‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 5 sur 568 · V plus loin, n · texte numérisé non relu

V plus loin, n

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1 c’est, d’autre part, que l’art économique risquerait de tomber le plus souvent dans un empirisme fâcheux s’il n’apparaissait pas comme le complément naturel de la science et s’il ne s’ap- ' puyait pas fermement sur les principes dégagés par celle-ci.

6. Rapports de l’économie politique avec les autres sciences morales

a). Avee la morale. — Les adversaires de la science économique ont parfois prétendu pouvoir relever certaines contradictions entre ses enseignements et ceux des autres sciences faisant partie du même groupe, notamment de la morale. L’économie politique, a-t-on dit, assigne comme but essentiel à l’activité humaine l’acquisition de la richesse. Elle place l’intérêt personnel au-dessus de tous les autres mobiles, et lui donne la prédominance sur les sentiments les plus élevés. Elle décourage la charité et va même jusqu’à la condamner comme im acte d’appauvrissement social. C’est une science égoïste; d’aucuns sont allés jusqu’à dire une science immorale.

Il est possible, croyons-nous, de répondre victorieusement à ces critiques. En tant que science, l’économie politique ne . saurait être ni morale, ni immorale. C’est une discipline indépendante de la morale et qui a un autre objet, voilà tout. La morale est la .science du bien, l’économie politique, la science de l’utile; or, l’utile et le bien ne sont, ain.si qu’on l’a fait observer maintes fois, que les aspects divers des mêmes phénomènes. Chacun de ces aspects rentre dans le domaine d’une science distincte. L’économie politique n’a pas plus à se préoccuper du côté moral des phénomènes qu’elle étudie que la morale n’a à se préoccuper de leur aspect économique.

Mais si la science économique est essentiellemment distincte et indépendante de la morale, il en est tout autrement de l’art économique. Celui-ci, précisément par ce fait qu’il formule des préceptes en vue de la vie, est imprégné de morale, ou, suivant une expression fréquemment employée, d’éthique. L’économiste, avant de proposer une mesure d’application ne doit pas seulement s’enquérir des avantages matériels qu’elle présente, il doit apprécier aussi cette mesure au point de vue de

1. V. sur cette question : Cauwès, Cours d' Economie poliliqut% 3« édition, t. I, n** 16 et suiv.

sa moralité. Puisque les problèmes d’ordre économique sont, à certains points de vue des problèmes d’ordre moral, les solutions qu’ils recevront pourront varier suivant que, dans chaque cas, l’aspect économique ou l’aspect moral sera prédominant. La plupart du temps, aucun de ces deux aspects ne paraîtra négligeable et le législateur sera par là-même amené à chercher une solution qui conciüe dans les limites du possible les exigences des deux disciplines. C’est ainsi que le désir d’améliorer la situation des classes ouvrières a été, dans tous les grands Etats, le point de départ d’une importante législation protectrice, mais cette réglementation légale, dont une considération d’ordre moral fut l’inspiratrice, trouve ses Umites naturelles dans la nécessité de ne pas placer l’industrie nationale en état d’infériorité vis-à-vis de la production étrangère.

Quant aux griefs adressés à l’économie politique au nom de la morale, ils ne paraissent nullement fondés. On reproche à notre science de faire à l’intérêt personnel une place à part au premier rang des mobiles qui inspirent les actions humaines. Mais il ne faut pas oublier que l’objet précis de l’économie politique est l’étude des rapports de l’homme avec la richesse. Et il paraît évident qu’à ce point de vue, lorsqu’il s’agit notamment d’acquérir la richesse ou de l’accroître, l’intérêt personnel est le mobile essentiel, prédominant, de l’activité humaine. Il n’y a pas heu d’en conclure, d’ailleurs, que l’économie politique est une science égoïste. L’intérêt personnel, tel que l’entendent les économistes, n’est pas l’intérêt exclusif de l’individu; c’est aussi l’intérêt de tous ceux avec lesquels l’individu est uni par un tel lien d’affection que les conséquences favorables ou défavorables de ses actes puissent être considérées comme devant naturellement leur profiter ou leur nuire; c’est notamment l’intérêt de la famille, que certains économistes considèrent comme la véritable cellule sociale. C’est un fait d’expérience en effet qu’un homme est souvent plus porté à produire par le désir d’améliorer la situation des siens que par le souci de sa propre situation, et l’une des raisons les plus fortes (jui militent en faveur de l’héritage est précisément la crainte très fondée de voir, par sa suppression, se tarir la source la plus durable de la production. Ainsi dégagé de toute étroitesse, le mobile d’intérêt personnel ne paraît rien avoir de commun. avec l’égoïsme. Les économistes ne contestent aucunement d’ailleurs qu’à côté de l’intérêt personnel

et souvent au-dessus, il y ait d’autres mobiles d’action, mobiles très nobles et très désintéressés, le patriotisme par exemple, qui, dans bien des cas, auront et devront avoir sur la conduite de la vie une influence décisive. Ce qu’ils disent seulement, c’est que ces mobiles désintéressés ne sont pas du domaine de la science économique. Au point de vue économique l’homme est porté à agir par l’aiguillon de l’intérêt personnel; cela n’implique nullement qu’en dehors de la vie économique d’autres sentiments ne doivent pas l’emporter et ne l’emportent pas fréquemment.

