V, plus loin, n°8 451 et suiv
pour emprunter en commun les fonds nécessaires à leurs opérations. Ils donneront comme garantie à leurs prêteurs, indépendamment d’un capital social plus ou moins important, l’engagement solidaire de chacun d’eux. Le capital sera rémunéré par un intérêt fixe. Il servira à faire des prêts aux associés, moyennant un taux d’intérêt un peu supéiieur ordinaii-ement au taux d’emprunt de manière à permettre de couvrir les frais d’administration. Le profit consistera surtout eu ce fait que les associés pourront se procurer du crédit, alors que cela était isolément impossible faute de garanties individuelles suffisantes, ou qu’ils se procureront du moins ce crédit à de meilleures conditions. Le profit, ainsi entendu, se répartira donc entre les associés en proportion du crédit qu’ils auront demandé à la société, c’est-à-dire en proportion de la fréquence et de l’importance de leurs emprunts.
Ce qui ressort nettement des développements qui précèdent, c’est que, dans toute forme d’entreprise coopérative, les associés courent les riques en tant que coopérateurs et dans la mesure où ils réalisent effectivement cette qualité, non en tant que propriétaires d’une partie du capital social.
A l’entreprise coopérative correspond juridiquement une forme particulière de société, dite société à capital variable. Elle est caractérisée par ce fait que, sans formalités et sans frais, le personnel et le capital de l’entreprise peuvent, au cours même de son fonctionnement, se trouver modifiés par le départ volontaire de certains associés ou par l’adjonction de membres nouveaux.
133. Avantages et inconvénients comparatifs de ces diverses formes d’entreprises. — La question ne peut se poser que dans les cas où l’importance et la nature du but poursuivi ne sont pas telles qu’il faille nécessairement recourir à une forme particulière d’entreprise, société de capitaux par exemple, à l’exclusion de toutes autres. Ce cas mis à part, et s’il s’agit de comparer, sous le rapport de leurs avantages et de leurs inconvé-
1. Dans certaines formes de sociétés coopératives de crédit cependant, le capital est rémunéré par un taux d’intérêt élevé, ce qui a pour conséquence d’élever forcément aussi le taux exigé des emprunteurs. Dans ce cas, la société joint à son rôle de banque celui de caisse d’épargne pour les associés. V. pour les caisses Scliulze-Delitsch, n°451.
l’organisation DE LA PRODUCTION 121
nients, l’entreprise individuelle et l’entreprise collective, il semble bien que la supériorité doive, au point de vue économique, être reconnue à l’entreprise individuelle.
Celle-ci présente au plus haut degré ravantage de l’unité de vues et de direction. Dans toute entreprise collective et dans la société de personnes plus encore peut-être que dans la société de capitaux, la personne chargée de la direction effective de l’affaire, associé gérant ou directeur salarié, est soumise à des influences extérieures qui peuvent dans une certaine mesure contrarier ses vues propres et paralyser son action. Elle doit prendre en considération les avis qui émanent des associés et tenir ceux-ci au courant de sa gestion. D’où possibilité de dissentiments et d’indiscrétions qui, parfois, nuiront gravement au succès de l’entreprise. Une autre cause de supériorité de l’entreprise individuelle tient à l’étendue même de la responsabilité encourue par l’entrepreneur. Celui-ci assumant seul tous les risques de l’affaire et devant, si elle réussit, en recueillir seul tout le profit, se trouvera très fortement stimulé à lui consacrer toute son intelligence et toute son activité. Dans la société de capitaux, cette responsabilité de l’entrepreneur, source de succès pour l’entreprise, se trouve émiettée et peut être réduite au minimum. Dans la société de personnes elle-même, tout en restant effective, elle se partage du moins entre les divers associés.
134. Le recours à la société de capitaux s’impose toutes les fois que la réalisation du but poursuivi paraît nécessiter l’emploi d’un capital considérable. Cette forme d’eutreprise collective est eu effet particulièrement apte à assurer l’utilisation de l’épargne concentrée dans les banques Par le mécanisme de la société anonyme de très grandes entreprises vont être fondées, qui étaient inaccessibles aux initiatives des particuliers isolés. Chacun des associés ne risquera dans l’affaire que le capital qu ü lui conviendra Si’y placer. Cela va permettre de tenter des entreprises très aléatoires, dont les résultats peuvent être des plus rémunérateurs, mais auxquelles cependant les particuliers seraient sans doute obbgés de renonc,er si, pour les réaliser, ils devaient y risquer la totalité de leur fortune personnelle. Et comme, d’autre part, le droit de l’associé est cessible, négociable à la Bourse, la société de capitaux permettra de trouver %