V. Gide et Rist, op. cil
LA REPARTITION DES REVENUS
et l’autre cas, il est bien vrai que le rôle de la banque se borne à servir d’intermédiaire entre les porteurs d’effets de coinmercc et les porteurs de billets ou de bons de circulation, les uns ne pouvant obtenir les capitaux dont ils ont immédiatement besoin que si les autres consentent à conserver les billets ou les bons émis par la Banque. Mais à cela se borne l’analogie des deux situations. Actuelhmieut en effet, la bancpie d’émission s’engage à rembourser en monnaie métallique le montant des , billets en circulation, à mesure cpi ils lui seront présentés. \ is à- vis des porteurs de ces billets, elle substitue ainsi à 1 engagement et à la solvabilité des industriels ou commerçants dont elle a escompté les lettres de change son propre engagement, sa propre solvabilité. Et c’est pourquoi elle doit posséder un capital propre; c’est aussi pourquoi ses billets sont accc'ptés sans difficulté par le public et se maintieiment en circulation. Au cas même, où, par suite des circonstances, l’Etat serait amené a conférer aux billets le cours forcé, c’est-à-dire à supprimer leur convertibilité en espèces S pourront continuer à circuler
sans trop forte dépréciation que si la confiance se maintient dans la reprise éventuelle des paiements en monnaie métallique, si les garanties d’un retour au principe de convertibilité paraissent suffisantes. C’est toujours au fond la monnaie métallique qui sert
de base à la circulation fiduciaire -.
Toute différente est la situation dans l’hypothèse de la Banque d’échange. Cette banque n’a pas de capital propre, susceptible de servir de garantie aux bons de circulation qu’elle émet. Ces bons sont inconvertibles en monnaie métallique; ceux qui les acceptent ne peuvent donc espérer en recouvrer la valeur sous la forme de capital monétaire, investi d’un pouvoir général d acquisition. Ils peuvent seulement, grâce à eux, se procurer les diverses natures de capitaux produites par les clients de la banque, qui sont tenus de les recevoir, et c’est seulement dans les rapports de ces clients de la banque que les bous de circulation paraissent appelés à circuler. Leur rôle monétaire sera donc beaucoup plus restreint que celui des billets de banque ordinaires, d’autant plus (pie leur valeur réelle ne sera pas comme celle des billets de banque, garantie effectivement par la solvabilité de la banque. Dans ces conditions, il est peu probable
que la « Banque d’échange » puisse réaliser le crédit gratuit d une manière étendue et durable. On peut même se demander ce que deviendrait cette institution au cas de crise générale, qui amènerait, avec l’arrêt des affaires et la ruine d’un certain nombre de producteurs, un affaiblissement de la confiance inspirée pâlies « bons de circulation ». Il est aisé de répondre, il est vrai, qu'une semblable éventualité ne serait pas à craindre si la Banque d’échange étendait ses bons offices à tous les producteurs, puisque, par la suppression de 1 intérêt, le travail obtiendrait une rémunération égale à la valeur produite et verrait, par suite, son pouvoir de consommation s’élever en proportion du développement de la production b Mais comment amener tous les producteurs à devenir les clients de la banque d échange, sinon par la contrainte, par rinterveution de 1 Etat, ce que ne voulait pas Proudlion? Le moyen d’ailleurs n’attemdrait pas son but, car la confiance ne se commande pas.
Après la révolution de 1818, Proudhon lui-même tenta de réaliser son système en ciéant une Banque du peuple, qui devait prêter à un taux d’intérêt susceptible de s'abaisser jusqu’à 1/4 %. L'institution ne put fonctionner, faute d’avoir réuni le capital de premier établissement.
745. De rinéyalilé dans le taux do riutérèt. — Le taux de l'intérêt dépend, dans chaiiue cas, d’un ensemble de circonstances : abondance des capitaux disponibles, productivité de leur emploi, sécurité et durée des jdacements, toutes circonstances susceptibles d'influer sur l’offre et la demande du capital.
