V. plus loin, n
e. V. plus haut, n® Ü7.
u;s CONDITIONS ÉCONOMIOTF.S DE EA l’RODrCTION 170
ment de certaines carrières libérales prendra fin sans doute le jour où il apparaîtra nettement à ceux qui s’y destinent qu’ils sont en nombre surabondant et que l'accès de ces carrières a cessé d’être avantageux. La concurrence tend donc à répartir les activités entre les divers emplois conformément aux conditions de l’organisation sociale, non pas telle .sans doute qu’on pourrait la concevoir et la désirer, mais telle qu’elle est en réalité.
.3® Il peut se faire, comme nous l’avons vu pour le commerce de boulangerie, que la concurrence, au lieu d'amener le bon marché, ait pour conséquence la cherté. Mais c’est là une hypothèse ass(*z exceptionnelle: le plus ordinairement, et lorsqu’il s’agira de jiroduits dont la consommation est susceptible de se développer largement, la concurrence aura pom- résultat d’amener, en même temps que leur abondance, le bon marché de ces îJroduits.
1° On reproche encore à la concurrence de sacrifier à la nécessité de l’abaissement du prix de revient la bonne qualité des marchandises. Dans ce grief, à côté d’une part de vérité, il y a, croyons-nous une part d’injustice h La concurrence entraîne la très grande variété des produits, et par cela même les met plus facilement à la jiortée de tous les revenus. A une différence dans la qualité de la matièi’e première correspondra d’ordinaire une différence dans le prix de A'ente. Ainsi la concmrenee vulgarise le bien-être; elle développe les besoins, ce qui est la condition même de la civilisation.
Sans doute il serait fâcheux que, dan.s la poursuite du profit, les producteurs pussent aller jusqu'à mettre en œuvre des matières premières nui.sibles au point de vue de l'hygiène. 11 serait également condamnable que les consommateurs pussent être trompés sur la nature et la composition moléculaire des marchandises qu’ils achètent. Mais ce sont là des abus qui dépassent les limites de la concurrence et que les pouvoirs publics ont le droit, comme le devoh’, de réprimer. Ils n’empêchent pas que la diversité des produits, due à la concurrence, et la variété de leurs prix soient un bienfait pour l’ensemble de la société.
.À” Quant à la prétendue tendance de la concurrence à s’éliminer elle-même pour faire place au monopole, on ne saxu’ait, croyons-nous, en trouver la justification dans un examen attentif et imiiartial des faits. On a vu se fonder il est vrai, depuia
1. Leroy-lteaiilii'ii, Traité il' fCconomie politique. 3* édition, t. 1. p. dôC.
17ii
l’RrMlÈBE PARTIE. CHAPITRE III
une trentaine d’années surtout, un assez grand noinlire de coalitions industrielles, cartels et trusts, dont certaines se proposent seulement de limiter une concurrence devenue excessive, dont d’autres tendent nettement à dominer le marché, mais il ne semble pas que ces coalitions aient réussi jusqu’ici à faire disparaître la concurrence dans les branches mêmes de la production où elles se sont le plus fortement constituées. Ou du moins les cartels et les trusts n'ont pu abuser de leur iiuissance que dans les pays et dans les natures de production où la concurrence se trouvait déjà limitée artificiellement par l’effet de la protection douanière, et l’expérience semble démontrer que, jiour mettre rapidement lin à ces abus, il suffit, en abaissant les barrières de douane, de donner à la concurrence l’occasiondes'exercerplus complètemenr l,a concurrence, réduite par l’action des coalitions de lu'odueteurs, tend sans cesse à reprendre l’avantage et elle apparaît comme la sauvegarde toujours efficace des con- .sommatenrs contre leurs excès. Au lieu de dire, comme le font certains économistes, qu'elle s’élimine elle'-même pour aboutir au monopole, on pourrait tout aussi bien dire, semble-t-il, que le mono])ole, par son proiire fonctionnement, tend sans cesse à ressusciter la eonenrrenee.
0^ 8i la concurrence n'aboutit pas nécessairement au monojade, il y a du moins une force <jui peut limiter son action et l'emiiêeliin’ de devenir excessive. Cette force, dont nous venons de signaler la puissance, c'est rassocialion.
Par l'associa tion, sous l'aspect de cartels et de trusts, les entreitreneurs peuvent apporter une trêve nécessaire à la lutte industrielle. l'ar l'association, sous la forme de syndicats, de tradeunioiiH, les ouvriers pein ent empêcher l’avilissement des salaires et, dans bien des cas, en relever h*'taux -. L’association se concilie parfaitement avec la concurrence; elle en est le comiilément et le correctif, flràce à elle, on peut, sous un régime de eonenrrenee. éviter les dangers d'ordre social signalés jiar Louis Blanc.
l>ans les cas même où rassociation des intéressés paraîtrait
l. \'. loin, U® lîUi.
'2. C*esL égaleineiil dans î’associalion lilm*. sous la forme [lar exeiii[»le de la société coo[)6raUve, que les consommateurs pourront trouver le moyen «le eontenir dans de justes limites les prétentions des producteurs et empêchei’unt indirectement la concurrence de devenir excessive au fioint «renirendrer, au Heu du bon marché, la cherté des produits.
impuissante à prévenir les excès possibles de la concurrence, une antre force peut entrer en jeu : l’action du pouvoir .social. L Etat en effet n’est pas désarmé en face de la concurrence. Quels que soient les avantages considérables de celle-ci, encore ne faut-il pas que, contrairement à l’intérêt général, la lutte industrielle qu’elle engendre risque de devenir trop meurtrière. Sans compter que la sélection opérée entre les hommes iiar l’effet de la concurrence, si elle récompense le,s pins aptes, assure aussi parfois le triomphe des moins scrupuleux au détriment de concurrents plus dignes d’intérêt. A notre avis, le pouvoir social, sans perdre de vue les mérites éminents de la concurrence, puise dans la ' nature même de sa mission le droit de contrôler les conditions ■ de la lutte industrielle et d’intervenir pour protéger les faibles
i lorsque la situation de ceux-ci ne leur permet pas de se protéger
eux-mêmes.
L’intérêt général peut également, sous des formes diverses, monopoles ou régime douanier par exemple, justifier certaines dérogations au principe de concui’rence. Et nous sommes ainsi amenés, après avoir étudié au point de vue de ses avantages et de ses inconvénients le régime auquel ce principe sert de base, à étudier les dérogations et limitations qu’il comporte dans son fonctionnement.
SECTJOX 111