V. l. I, n»» 230 et suiv
3. Elle a été cependant rajeunie et transformée par un certain nombre d’écrivains appartenant à l’école du catholicisme social. Ils voient dans le salaire naturel, mesuré par le coût de la vie, un «juste salaire », qui serait iraranti aux ouvriers par les m<eurs, sinon même par les lois. Ce juste salaire devrait comprendre d’ailleurs, non seulement ce qui est nécessaire pour la subsistance de l’ouvrier et de sa famille, mais un revenu suffisant pour assurer le maintien de celle-ci dans des conditions normales d’existence et d’éducation. Sous cette forme nouvelle, le salaire naturel ne serait donc plus un salaire maximum, mais tout au contraire un salaire minimum. Sa réalisation au lieu de résulter des lois qui régissent les prix, devrait être demandée à certaines forces sociales, telles que l’association professionnelle et l’interven-
compte des habitudes nationales. Le salaire naturel serait donc susceptible de s’élever dans un pays, à mesure (lue croîtraient les besoins de la classe ouvrière dans ce pays. Mais, avec un semblable correctif, la loi du salaire naturel pei'd en réalité toute signification. S’il était vrai qu’en modifiant leurs habitudes de vie et en développant leurs aspirations au bien-être, les travailleurs fussent toujours assurés d’obtenir un salaire qui leur permît de satisfaire ces tendances, la prétendue « loi d’airain » de Lassalle serait, comme on l’a dit, susceptible de devenir une véritable « loi d’or ». Meme ainsi amendée, la théorie du salaiie naturel ne saurait d’ailleurs être admise. Comment, en effet, pourrait-on concilier avec elle ce fait, que nous avons constaté, de l’inégalité des salaires suivant les professions h En ce qui concerne particulièrement les diverses catégories d ouvriers de 1 industrie, n’est-il pas certain que leur genre de vie, leurs aspirations, leurs goûts, sont sensiblement les mêmes dans le môme I>ays, à la même époque. Et ceiiendant, la statistique nous révèle que le taux de leur salaire nominal peut varier du simple au double. Si un salaire de 15 francs par jour permet à un ouvrier de vivre, un autre salaire de 50 francs ne laissera-t-il pas quelque excédent ?
Ici intervient la théorie de Malthus. Mais nous savons combien, dans l’application, cette célèbre théorie appelle de prudentes réserves et comporte de tempéraments. En ce qui concerne particulièrement les classes ouvrières, il ne semble pas exact que la hausse du salaire ait nécessairement, ni même ordinairement, pour conséquence d’amener un accroissement de la population. C'est plutôt l’inverse qui se vérifie dans les faits. A mesure que le bien-être augmente, les calculs de 1 égoïsme amènent plus ou moins rapidement, dans la classe ouvrière comme dans la classe paysanne, la restriction de la natalité. Et c’est au contraire dans les milieux les plus misérables, dans ceux où le taux de salaire est parfois insuffisant, que l’on rencontre le plus de familles nombreuses. Sur ce point comme sur d’autres, la théorie du salaire naturel trouve un démenti dans l’observation des faits.
lion de l’Elat. — V. notamment : Hyan, Le calholicistne social el l'idée du droit à V existence, avec préface de M. Brocard; Polier, L'idée du juste salaire, 1903. V. aussi, sur le salaire minimum, plus loin n“* 762 et suiv.
LA RÉP.VRTITION DES REVENUS 325
/S'î. Théorie du « fonds des salaires »; examen critique. — La ■théorie que nous venons d'étudier faisait application au salaire des principes qui déterminent le prix normal des marchandises sous un régime de concurrence; dans une autre théorie, on propose d’appliquer au salaire la loi de l’offre et de la demande, qui régit le prix courant h C’est la théorie dite du « wagofund », ou du « fonds des salaires ». Elle repose sur cette idée qu’il existe à tout moment, et dans tout pays, une masse déterminée de capitaux spécialement affectés à payer des salaires. De cette masse sont exclus, d’une part les capitaux fixes, machines, installations, d'autre part la plus grande partie des capitaux circulants, sous la forme notamment de matières premières ou marcliandises. Le fonds des salaires se compose exclusivement de monnaie; il comprend l’ensemble du capital monétaire qui, dans l’intention de ses possesseurs, est destiné spécialement à payer le travail. Le fonds des salaires ainsi déterminé représente, à un moment quelconque, la demande de travail. L’offre de travail est constituée et mesurée par le chiffre de la population ouvrière, par le nombre des individus qui, moyennant salaire, sont disposés à louer leurs services aux entrej)reneurs. Le taux du salaire dé])end essentiellement du rapport qui s’établit entre ees deux facteurs. Il est le quotient de la division du fonds des salaires par le chiffre de la population ouvrière. Si, par exemple, le premier est de LS milliards de francs, et le second de 3 millions d’individrs, le salaire moyen annuel sera de 0.000 francs.
Cette théorie simpliste a été, plus ou moins, celle d’un grand nombre d’économistes de l’école classique. Elle a été développée notamment par Stuart ÎNiill ® qui en tirait certaines conséquences importantes. Puisque le taux du salaire dépend du rapport établi entre la population ouvrière et le capital spécialement destiné à payer le travail, toute variation de ce taux implique nécessairement une variation correspondante dans les termes du rapport. En d’autres termes, pour que le salaire s’élève, il faut ou que le nombre des ouvriers diminue, ou que le fonds des salaires augmente. Et inversement, tout abaissement de salaire a pour cause, ou un accroissement de la population ouvrière, ou une diminution du capital destiné à payer le travail. On voit immédiatement le lien qui unit la théorie du fonds des salaires à la doctrine malthusienne. Des deux moyens qui peuvent