, L’économiste, a-t-on «lit encore, se préoccupe outre mesure des moyens d’accroître la richesse et fait de cet accroissement le but de la vie humaine. Mais, peut-on répondre, l’économie politique est naturellement dans son rôle lorsqu’elle précise les avantages qui résultent pour une société de la possession d’un stock important de richesses. L’histoire ne nous apprend elle pas d’ailleurs qu’à toute époque l’accroissement de la richesse et la généralisation du bien-être ont été des facteurs importants de civilisation et de progrès ? L’économie politique ne dit rien de plus, et il n’y a là encore rien qui soit contraire à la loi morale.

Il n’est pas exact enfin que l’économie poUtique condamne la bienfaisance. Ce qu’elle considère comme nuisible, parce que de nature à encourager la paresseetl’imprévoyance, c’est la charité faite sans discernement et sans souci de faciliter le lelèvement de ceux à qui elle s’adresse lorsque ce relèvement est possible. Mais, bien loin de proscrire la bienfaisance, l’économie politique organise la lutte contre lamisère et se préoccupe de trou ver lesmoyens les plus efficaces de lui porter remède. Et c’est en se fondant sur ses enseignements que, dans un grand nombre d’Etats, le législateur institue de nos jours des Cais.ses de retraites et fait appel à la prévoyance sociale contre les risques les plus divers, notamment ceux d’accidents, de vieillesse et d’invalidité. Comment pourrait-on, dès lors, taxer l’économie politique d’inhumanité?

7. b) Avec le droit — On peut relever entre les enseignements : de l’économie politique et la science du droit la même harmonie,

i L’économiste, lorsqu’il formule une règle d’application, un pré-

icepte d’art économique, doit se préoccuper des conséquences justes ou injustes qui peuvent en découler. Et d’autre part, le

1. Alfred Jourdan, l’Economie politique et le droit, dans la Revue (T Economie politique^ 18^7.

législateur lorsQu il élabore la loi, le jurisconsulte lorsqu’il l’interprète, ne sauraient faire abstraction de la notion d’utilité. Pour etre satisfaisante, une disposition législative quelconque ne doit pas seulement être juste; il faut encore qu’elle soit utile, qu elle réponde à un besoin, sans quoi elle n’aurait aucune raison d être. On peut dire, en se plaçant à ce j)oint de vue, que

toute législation, quel que soit son objet, est nécessairement « économique ».

En fait, cependant, cette expression « législation économique » est ordinairement réservée pour désigner une catégorie particulière de lois. Dans l’ensemble de la législation positive, certaines lois, sans se désintéresser du côté utile, s’inspirent d’une manière principale de la notion de justice. C’est le caractère notamment de la législation pénale. D’autres lois, au contraire, tout en se préoccupant de ne pas violer les règles de la justice, s’inspirent surtout de considérations d’utibté. Telles sont les lois qui règlent les conditions du commerce international ou de l’émission des biUets de banque. C’est à l’ensemble de cette législation dont la dominante est l’idée d’utilité que l’on

réserve ordinairement le qualificatif de « législation économique ». 1

8. C est eu effet sous la forme de la législation positive que se manifeste principalement l’influence exercée par le droit sur l’économie politique. Certains économistes, redoutant que l’action du législateur puisse avoir pour effet de contrarier le fonctionnement des lois naturelles qui régissent les phénomènes économiques, demandent à l’Etat de s’abstenir, en semblable matière, de toute intervention. Le rôle normal des pouvoirs publics consisterait, dans l’ordre économique, à « laisser faire ». Cette opinion a pendant assez longtemps joui d’un très grand crédit; eUe est aujourd’hui généralement délaissée. On ne demande plus guère au législateur de s’interdire toute intervention dans le domaine des faits économiques; on se borne à exprimer le vœu qu en matière économique, aussi bien d’ailleurs qu’en toute autre matière, l’action législative ne soit pas excessive et qu’elle reçoive une sage direction.

