‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 48 sur 568 · V. plus loin, n · texte numérisé non relu

V. plus loin, n

la société de personnes le plus souvent, l’entrepreneur fournit un certain travail de direction, parfois même un travail d’exécution, comme les ouvriers qu’il salarie. Ceux-ci le connaissent et peuvent lui soumettre leurs réclamations; ils se rendent compte parfois du mérite de ses efforts et des obstacles dont il doit triompher dans la recherche du profit. Tl s’établit ainsi • entre le capital et le travail des rapports d’ordre personnel d’où peut naître une confiance réciproque, parfois même une certaine sympathie, en tout cas la conscience d’intérêts communs et le sentiment de la solidarité qui unit les deux facteurs dans leur collaboration.

Avec la société de capitaux, rien de tout cela n’existe. L’entrepreneur, ici, ce sont les actionnaires, dont le rôle consiste à apporter le capital qui sera risqué dans la production. Kon seulement ils ne fournissent aucun travail, d’aucune sorte, mais bien souvent même ils n’ont qu’une idée assez vague de l’objet de l’entreprise et de la nature des opérations auxquelles elle se livre. Ignorants des onvriers qu’ils emploient, ils sont ignorés de ceux-ci; ou plutôt, ils leur apparaissent comme des parasites venant prélever une part, la plus forte, du produit obtenu grâce â un travail que d’autres ont fourni. I^es ouvriers ne se rendent pas compte que, sans le capital versé par les actionnaires, eux-mêmes n’eussent pas eu de travail, ni par suite de salaires; ils voient dans les actionnaires les frelons de la ruche.

D’où un sentiment fréquent d’iiostilité qui se traduit par dés actes de sabotage et par la grève. D’où aussi, de la part du capital, un manque de confiance et quelquefois de bienveillance. Cet état de chose n’est d’ailleurs pas vu d’un mauvais œil par les écrivains collectivistes, qui fondent sur l’antagonisme des classes la réalisation de leiu jirogrammc de bouleversement social. Mais il nous apparaît, à nous, comme une des plus graves imperfections du régime industriel actuel, et c’est en grande partie poiu en atténuer les effets nuisibles que la plupart des Etats ont dû instituer tout un ensemble de législation ouvrière, réglementaire et protectrice.

136. Quant à l’entreprise coopérative, si elle n’a pu réussir à réaliser dans l’ensemble de la production le but entrevu par les plus enthousiastes de ses partisans : à savoir, subordonner le capital au travail et lui faire jouer à son tour le rôle de salarié, du moins a-t-elle su, dans une mesure appréciable, rendre les multiples services que l’on était en droit d’attendre de ses di-

l’organisation de la production 125

verses formes. Société de production, elle permet au travail de s’affranchir de la tutelle du capital et lui confère vocation exclusive au profit. Société de consommation, elle apparaît comme un jmoyen de limiter les |exigences des intermédiaires. Société de crédit, elle répand celui-ci dans des milieux industriels tet agricoles où il était à peu près inconnu. Si donc il paraît imprudent d’attribuer à 'cette forme d’entreprise collective lune portée trop considérable et de voir en elle une sorte de panacée sociale, il serait injuste d’autre part de méconnaître ses mérites et de contester Tutilité de la fonction que, dans certaines circonstances, elle peut se trouver tout naturellement appelée à remplir.

137. MoJes d’application de l’entreprise à la production agricole : Faire-valoir, fermage, métayage. — L’entreprise appliquée à l’agriculture peut revêtir trois formes principales : faire-valoir, fermage, métayage.

Dans le faire-valoir, c’est le propriétaire lui-même qui assmne les risques delà production et i emplit la fonction d’entrepreneur, soit qu’il fournisse tout le capital et, avec l’aide de sa famille, tout le travail nécessaires [à l’exploitation, comme dans la petite culture paysanne, soit que, comme dans la grande production agricole, il emploie une main-d’œuvre salariée. On dit qu'il y a faire- valoû direct lorsque le propiiétaire-entiepreneur se charge de diriger lui-même les opérations de la production, par opposition au cas où, sans cesser de faire valoir, il se déchargerait de la direction sur un régisseur ou chef d’exploitation.

Lorsque l’entreprise agricole revêt la forme du fermage, les qualités d’entrepreneur et de capitaliste, au lieu d’être réunies, comme dans le faire-valoir, sur la tête du piopriétaire foncier vont se trouver séparées. lœ propriétaire qui loue sa terre a droit à une redevance dont le montant est fixé d’avance et à forfait; en cela, il remplit la fonction de capitaliste. Le fermier, de son côté, assume seul les chances bonnes ou mauvaises de la production agricole et, ])ar suite, possède seul la qualité d’entrepreneur.

IDans le métayage, propriétaire et exploitant du sol se trouvent au contraire associés pour l’excrcice de cette fonction d’entreineneur. Le propriétaire fournit le capital foncier, terre et bâtiments, et tout ou partie du capital d’exploitation, machines, bétail, en grais, semences. Le métayer fournit son travail

et parfois quelques têtes de bétail ou quelques mstrunients.de culture. Il est convenu que la récolte se partagera entre les deux parties suivant certaines proportions, par moitié le plus souvent, d’où le nom de « métayage ». Les risques de la production sont ainsi partagés; le propriétaire les court sur son capital, le métayer sm- son travail. La qualité d’entiepreneur appartient donc à tous deux.

138. Importance coinparativr, avantages et inconvénients de ces diverses forincs d’entreprise. — En France, pays de petite et moyenne cultures ^ , le faire-valoir est prédominant. Il occupe, en 1892, environ 53 % des superficies exploitées (sauf les bois). Les cbiffies sont, pom le fermage, 36 %et pour le métayage, II %. En Allemagne, l’exploitation par propriétaires occupe 86 % des superficies cultivées; au Danemark, elle fournit 93 % de la production totale. Le fermage domine au contraire en Angleterre, pays de grande inopriété, où il occupe 86 % de la superficie cultivée. En Belgique, la réjiartition par bectares se fait à peu près également entre le faire-valoir et la location, mais ce dernier mode d’exploitation tend à l’emporter^. (Juant aux mérites comparatifs des diverses formes de l’entreprise agricole, ou s’accorde en général, du moins en France, à reconnaître la supériorité du faiie-valoii. Au point de vue économique, ce régime assure mieux que tout autre la bonne exploitation du sol. Le paysan-pi opriétaire ne ménage pas ses efforts; il cultive avec soin et se préoccupe de ne pas épuiser la terre. Bien plus, il fait volontiers à ceUe-ci des avances sous forme d’améliorations permanentes, parce qu’il a la certitude d’en recueillir lui-même le fruit. Au point de vue social, le fairevaloir a en outre l’avantage fort appréciable d’attacher à la propriété la classe nmnériquement importante des paysans-cultivateurs. Il est ainsi, pour l’organisation sociale, une garantie de stabilité.

Le fermage a, de son côté, trouvé des défenseuis assez nombreux, notamment en Angleterre où, nous l’avons vu, il est prédominant. Les fermiers anglais pratiquent^une culture savante et coûteuse, qui donne de forts rendements. Une semblable culture dépasserait, dit-on, les ressources du paysan-proprié-

Page 1