‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 441 sur 568 · V, plus loin, n®* 819 et · texte numérisé non relu

V, plus loin, n®* 819 et

pour partie, en produits de l’entreprise. On donne le nom de salaire nominal au salaire exprimé en argent, et on lui oppose le salaire dit réel. Les prix des marchandises et services étant très différents suivant les époques, ou même, à la même époque, suivant les régions, un même taux de salaire peut représenter, pour ceux qui le reçoivent, des valeurs très diverses et par suite des situations matérielles très inégales. Il est évident par exemple que le taux moyen du salaire quotidien actuel d’un ouvrier de l’industrie à Paris eût été, avant la guerre, un taux de salaire exceptionnellement élevé. Aujourd’hui même, ce taux des salaire reste encore sensiblement supérieur aux taux courants de salaire dans un grand nombre de villes et à la campagne. Ce n’est donc pas d’après le salaire nominal que l’on peut apprécier exactement la situation matérielle du travailleur à un moment donné, mais d’après le salaire réel, c’est-à-dire d’après le pouvoir d’achat du salaire nominal à ce moment, d’après la somme de bien-être que le salarié peut se procurer grâce à lui. On a eu recours, pour déterminer le taux de salaire réel, à diverses méthodes, particulièrement à celle des monographies de famille, dont Le Play fut l’initiateur K Ces recherches ont permis de dresser le budget d’un grand nombre de familles ouvrières et de déterminer avec précision l’importance relative des diverses natures de dépenses qui y figurent. C est ainsi que, d’après les résultats de deux enquêtes®, l’une en 1901, pour les Etats-Unis, l’autre pour l’Allemagne, en 1907, les frais de nourriture représenteraient 44 ou 45 % de la dépense totale, le logement, 18 à 18,5 %, le vêtement, 12 à 13 %, le chauffage et l’éclairage, 4 à 5,5 %, et les dépenses diverses, y compris les frais médicaux, 19 à 20 %.

728. De l’iiiêjialité dans le taux des salaires. — L'observation démontre qu’il existe un rapport étroit entre le taux du salaire et la nature du travail. L’inégalité qui se manifeste entre les divers travaux au point de vue du taux de salaire, tient à des causes multiples : caractère plus ou moins pénible <ie la profession, degré de considération sociale qui s y attache, stabilité des occupations ou risque de chômage périodique, prédominance attribuée dans l’exécution à la force physiiiue ou a 1 in-

2. V. Marcel Porte. Budgets de familles et consommations pnvees, 1913.

telligence. En générale, un taux plus élevé de salaire est la rémunération d’a vantages plus grands assurés à la société, ou la: compensation d’inconvénients plus sérieux subis par le travailleur.

L’inégalité n’existe pas seulement dans le taux de rémunération des diverses natures de travaux. Elle se manifeste égalelement, de pays à pays, et même de région à région pour des travaux de nature identique. Ainsi, d après une statistique anglaise dressée en 1905 par le Département du Travail, en repicsentant par le nombre 100 le taux de salaire en Angleterre, pour trois industries importantes (bâtiment, constructions mécaniques, typographie), le salaire serait, pour ces industries, en France de 64, en Belgique de o3, en Allemagne de 75.

729. Des variations du taux des salaires. — Le taux du salaire ne diffère pas seulement d’un travail a un autre, il est en outre, pour la même nature de travail, susceptible de varier suivant les époques. L’examen des faits dénote une tendance très accentuée dans le sens de la hausse des salaires depuis le début du XIX® siècle.

Ainsi, d’après une statistique publiée en 1911 par le Ministère du Travail, si on prend pour base de eomiiaraison 1 année 1900 et si on désigne par le nombre 100 le taux moyen du salaire en France au cours de cette année, ce taux devrait, de 1806 à 1910,. être représenté par les chiffres suivants :

On devrait, semble-t-il, pouvoir conclure de ces chiffres qu’une amélioration notable s’est produite depuis un siècle dans la situation matérielle des classes ouvrières en France, puisque le taux de leur salaire a exactement doublé au cours des cinquante

LA RÉPARTITION DES REVENUS 319

dernières années, et a presque triplé depuis 100 ans, passant de 40, en 1806, à 55, en 1855 et 110 en 1910 L

7;î0. On a cependant contesté parfois le bien fondé de cette conclusion. Seul, a-t-on dit, le salaire nominal a haussé, non le salaire réel. La hausse du salaire révélée par la statistique est purement apparente et illusoire. Elle est corrélative à l’élévation du coût de la vie: le prix du travail, comme celui de toutes les marchandises, s'est élevé par suite de la baisse de valeur de la monnaie. Qu’importe à l’ouvrier que le taux de son salaire ait doublé dejnüs un demi-siècle, si avec ce salaire nouveau il ne peut obtenir plus de bien-être qu’aupara^■ant !

Cette objection contient certainement une part de vérité.

Nous avons vu que rinstrument monétaire a, au cours du xix® siècle, perdu une partie de sa valeur à raison de diverses causes' notamment par suite de sa plus grande abondance. Il en est résulté à diverses époques une hausse générale des prix -. La hausse du salaire révélée par la statistique peut donc, dans une certaine mesure, être purement nominale.

Reste à savoir quelle est cette mesure et si, pour partie tout au moins, la hausse du salaire nominal n’a pas été, en même temps, une hausse du salaire réel. Sur ce point encore, la statistique dressée en 1911 par le Ministère du Travail peut nous |

renseigner. En prenant, comme pour le salaire, l’année 1900 comme base de comparaison et en désignant par le nombre 100 le coût de la vie au cours de cette année, c’est-à-dire l’ensemble des dépenses d’une famille ouvrière (nourriture, chauffage, éclairage, logement)® on est amené à exprimer le coût de la |

vie, de 1810 à 1910, par les chiffres suivants :

1. V.* sur les mouvements des salaires spécialement dans l’agriculture et i

dans l’industrie minière : Souclion, La crise delà main-d'œuvre, agricole en ■

France, 1914, et Simiand, Le salaire des ouvriers des mines en France, 1904.

Page 1