^ Ce qm a pu contribuer longtemps à inspirer la méfiance à 1 égard du législateur, c’est qu’il est assez souvent possible de

1. V. nauwès, Cours d' Economie politique, .3® édition, n» 24.

relever certaines contradictions, apparentes ou réelles, entre le texte des lois écrites et les préceptes formulés par l’art économique. Ces contradictions s’expliquent facilement par le caractère différent de l’économie politique et du 'droit. Envisagé© comme art, l’économie politique tend à adapter continuellement et sans retard ses procédés aux circonstances qui ont pour effet de movlifier l’état social. Le droit, au contraire, sous la forme de la législation positive, a un caractère plus traditionnel et une plus grande stabilité dans l’application. Les commandements de la loi écrite s’imposent tant que le texte de cette loi subsiste, et, par sa forme rigide, elle met parfois la jurisprudence qui rinterprète dans l’impossibilité de la pUer, autant qu’il serait désirable, aux nécessités résultant des changements survenus dans l’état économique. Ceci explique le peu de gofit manifesté par les peuples anglo-saxons pour les lois écrites en général et pour le travail de codification en particulier; le droit non écrit, ou coutume, laissant au magistrat chargé de l’appliquer un plus large pouvoir d’appréciation des circonstances, leur paraît préférai 'le-parce qu’il a plus de souplesse \

Ainsi apparaît également rutilité des études économiques soit pour le législateur, soit pour le jurisconsulte, puisque la loi que rédige le premier et qu’interprète le second ne saurait être considérée comme satisfaisante si, dans la plus la.rge mesure elle ne correspond à l’état économique du pays qu’elle est destinée à régir. T/étude de la législation positiv e ne s’impose pas moins, d’autre part, à l’économiste, puisque cette législation constitue le moyen le plus efficace pour l’Etat d’agir sur la vie économique du pays et^qu’elle rentre, à ce titre, dans le domaine de l’art économique.

9. c) Avec la science pnlilique. — L’économie politique a, enfin, des rapports assez étroits avec la science politique. Sans aller jusqu’à admettre, comme c’est la tendance de certaines écoles, que les changements survenus dans l’état politique des peuples, aux diverses époques, sont toujours conditionnés par les circonstances économiques, il paraît certain que, de tout temps, les questions économiques ont exercé une influence considérable sur la politique des différents Etats. Ce sont des préoccupations d’ordre économique par exemple qui, dès le

l. Sur le rôle de la coutume cl de la loi écrite, v. Capii->nt, Irüroduclion à V Elude du droit civil, 3® édition, 19 12, pp. 20 et suiv.

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xvi“ siècle, ont inspiré la politique commerciale des grandes puissances. L’économie politique et la science politique posent d’ailleurs l’une et 1 autre, quoique à des points de vue différents, le même proMème, relatif à la détermination des limites qu’il convient d’assigner, d’une part à l’action des individus. d’autre part, à l’intervention de l’Etat

10. Les lois économiques ; leurs caractères. — Comme toute autre science, l’économie politiques formule des lois. « Les lois, a dit Montesquieu, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses Peut-être, en ce qui concerne les sciences morales en général et l’économie politique en particulier, conviendrait-il de modifier quelque peu les termes de cette formule et de simplement les lois « les rapports le plus ordinaire-

ment vérifiés entre les phénomènes Il est en effet impossible dans le domaine des sciences morales, eu égard à la nature des phénomènes qu’elles étudient, d’espérer parvenir h la certitude absolue. Lorsqu’entre deux ou plusieurs phénomènes l'observation permet de relever un rapport invariable et constant de succession, l’esprit est tout naturellement amené à en conclure à l’existence d’un rapport de causalité. Si cette hvpothèse est confirmée par les observations ultérieures, si aucun fait contraire ne vient on diminuer l’autorité, l’explication qu’elle fournit .se consolide et prend le caractère de loi. Mais il faut observer que la venté d’une telle loi est toujours à la merci de constatations nouvelles qui viendraient suggérer, relativement aux P lenomenes qu’elle régit, une explication plus satisfaisante. Il en est ainsi d ailleurs non seulement pour les sciences morales ma.is aussi, quoique plus rarement, pour les sciences phvsiques. Diverses explications fournies par ces sciences et longtemps

dénuées de toute autorité; et la célèbre loi de la gravitation elle-même, qui domine toute

la science a.stronomique, a pu être sérieusement contestée en ce qui concerne du moins certaines de ses applications.

1 1 . On a beaucoup di.scuté sur le caractère des lois déga^^ées par 1 économie politique. D’après les Physiocrates, les lois économiques sont des lois naturelle.s et ils entendent par là, non seulement des lois qui s’imposent à l’homme sans qu’il puisse se

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