux préceptes d’art et à , ' l’étude des applications.

I Il semble qu’il vaille mieux, en effet, dans l’étude de l’éco-

I nomie politique ne pas isoler la science de l’art. Tandis qu’une

^ sc*mblable séparation peut se concevoir i)our d’autres ordres de

connaissances, telle l’astronomie, que complètent, au point t de vue des applications, la météorologie et l’art du navigateur,

^ ou comprend difficilement que les principes de l’économie po-

j litique, science morale, puissent être étudiés sans souci des con-

I sequenees pratiques qui doivent en découler. Par cela même

j r que 1 économie politique est une science des personnes et non

j ! une science des choses, il paraît impossible d’étudier les mani-

I ; festations de l’activité éêononiique .sans chercher à en tirer

r parti pour dégager des règles de conduite. Une autre raison

j encore nous paraît condamner l’isolement de la science et de

1 art économiques, c’est que l’étude de la science perdrait la ] plus grande partie de l’intérêt qu’elle présente et deviendrait

d une effrayante aridité s’il fallait la dégager de toute préoccupation relative aux conséquences qui découlent des théories abstraites et aux applications qu’on peut fonder sur elle,s; et

1. V. notamment Lourcelle-Seueuil, Traité d' ficononiie pulUiqui’, àlilion,

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