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rapport à ce produit. Sans compter qu’en produisant elle-inèine sa matière dans des conditions de spécialisation qui répondent à ses besoins, elle échappe aux risques d’approvisionnement insuffisant du marché.
Une grande entreprise peut avoir intérêt également, au lieu de vendre ses déchets et ses sous-produits, a installer une usine pour les traiter elle-même. Elle se réserve ainsi les bénéflces résidtant de la transformation. 13t de mên^e elle peut trouver avantage à se mettre directement en rapports avec la clientèle au moven de magasins de détail oxi de correspondants, non seulement pour développer la vente en réduisant les prélèvements parfois excessifs des intermédiaires, mais pour pouvoir exercer une influence sur les goûts du public et les orienter vers les variétés de produits (lu’elle a le plus d’aptitude à lui fournir.
21 'i. L’intégration trouve donc sa raison d’être dans des avantages analogues à ceux de la concentration, dont elle est le complément naturel. Comme celIe-iâ, d’ailleurs, elle présente certains inconvénients, celui notamment de grossir le volume des entreprises dans des proportions telles (jue runité effective de direction peut devenir impossible ou devra, du moins, se concilier avec une large autonomie reconnue aux divers etablissements intégrés.
Do là n.aissent des complications et des risques de coulage qui ne sauraient être évités sans un contrôle très minutieux, partant très coûteux. La tendance à l’intégration trouve ainsi un frein dans les limites que comporte necéssairement le \ olume de toute entreprise.
215. La thèse marxiste de la eonceiitratioii |)ro(|ressive. — Karl Marx et la plupart de ses disciples ont attaché une très grande importance au phénomène de la concentration. Ils considèrent, celle-ci comme la caractéristique de l’évolution sociale actuelle, devant amener fatalement la stibstitufion d’un régime de production socialisée au régime de production capitaliste.
Par l’effet de la concentration il s’opère, avons-nous dit, un déclassement. Le nombre des proilucteurs indépendants, des chefs d’entre])rise, dimimie peu à peu, tandis que s’accroît sans cesse le nombre des salariés. Le phénomène de la concentration joue ainsi un rôle capital dans la lutte des classes, puisqu’il contribue à grossir l’une d’elles, celle des prolétaires, aux dépens de la classe liourgeoise. Or, la concentration, sous un ré-
LA CONCENTRATION DE LA PHODIMTION
gime de propriété capitaliste et de concurrence s’accentue cha- (|ue jour. La lutte industrielle fait sans cesse de nouvelles victimes i)armi les entreiireneurs qui avaient pu résister jusqu ici. l.es plus puissants d’entre eux ont compris, d’autre part, la nécessité de se grouper, de se coaliser pour imposer leur suprématie. Ils ont constitué des entreprises gigantesques, des trusts, qui dominent la production dans ses diverses branches.
Mais, par suite même des progrès de la concentration sous t outes ses formes, la lutte des classes, principe essentiel de toute transformation sociale, va se trouver singulièrement surexcitée. La masse énorme et toujours grossissante des travailleurs sans propriété, des prolétaires, ne rencontrant plus eu face d’elle qu’une minorité infime de très grands entrepreneius capitalistes, rois de l’industrie, importantes sociétés anonymes, trusts, n’aura pas grand’peiiie à les exproprier. A ces quelques monopoles d’intérêt privé se substituera le monopole d’intérêt général exercé par la collectivité qui, devenue seule propriétaire de tout le capital, aura seule également la charge de diriger la production.
21(5. Que penser de cette thèse ? Observons tout d’abord que, dans sa forme même, elle soulève certaines objections. La concentration a bien pour effet d’accroître le nombre des salariés et de diminuer le nombre des entrepreneurs. Mais qui dit salarié ne dit pas nécessairement prolétaire, adversaire, à ce titre de l’organisation sociale actuelle. Bien des producteurs indépendants, artisans ou boutiquiers, bien des petits patrons peuvent trouver intérêt à devenir' les salariés de grandes entreprises, ])our échapper aux risques industriels, et surtout commerciaux, de la production. La concentration opère à leur égard un déclas- .sement, mais qui n’a rien de désavantageux, bien au contraire, si à de maigres profits très disputés elle substitue des appoint einents élevés, de haul.s salaires. Les chefs et sous-ehels de rayons dans les grands magasins, les directeurs, ingénieurs, employés principaux, conducteurs de travaux dans les grandes entreprises indus! rielles sont des salariés: ce ne sont pas des prolétaires et le fait que leur nombre augmente u’iinj^lique nuiiemenl que la lutte des classes doive nécessairement devieuir plus vive.
