L.V RÉPARTITION DES REVENUS
comiirenant dans ceux-ci le salaire et 1 intérêt, aux taux courants, du travail et du capital personnels de l’entrepreneur.
Et c’est ainsi encore que l'on a pu baptiser le profit un « revenu de monopole ». On veut dire par là simplement que le profit ne peut résidter que d’une situation privilégiée^, soit que cette situation émane de la loi, dans le cas par exemple du brevet d’invention ou de la protection douanière, soit qii elle trouve son origine dans des circonstances naturelles, telles que la proximité d'une grande voie de communication, la fertilité supérieure d’une terre ou l'habileté particulière de l'entrepreneur. Celui-ci devrait à ces circonstances favorables de pouvoir, pendant un temps plus ou -moins long, échapper à la concurrence on en neutraliser les effets, et maintenir par suite un certain écart, une certaine marge, entre son prix de vente et son coût de production.
703. Commeut se justifie le profil de l’entreprem nr. — Les écrivains collectivistes, suivant l'exemple de K. Marx, ont contesté la légitimité du profit. Il constitue, disent-ils, nn revenu sans travail personnel, un i>rélèvemen t injustifié opéré par 1 entrepreneur sur la valeur produite par ses ouvriers. L entrepreneur achète aux ouvriers leur force de travail indi\'iduelle, au prix oii la concurrence oblige ceux-ci à la ceder. La valeur étant mesurée par le travail®, ce prix représente par suite la quantité de travail nécessaire pour produire la marchandise vendue, c'est-à-dire pour entretenir et maintenir la force de travail de l’ouvrier. Mais la force de travail est une marchandise d’nne nature toute spéciale, en ce sens que son emiiloi est susceptible de créer une valeur supérieiire à celle qu’elle représente elle-même. Si par exemple le prix qu'il faut payer pour assurer l’entretien de la force individuelle de travail d'un ouvrier représente par jour six heures de travail, cette force mise en œuvre jiourra, d’autre part, ])roduire la valeur de huit ou dix heures de travail. L’explication du profit consiste précisément en ceci que l’entrepreneur paie la force de travail ce qu'elle vaut, soit six heures de travail, et qu'il lui fait rendre ensuite ce qu'elle peut donner, huit ou dix heures de travail, s’appropriant injustement
1. V. t. I n® ,323; v. êgalcmi-nl Gùlo. Cours d'ecotwmie poliliqiit', 4' édition, t. Il, p. 429.
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TROISIKMK l’ARTlK. — CH.vriTRE II
la valeur de plusieurs heures de travail qu'il n a pas payées. Reste à savoir comment il peut en être ainsi. C’est que l’entrepreneurépuiselaforcedetravaileten multiplie le rendement par toute espèce d’arrangemeuts ingénieux. Non content de prolonger outre mesure la durée du travail, il groupe les salariés dans Tusine, organise leur collaboration, développe leur production par la division du travail et par l’emploi de l’outillage mécanique. Non seulement, ainsi, il fait rendre à la force individuelle de travail une valeur supérieure à celle qu’il a payée, mais, ayant acheté la force de travail isolée de chaque ouvrier il revend la force de travail combinée de leur groupement ^ et s’approprie exclusivement la valeur supplémentaire résultant de celui-ci. Cette plus-value, c’est le profit, produit non payé du travail des ouvriers. Et ce profit, en s’accumulant, deviendra le capital* qui, destiné à augmenter le rendement du travail salarié, sera une source continue de nouveaux profits.
70 'i. Telle est la thèse; elle a pour base une théorie de la valeur que nous n’avons pas cru pouvoir accepter». La force de travail, pas plus que toute autre marchandise, ne saurait, croyons-nous, avoir pour mesure de sa valeur la quantité de travail que représente sa production. Le travail peut entrer parmi les éléments qui fondent la valeur; il n’en est ni la cause unique, ni la mesure^.
Que faut-il penser, d'autre part, du grief allégué contre le profit, à savoir que l’entrepreneur, en organisant la production, augmente le rendement du travail et se réserve indûment la plus-value qui en résulte ? Observons tout d’abord que ce grief ne saurait atteindre certaines formes d'entreprises, dans lesquelles le profit est attribué aux travailleurs eux-mêmes, ceuxci remplissant d’autre part la fonction d’entrepreneur. Il en est ainsi, non seulement dans l'hypothèse du producteur autonome, de l’artisan, mais dans le cas d’une société coopérative de production». Les écrivains collectivistes sont portés, il est vrai, à considérer la première de ces formes d’entreprise comme une survivance du passé, fatalement appelée à disparaître plus ou moins rapidement, et la seconde, comme un simple