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uisme, la question de l’apprentissage paraît se poser d’une manière differente. Dans la grande industrie, le rôle de l’ouvrier est principalement de diriger la machine, à laquelle est confiée l’exécution du travail matériel. L’importance du tour de main, de l’habileté technique que l’apprenti d’autrefois mettait plusieurs années à acquérir, aurait donc sensiblement diminué. D’autre part, le maître de la corporation, auprès duquel vivait l’apprenti, pouvait effectivement lui enseigner le métier, non seulement parce qu’il travaillait lui-même comme l’apprenti, mais parce qu’ayant été formé suivant les mêmes principes, il possédait les connaissances professionnelles et l’habileté technique. Il n’en serait plus de même aujourd’hui où, dans les grandes entreiirises, le rôle de l’employeur est presque exclusivement un rôle de directeur commercial, chargé de calculer les prix de revient et les prix de vente et d’assurer le développement des débouchés. Il faudrait donc confier aux ouvriers salariés le soin de former les apprentis. Mais ils ne s’y prêteraient peut-être jias volontiers, étant, dans bien des professions, peu favorables au développement de l’apprentissage dans lequel leurs syndicats voient une cause de concurrence excessive. Enfin, les emplois de la grande industrie permettant, par leur diversité, d’occuiier les enfants eux-mêmes, les parents des jeunes ouvriers ont trouvé trop souvent un avantage immédiat à remplacer l’apprentissage par un travail salarié à l’usine. Toutes ces causes ont eu pour effet d’entramer la décadence, la « crise » de l’apprentissage.

I50î). On s’aperçoit aujourd’hui des inconvénients qui en résultent. Xon seulement l'apprentissage est, en effet, une nécessité dans les métiers de la petite industrie, où les qualités personnelles et l’habileté technique de l’ouvrier ont une importance primordiale, mais on doit reconnaître que, dans la grande industrie même, la conduite des machines ne dispense pas d’une éducation professionnelle préalable. Aussi, dans presque tous les Etats, s’efforce-t-on de réagir contre la crise de l’apprentissage. Deux moyens sont employés dans ce but : ressusciter l’apprentissage à l’atelier, loi’sque la chose est possible; le remplacer, lorsqu’il y a impossibiUté, par une éducation professionnelle, par un enseignement technique donné hors de l'atelier, dans des écoles spéciales b

1. V. Uubief, L'apprentissage et l' enseignement technique, lülü; de Laver-

404 tROISiÈME PARtIE. — CHAPITRE tll

Br Prauce, le développement de l’enseignement technique est dû à des causes diverses. Parfois, ce sont les industriels euxmêmes qui ont annexé à leurs usines des écoles professionnelles. D’autres fois, ces écoles sont dues à 1 initiative des syndicats patronaux et ouvriers, des chambres de commerce, des municipalités. L’Etat lui-même s’est préoccupé d’organiser à tous les degrés l’enseignement technique, en créant dans ce but de nombreux établissements correspondant aux divers ordres de production : Conservatoire des arts et métiers, institut agrono- I inique, écoles d’agriculture, de commerce et d’industrie, d’arts

et métiers, écoles nationales professionnelles pour la préparation : à la pratique de certaines professions. Mais il semble que, mal-

‘ gré leurs mérites, toutes ces institutions ne suppléent qu’ün-

! parfaitement à la disparition de l’apprentissage dans l’atelier.

Les écoles professionneUes, a-t-on dit, forment les officiers et S les sous-officiers de l’industrie; elles n’en forment pas les sol-

\ dats, parce qu elles ne saui’aient donner la pratique du métiei.

De plus, l’instruction technique, malgré les multiples efforts qu’elle a déjà suscités, n’est pas assez répandue. Aussi, une loi du 25 juillet 1919 est-eUe intervenue pour développer cette nature d’enseignement. Elle déclare obligatoire l’institution de cours professionnels dans les communes qui seront désignées par le gouvernement. Ces cours devront être fréquentés par les jeunes ouvriers ou employés, âgés de moins de 18 ans. Le temps qui leur sera consacré, et qui ne sera pas inférieur à quatre heures par semaine ou cent heures par an, sera pris sur la durée de la journée de travail quand celle-ci excédera huit heures par jour ou quarante-huit heures par semaine. Les employeurs seront tenus de faire connaître les noms des jeunes ouvriers et ouvrières qu’ils occupent, et seront responsables pénalement, comme leurs parents et tuteurs, de leur assiduité aux cours professionnels. Ceux-ci pourront être, après examen subi devant un jury spécial, sanctionnés par la délivrance d’un diplôme.

Une semblable organisation fonctionne en Allemagne, depuis longtemps déjà, et y donne des résultats qui ont désarmé les protestations initiales des employeurs. L’enseignement professionnel obligatoire, au lieu de suppléer seulement à l’ab-

gne el Paul Henry, Apprentissap et enseignement industriel en France, dans la Revue économique internationale, 1909.

LES RAPPORTS CONTRACTUELS DU TRAVAIL ET DI^ CAPITAL 4(fô

sence de l’apprentissage, en est devenu le complément utile. Il absorbe chaque semaine 8 ou 9 heures prises sur le travail du jeune ouvrier, jusqu’à 18 ans L’obligation de l’éducation professionnelle est également consacrée en Autriche-Hongrie, en Norvège et au Danemark. A l’inverse, les législations de l’Angleterre, de la Belgique, de l’Italie et de la Eussie ont posé le principe de la liberté de l’apprentissage. Dans le premier de ces pays, l’action des associations ouvrières, des trade-unions*, a rendu inutile l’intervention du législateur.

810. Comment se forme le contrat de travail ; la question du placement *. — Pour que le contrat de travail puisse se former, il faut que l’offre et la demande de travail se rencontrent. Ce résultat est facilité grâce à l’existence d’institutions destinées à faire connaître aux travailleurs les emplois vacants, et aux employeurs la main d’œuvre disponible. Le placement du travail peut se présenter sous un double aspect : le placement direct d’une part, le placement par intermédiaires, de l’autre.

811. Le placement direct implique généralement que le travailleur se présente au domicile de l’employeur pour demander du travail. On le rencontre déjà sous cette forme à l’époque des corporations de métiers. Le maître, chez qui se présentait le compagnon, devait, s’il ne pouvait l’occuper lui-même, l’aider de son mieux à trouver du travail. De très bonne heure le placement direct apparaît encore sous une seconde forme, l’embauchage sur les «places de grève ». On désignait ainsi certains emplacements où. dans les grandes villes, les compagnons sans travail se réunissaient, et où les maîtres pouvaient venir les embaucher. Dès le moyen-âge, c’était le mode de placement ordinaire pour les travaux du bâtiment.

Ces deux formes du placement direct subsistent encore de nos jours, et elles ont même conservé pour l’ensemble des travaux industriels une importance prépondérante. L’embauchage à l’atelier, à l’usine, au chantier, est le plus généralement pratiqué dans la grande industrie, et même dans certaines branches

1. V. un rapporl île M. Georges Blondel an Congrès nalional ])Our la défense el le développeraenl du commerce e.\térieur,D912: V. également le Bulletin de l'Office du travail, juin 1913.

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