Et d’autre part, il est inexact de présenter la substitution éventuelle de la collectivité, de l’Etat socialiste, aux grandes entreprises capitalistes d'aujourd'hui comme devant entraîner simplement l’expropriation de quelques monopole, s plus oumoins
légitimes. Derrière ces puissantes façades qui s’appellent les trusts, les grands magasins, les grandes Compagnies anonymes, se cachent d’innombrables intérêts privés, parfaitement res pectables. Si la collectivité devait un jour exproprier ces grandes entreprises, ceux qu’elle dépouillerait en réalité, ce seraient leurs actionnaires, c’est-à-dire tout le monde. La socialisation des capitaux ne porterait pas atteinte seulement à la grande propriété de quelques « rois » de l’industrie ou du commerce, elle atteindrait directement la petite propriété d’un grand nombre de personnes, dont beaucoup rentrent, avec des situations sociales en apparence très diverses, dans la catégorie des salariés.
217. Le principe même de la concentration progressive, qui sert de base à la théorie marxiste, nous paraît d’ailleurs pouvoir être contesté. Rien ne prouve que, dans l’avenir, le mouvement de concentration doive s’accentuer encore et devenir 1)1 us général dans son étendue; c’est plutôt le contraire qui paraît vraisemblable
Dès à présent, une des branches les plus importantes de la production, l’agriculture, échappe complètement à la concentration. Dans rindustrie manufacturière et dans le commerce, la concentration comporte d’autre part des limites. Y a-t-ü simplement, à ces divers points de vue, un retard dans la marche de l’évolution, ainsi que le pensent les auteurs socialistes? Ou bien au contraire la petite production paraît-elle av oir des chances sérieuses de maintenir ses positions, sinon de regagner une partie du terrain (lu’elle a perdu? O’est ce qu’il importe maintenant de rechercher.
218. l’oiirqiioi la conceiUratioii ne .s’est pas étendue à l'ajiriciiltnre. — C'e.st une question fort discutée que celle de savoir si la grande culture est ou non supérieure à la petite. D’après certains économistes et agronomes, la concentration présenterait, dans ragriciilture, les mêmes avantages que dans les autres natures de production. Elle aurait pour effet d’abaisser proportionnellement le prix de revient, et, par suite, d’élever le produit net. La grande culture permet, dit-on, de réaliser une économie importante de capital fixe sous la forme de bâtiments d’exploitation. Une ferme de deux cents hectares n’exigera pas, pour ses dépendances, une dépense dix fois suiiérieure à celle que nécessiterait une ferme de vingt hectares. La grande cul-
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ture permet d’autre part une économie de main-d’œuvre et de salaires grâce à l’emploi des machines. L’outillage mécanique agricole, pour pouvoir être utilisé dans de bonnes conditions, exige de vastes espaces. La trop grande division du sol, l’exiguïté des parcelles, l’existence de nombreuses clôtures rendent peu facile son emploi. Il représente d’autre part une valeur relativement considérable et son amortissement doit être assez prompt, à raison même des risques particuliers d’usure et de détérioration dont il est menacé. Tout cela suppose la grande culture; seules, de vastes exploitations permettent, semble-t-il, un emploi des machines assez continu pour être rémunérateur.
On peut ajouter encore que la grande culture présente d’ordinaire un caractère plus scientifique et moins routinier que la petite. Le paysan est prudent et il se méfie des innovations; il hésitera longtemps avant de se résoudre à employer des procédés nouveaux ou à faire à la terre des avances sous une forme qui n’est pas la forme accoutumée. Le grand propriétaire — le grand exploitant du sol — est plus hardi, plus accessible au progrès; son éducation économique est ordinairement plus avancée. C’est lui qui, dans bien des cas, joue vis-à-\ds des classes rurales le rôle d’initiateur et d’éducateur. On en a eu la preuve lors de la reconstitution du vignoble français, à la suite du phylloxéra L
219. Ces observations contiennent, à coup sûr, une part de vérité. On pourrait par suite être tenté d’admettre la supériorité de la grande culture et croire aux progrès éventuels de la concentration dans l’industrie agricole, si les avantages que nous venons d’indiquer restaient inaccessibles aux petites exploitations. Mais un facteur nouveau est intervenu, qui peut rétablir l’équilibre entre la petite et la grande culture au double point de vue du caractère scientifique de l’exploitation et de l’emploi de l’outillage mécanique; ce facteur, c’est l’association.
Grâce à l’association, sous la forme particulière du syndicat agricole, les petits exploitants sont initiés aux progrès agronomiques -. C’est le syndicat qui se charge d’acheter en gros les semence pour en opérer la sélection, et les engrais pour en faire
1. T. roy-F^oaulicu, Traité d' Economie politique, 3^ édilion, t. II, pp. ^ et suiv.
2. D? nocquigny, Les syndicats agricoles et leur œiwre, — Sur le déveloj)pement d • routillage mécanique dans ragriciilture; V. Hiticr, La tendance de Taç: 'culture moderne à s’industrialiser, dan? la Uevue d' Economie poliliqnPt 1901.
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