LA CONSOMMATION
tuée. Aussi leur donne-t-on fréquemment le nom de « consommations improductives ». Mieux vaudrait cependant éviter cette, qualification qui parait impüquer une nuance de défaveur. Il ne faut pas oublier en effet que toute activité économique tend nécessairement à la satisfaction des besoins humains, c’est-à-dire à des actes de consommation personnelle. 11 en est ainsi, non seulement de la production, mais des consommations reproductives elles-mêmes. Les transformations successives subies par les matières premières n’ont d’autre raison d’être que d adapter plus complètement les produits aux besoins personels des consommateurs. Et convient-il, d’a,utre part, de qualifier d improductives des consommations en rabsence desquelles aucune production ne serait possible ? L’alimentation du travailleur, son chauffage, son vêtement, qui constituent au premier chef des consommations personnelles ne sont-ils pas, tout autant que l’enijiloi des matières premières, indispensables à la production f 8i on veut toutefois distinguer, du point de vue de la production, les consommations personnelles des consommations industrielles, mieux vaudrait, semble-t-il, se contenter de dire que celles-ci sont directement productives, tandis que les premières ne produisent qu’indirectement.
1177. Sous un régime de production fondé sur la division du travail et sur l’échange L tout revenu individuel, (piel que soit son nom, profit, intérêt, salaire, consiste non dans une quotepart des richesses effectivement produites, mais dans une somme d’argent représentant la valeur de cette quote-part. Pour pouvoir consommer, il faudra la x>lupart du temiis aliéner une Xiartie du revenu ainsi constitué, c’est-à-dire céder à d’autres personnes une certaine quantité de monnaie ,afin d’acquérir les objets destinés à la consommation. 11 eu sera ainsi, d’ailleurs, qu’il s’agisse de consommations industrielles ou de consommations personnelles. Pour se procurer les matières iiremières qui seront transformées au cours de la fabrication, le manufacturier devra les acheter, les payer en argent. De même, pour se nourrir, l’ouvrier devra consacrer à l’acqidsition de denrées alimentaires une partie jilus ou moins importante de sou salaire. Dans la langue économique, on donne à cette opération préliminaire, qui n’est i>as la consommation, mais qui la préiiare et la rend possible, le nom de « dépense ». Dans la langue usuelle, la signification du mot « dépense » est beaucoup iilus reslrictive.
QUATRIEME PAHTlli
Ou ne dira pas du capitaliste qui consacre la plus grande partie de son revenu à des emplois industriels qu’il le dépense, mais qu’il le place. Et on réservera le nom de dépenses aux achats ayant pour objet de permettre les consommations personnelles, dépenses d’aUmentation, de logement, de vêtement, dépenses de nécessité ou dépenses de luxe. Et à la dépense ainsi entendue, on opposera l’épargne, qui a précisément poiir objet de multiplier les consommations industrielles, les consommations reproductives.
U78. Xous avons indiqué précédemment ^ le rôle de l’épargne dans la formation du capital, et nous avons défini l’épargne, la mise en réserve fl’une richesse en vue d’un emploi productif. L’épargne implique tout d’abord une abstention, le fait de ne pas consommer improductivement, de ne pas dépenser, strieio sensu. En cela, elle s'inspire d’une pensée d’économie. Economiser, c’est régler sa dépense avec discernement, avec mesure, en évitant tout excès. L’économie peut d’ailleurs se concevoir à roccasion des consommations industrielles comme à i^ropos des consommations personnelles^. Ce sera le fait de l’oiivrier qui ménage le charbon destiné à la machine, comme du rentier qui assure, au minimum de frais, le chauffage de son appartement. Entre l’économie et l’épargne, il existe un lien évident. L’économie facilite l’épargne, elle en est la source; l’épargne pourra être d’autant plus importante que la dépense aura été réglée avec plus d’économie. L’épargne ne se confond pas, ceijendant, avec l’économie; elle est quelque chose de plus. EUe suppose en effet l’idée de placement, la prévision d’un emploi productif. Si le placement doit être distingué de l’épargne, il en est du moins le but et la raison d’être. C’est en C(da précisément que l’éi)argne diffère de la thésaurisation qui, <dle, sè proi)Ose simplement d’accumuler la richesse en dehors de toute préoccupation d’un emploi prodtictif.
}{7Î). L’épargne, comme d’ailleurs l’économie elle-même, est une des formes de la prévoyance. Que l’on réduise simplement sa dépense ou que l’on constitue un capital, dans l’un et l’autre cas on sacrifie plus ou moins la possibilité des satisfactions immédiates au souci de l’avenir. Mais la prévoyance n’inspire pas seulement ré])argne, elle inspire également rassurance®.