‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 75 sur 568 · Les Trusts; leur organisation; leur développement. A · texte numérisé non relu

Les Trusts; leur organisation; leur développement. A

la différence du cartel, qui laisse aux [entreprises coalisées une certaine indépendance pour leur production technique, le trust

1. Souchon, Les cariels de Vagriciillure en Allemagne, I90‘2.

'2. Le comploir de Longwy vient, tout récemment, de se dissoudre. La raison de sa disparition a été donnée par le président de son conseil d’administration dans les termes suivants : « Nous avons été amenés à prendre cetU décision par suite de rimpossibilité dans laquelle nous nous trouvions d’exer- ^cer sur le marché l’action régulatrice et stabilisatrice qui a toujours été considérée comme la raison d’être de notre organisme.»

3. Georges Lemaire, Elude sur les possibilités d'organisaiion de la vente de produits dans la grande industrie française, thèse, 1918.

exerce sa domination sur les établissements qui le composent aussi bien au point de vire de la production que de l’exploitation commerciale.

Aux Etats-Unis où il a pris naissance, il a revêtu successivement plusieurs formes différentes. Au début, il consistait, comme le cartel lui-même, en une simple entente entre les principaux producteurs d’une branche d’industrie, en vue de confier à une personnalité particulièrement qualifiée par ses capacités et sa connaissance des affaires la direction effective des diverses entreprises. La loi ayant condamné ce procédé comme «•ontraire à la liberté du commerce et de l’industrie, les trusts eurent recours pour se constituer à un autre moyen connu sous le nom de « consolidation » ou « fusion Au lieu de se coaliser, les diverses entreprises se confondent pour n’en plus constituer qu’une seule, le trust, dans lequel s’absorbe complètement leur individualité. Elles deviennent ainsi les actionnaires d’une immense société anonyme dont, en abdiquant leur indépendance, elles ont constitué le capital. Une autre forme, plus nouvelle et dont l’emploi tend à prévaloir, porte le nom de « holding trust » h Elle consiste, tout en maintenant aux diverses entreprises leur individualité apparente, à confier soit à l’une d’entre elles, soit à un syndicat constitué par leurs chefs, la majorité de leurs actions, de manière à assurer à cet organe la prépondérance ^ dans la direction du trust.

Quelle que soit au surplus sa forme juridique, le trust, beaucoup plus que le cartel, porte atteinte à l’indépendance des producteurs qui le composent. Le cartel maintenait entre ses membres une certaine concuiTence; elle disparaît complètement dans le trust, dont les chefs des entreprises coalisées ou fusionnées ne sont plus que les actionnaires. Au trust seul et à ses directeurs appartient l’organisation de la production, comme de la vente des produits. Il pourra, en conséquence, prendre tels arrangements qui lui paraîtraient utiles en vue de réduire le prix de revient et d’accroître les profits, spécialiser par exemple les usines au

1. (Jermain Martin, Conférericvs sur révnlulion économique des grandes nnlions, 1910.

2, D’une enquête récente entreprise par les pouvoirs publics, il résulte que près de 40 % de la production aux Etats-Unis sont placés sous le contrôle de deux personnalités industrielles et financières et des groupements qu’elles dirigent.

point de vue de la production ou répartir entre elles les débouchés. Il pourra même, s’il le juge à propos, non seulement comme le cartel limiter la production totale, mais supprimer un certain nombre d’entreprises pour ne i>lus laisser subsister que les établissements les mieux outillés et les mieux situés. Il arrivera ainsi à dominer le marché et à lui imposer ses prix. On admet ordinaii*ement que ce résultat peut être atteint lorsque la produc- ^ tion du trust représente une forte proportion de la production totale, 70 ou 80 % par exemple. Le trust se trouvera donc investi d’une sorte de monopole de fait, monoxiole incomplet d ailleurs et qui sera peu durable au cas oh il essaierait d abuser de sa puissance en rançonnant les consommateurs. Si réduite qu elle puisse avoir été par l’action du trust, la concurrence des entreprises qui restent en dehors est, en effet, toujours prête à reprendre l’avantage et à se développer, poui peu qu’elle en trouve une occasion favorable.

C’est aux Etats-Unis plus particulièrement que les trusts se sont multipliés, grâce à l’état de concentration qui caractérise la production industrielle de ce pays. Certaines statistiques évaluent leur capital actuel à une quarantaine de milliards; d autres donnent des chiffres plus élevés encore. Ces évaluations appellent toutefois des réserves, à raison de la pratique de la surcapitalisation, très fréquente de la part des trusts. Le plus important des trusts américains paraît être le trust de 1 acier, fondé en 1901 par MM. Pierpont Morgan et Carnegie, grâce à la fusion d’un certain nombre de trusts et de grandes entreprises antérieurement existantes. C’est le « trust des trusts »; il possède actuellement par lui-même ou par les entreprises qu il dirige un capital supérieur à dix milliards et fournit environ la moitié de la production totale des Etats-Unis en fonte et en acier. A côté de lui, on peut encore citer le trust du pétrole, assez prospère et dont l’existence remonte à une quarantaine d années, celui de l’alcool, celui du sucre, d’antres encore dont beaucoup représentent un capital qui se chiffre par centaines de millions.

