V. t. I, n« 132 et plus loin. 71S et suiv
LA REPARTITION DES REVENUS
palliatif aux injustices de l’ordre social actuel, sans vertu suffisante pour sauver cette organisation du sort qui la menace.
L’objection ne porte en réalité que contre l’entreprise capitaliste, c’est-à-dire contre l’attribution du profit à l’entrepreneur individuel ou collectif, qui fait emploi d’un travail salarié. Cette objection aurait sans doute une grande force si on devait considérer comme illégitime, soit toute projiriété privée, quel que soit son objet, soit même simplement la propriété privée portant sur la capital, au sens collectiviste du mot On pourrait alors soutenir logiquement que l’attribution du profit à l’entrepreneur est entachée des mêmes vices que l’appropriation privée du capitol, dont elle est la conséquence. Mais, nous avons défendu la propriété privée sous toutes ses formes, et reconnu, tant du point de vue du travail que du point de vue de l’utilité sociale, sa légitimité. Ceci posé, la légitimité du profit de l’entrepreneur apparaît avec évidence.
Sous un régime de production basé sur la liberté des contrats et sur la propriété privée,. l’entrepreneur remplit une fonction des plus importantes et des plus utiles. C’est grâce à lui que la production peut s’organiser, se développer, en rapport avec le développement même des besoins. Les facteurs de la production, travail et capital, n’existent en effet qu’à l’état isolé, disséminé. Le rôle de l’entrepreneur capitaliste consiste précisément à les réunir, à les grouper, à les diriger en vue du but commun, qui est la production. Sans son intervention, ce but, la plupart du temps, ne serait pas atteint, soit parce que les individus agissant isolément ne pourraient fournir un capital et un travail suffisants, soit parce qu'ils ne se soucieraient pas de risquer ces facteurs dans la production. L’entrepreneur se procure le travail et le capital nécessaires, en les attirant par l’appât d’un salaire et d’un intérêt soustraits aux risques, et triomphe ainsi de tous les obstacles. Il est donc naturel qu’il soit rémunéré de cet éminent servnce rendu à la société. Au cas même où, tel l’actionnaire considéré individuellement, il paraîtrait n’avoir fourni aucun travail personnel, l’entrepreneur aurait du moins couru les risques de la produftion et cela suffit pour légitimer son profit. Si l’on fait, en effet, rentrer dans le coût de production la rémunération au toux courant du travail et du capital propres de l’entrepreneur, le risque apparaît comme la base rationnelle
Perhkau, t. II, *2* éti