On a contesté l’influence exercée sur le taux de l iutérêt par l’abondance des capitaux disponibles. Elle apparaît cependant avec évidence dans les prêts consentis par les banques. Le taux de l’escompte est en rapports étroits avec l’importance des disponibilités en espèces, et l'élévation de ce taux constituelemoyen le plus efficace de maintenir l’encaisse à un niveau suffisant^. L’abondance et la rareté sont d’ailleurs des notions toutes relatives et impliquant un rapport constant entre quantités et besoins. Les capitaux pourront être abondants d'une manière absolue, et cependant n’amener aucune baisse du taux moyen de l’intérêt si à cette abondance corres])ond un développement sen-
LA répartition des REVENUS
Sible des besoins, si par exemple à la suite d’une guerre — com me on le constate actuellement — les occasions de jilacements en fonds d’Etat se multiplient. Ce qu’il faut considérer, pour déterminer l’influence exercée sur le taux de l’intérêt pari abondance des capitaux disponibles, c’est moins l’ensemble du capital en quête de placements que le rapport entre chaque catégorie d’emploi et la quantité de capitaux qui s’offrent en vue de cet emploi. La sécurité plus ou moins grande du placement a précisément pour effet d’activer ou de ralentii" l’afflux, dans telle ou telle direction, des capitaux disponibles. Et c’est la raison pour laquelle les entreprises industrielles consentent fréquemment à leurs prêteurs un taux d’intérêt sujjérieur à celui des fonds d’Etat, la différence étant, à tort ou à raison, considérée comme une compensation de risques plus grands. C’est ainsi également que s’explique le taux élevé de rémunération payé aux capitaux d’emprunt par les entreprises fondées aux colonies ou dans des pays neufs. Une autre considération intervient, il est vrai, dans ce cas, celle de la productivité plus grande escomptée par l’emprunteur, pour l’emploi du capital. La durée même du placement est loin d’être indifférente, tant au point de vue des avantages que l’emprunteur peut attendre de la possession du capital, qu’au point de vue des risques résultant, pour le prêteur, de son dessaisissement.
IW. Les variations du faux moyen de l'intérêt. — Le taux de l’intérêt, pour une nature quelconque de capital, est loin de rester le même à toute époque. En ce qui concerne notamment le capital monétaire, pour lequel les recherches historiques peuvent plus facilement trouver une documentation précise, il marque des variations sensibles, et en sens divers. C’est ainsi que, dans la Grèce antique, le taux moyen de l’intérêt paraît ne pas avoir été inférieur à 12 %. A Rome, par suite de l’enrichissement dù au.x conquêtes de l’Empire, il tombe successivement à 6, juiis à 4 %. 11 se relève ensuite, lorsque la civilisation romaine s’écroule sous les coups des Barbares et, au moyen âge, atteint un niveau parfois extrêmement élevé. Aux xiv® et xv® siècles, d'après les recherches de Roscher, il était le plus généralement de 10 à 12 %. Dans la période qui suit, il s’abaisse à nouveau grâce à l'abondance croissante des capitaux de toute nature et à l’amélioration sensible des conditions de sécurité. En Hollande, à la fin du xvn® siècle, il oscille entre 3 1/2 et 3 %. La hausse se
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TROISIÈME PVRTIE. CHAPtTRR It
m uûïeslrP (le nouveau dau.'j la üoeoiule moitié tlu xviii® siècle et pendant la première moitié du xix*'. Elle est due a des causes multiples : raréfa<dion d(‘s capitaux par suite des guerres prolongées de la Itévolution trançaise et de l’Empire, transformation de routillage industriel amenant le développement rapide de la production, essor jiris par les grandes entreprises de transport, chemins de fer et navigation maritime. Puis, cette période d’extrême activité industrielle est suivie d'une période d'accalmie, au cours de huiuelle les capitaux reconstitués et considérablement accrus voient de nouveau baisser le taux moyen de leur rémunération. La baisse s’arrête aux environs de IbOO et, depuis cette époque, la tendance à la hausse n'a fait (pie s’accentuer.
En ce qui concerne spécialement la Erance, on peut , d’après les cours des valeurs inscrites à la cote officielle de la Bourse de Paris, indiquer ainsi qu'il suit les variations du taux de l’intérêt au cours du XIX® si(*cle' :
L'observation des faits semlile d'ailleurs révéler une corrélation assez étroite entre les fluctuations de l’intérêt et les mouvements d(‘ ])ri.x, 1(5 taux de l intérêt manifi'istant une tendance à s'élever au cours des périodes de hausse générale des jirix, et inversement -. C'est ce que l’on peut constater actuellement, où le taux moyen de l'intérêt dans les placements en valeurs mobilières atteint et dépasse parfois 0 %. Cette liausse considéral)le du taux moyen de l'intérêt de l’argent s'explique d’ailleurs par des causes multiples, diinimilion de la valeur monétaire, augmentation de la demande de capitaux se manifestant sous la forme des émissions d'eminuints publics, et, pour les placements industriels, insécurité tenant à l’état de crise.
1. V. Ktlinuud Tliéry, Lu jurluw jitiUliiint de la France, 1911, p. 183. \ . égalt'iiienL Hisl, ( traphit)UO> rrlalifs à la liaiissi* du taux dt* 1 iiUi'cèl, ilans la lievue d'écunumie, piililique, 1913.
2. \'. iiolaiumeiil Hisl, La liaussi; du baux do riiilérôt uL la liaussf des prix, dans la Heriie êe.nnumiqne internalionale, 1913 et Irviiig Fisher, Une Ihéurie de l'inlériH. 1911.
f. V REP\RTITION DES REVENTS