Il existe également des trusts eu Angleterre et notamment dans l’industrie textile. En France et dans la plupart des antres Etats ils n’ont pas encore signalé leur action. Certains trusts ont revêtu un caractère international, tels les trusts du nickel et de la dynamite Le pins connu de ces trusts internatio-

1. tîennain Martin, Conférences sur révoluîion économique, 1910.

Comme exemple de trust international on cite également le groupement

186 i>hi;mièkf, partie. — chapitre iii '

naux était le trust de l’Océan, fondé en 1902 par Pierpont Morgan entre des Compagnies de navigation anglaises et américaines en vue de contrôler le trafic maritime entre l’Europe et le Nouveau-Monde. Il se doublait d’un cartel conclu avec des compagnies allemandes. L’entreprise tentée était d’ailleurs trop

• considérable et le trust n’a pu la conduire à bonne fin.

193. Appréciation du rôle ccoiioiiiique des coalitions de pro-

• ducteurs : les corners. — En ce qui concerne les corners, tout le monde paraît être d’accord. Les manœuvres tentées par ces coalitions momentanées ont pour effet de jeter le trouble sur le marché, de fausser les cours et d’entraîner des ruines sans qu’il en résulte pour la société aucun avantage. Aussi le législateur a-t-il, avec raison, dans un grand nombre de pays, édicté contre les corners des dispositions répressives.

194. Avaiitaifcs attribués aux cartels et aux trusts. — Les cartels ont, au contraire, trouvé des défenseurs parmi les économistes et parmi les hommes d’Etat. Sans faire disparaître la concurrence, ils l’empêchent du moins, dit-on, de devenir e.xcessive et trop meurtrière pour les entreprises de dimensions moyennes. Contenant d’autre part la production dans de justes limites, ils ont le mérite de prévenir les crises. Pour ces diverses raisons, les cartels ont parfois obtenu la faveur de l’opinion et les encouragements des pouvoirs publics, notamment en Allemagne.

En France même, au cours de la guerre de 1914, l’Etat qui.

• en vertu d’accords diplomatiques, s'était réservé le monopole de l’importation pom la plupart des matières premières, a été amené à favoriser la formation de syndicats de producteurs, ou « consortiimis », destinés à répartir entre lexLrs adhérents les commandes publiques et privées, ainsi que les moyens d’exé-

anglo-hollandais connu sous le nom de Hoyal Dutch, qui, avec un capital évalué à 6 milliards de francs, contrôle en Europe, en Egypte, au Mexique et dans les colonies anglaises une vingtaine de grandes entreprises productrices de pétrole, et dont la production d'ensemble dépasse annuellement 15 millions de tonnes. II est devenu, sur les marchés européens, le rival du trust américain du pétrole, la Standart Oïl C®. dont la puissance financière est actuellement évaluée à 12 milliards de francs, et la production à enviro» 60 % de la consommation mondiale. La lutte engagée entre ces deux puissants groupements aura sans doute pour résultat de modérer sur les marchés des pays non producteurs la hausse des prix du pétrole et de ses dérivés. (V, Ghéciu, La politique du pétrole en France, thèse, 1921).

outer ces commandes, main-d’œuvre et matières premières. Il appartenait également aux «consortiums» de fixer, sous le contrôle de l’Etat, les prix de vente des produits fabriqués. La «politique des consortiums », généralement bien accueillie par les industriels a été d’autre part très vivement critiquée comme ■contraire aux intérêts des consommateurs et de nature à entraîner la hausse des prix. 11 est douteux qu’elle survive aux causes qui lui avaient donné naissance. Un grand nombre de

consortiums ont déjà disparu.

En faveur des trusts, on invoipie également divers ordres de considérations. 8ans contester que, par leur puissance, ces coalitions ou fusions d’entreprises puissent, dans bien des cas, parvenir à dominer le marché et à lui imposer leurs prix, on lait observei; qu’il ne résulte pas de là, nécessairement, un désavantage pour les consommateurs. Ce qid fait en effet la supériorité du trust, c’est, dit-on, qn’en développant la division du travail son s tontes ses formes, il réalise une réduction notable du prix de revient. Par suite, le trust n’a aucun. intérêt à abuser de sa force et à surfaire les prix, car, en se contentant de les maintenir à leur taux antérieur et même en les abaissant, il peut prélever

des bénéfices considérables du fait de réconomie réalisée sur le coût de production. Il a même intérêt à ne pas exagérer ses exigences, car il s’exposerait à voir renaître à côté de lui la concurrence un instant surmontée, sans compter que, par l’effet d’nn phénomène naturel que l’ou désigne sous le nom de « loi de substitutioiU », il verrait diminuer la consommation de ses produits au profit d’autres produits de nature différente, susceptibles de donner plus ou moins complètement satisfaction aux mêmes besoins.

Le trust est donc amené par sou intérêt même à maintenir des prix raisonnables ; il assure d’autre part la stabilité de ces prix, car, dans la branche d’industrie qu’il domine, ou, suivant l’expression reçue, qu’il « contrôle », il lui est plus facile qu’à des entreprises concurrentes de maintenir la production au niveau des besoins et d’éviter les crises, cause ordinaire de perturbation dans les prix. C’est là précisément un très grand avantage pour les ouvriers eux-mêmes qui, avec un travail plus stable et mieux garanti contre les risques de chômage, pourront espérer un relèvement du taux de lem- salaire corrélatif à raugmentation des

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