‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 87 sur 568 · V. plus haut n · texte numérisé non relu

V. plus haut n

quelle est actuellement encore, en l'rance et dans quelques autres Etats, rimportance de la petite production manufacturière ‘ et commerci.ale. En ce qui concerne particulièrement l’industrie,

elle revêt deux formes très différentes que les statistiques le plus fréquemment ne distinguent pas; ce sont le métier, ou métier indépendant, et l’industrie à domicile salariée.

! Le métier (que l’on oppose à la fabrique, atelier de grande pro-

duction), comprend à la fois petits patrons occupant un faible nombre de salariés et producteurs autonomes, artisans, qui, par leur travail personnel et sans autre aide que celle non salariée I des membres de leur famille, produisent pour une clientèle exté-

rieure. (Juant à l’industrie à domicile salariée, elle constitue la situation de certaines catégories de travailleurs qui, chez eux, produisent pour le compte, non du public, mais d’un ou plusieurs entrepreneurs, moyennant un taux de salaire fixé d'après les résultat*: du travail, à la tâche ou aux pièces. liC PMay a donné à cette situation la dénomination de fabrique collective », â raison de ce qu’elle implique l’emploi par un « fabricant », industriel ou commerçant, d’une collectivité d’ouvriers travaillant à domicile. A vrai dire,' la fabrique collective devrait, au I ç ' point de vue de ses rapports avec la concentration, être soigneu-

sement distinguée du métier indépendant. Ce dernier constitue bien une exception, une limitation \ éritable à la concentration, puisqu’il consiste précisément dans la multiplicité d’entreprises non concentrées, d’entreprises de dimensions modestes. La fabrique collective, au contraire, impliquant l’organisation du . travail salarié à domicile, sera la plupart du temps le fait d’en-

, treprises puissantes, concentrées, tels les grands magasins. Ce

'I qui échappe à la concentration dans ce mode de production,

T c’est seulement la forme de l’atelier, le cadre de la production,

J • qui est le domicile du travailleur et non la manufacture ou l’usi-

S ' ne. Observons toutefois que, dans la pratique, l’industrie à do-

B micile salarié ne se présente pas toujours sous la forme de la

I; fabrique collective, telle que nous A enons de la définir. Elle se

= ])rête aux combinaisons les jdus diverses, dont beaucoup la rap-

•. irrochent soit du métier indépendant, soit même de la petite O entreprise patronale. Parfois, le travaiîl' r à <’omicile, le « fa-

9 . çonnier », est propriétaire de son out illage, tel le canut de Lyon,

et reçoit seulement de l’entrepreneur, du fabricant, la matière à $ transformer. D’autres fois, comme dans la fabrication des jouets,

dans l’ébénisterie, il est propriétame non seulement de son ou

LA CONCENTRATION DE L.A PRODUCTION 21 Vl

tillage, mais de la matière première. Il peut alors travailler soit pour un seul entrepreneur, soit pour plusieurs, soit même à la fois pour certains fabricants dont il a reçu les commandes et pour le public lorsqu’il en trouve l’occasion. Sa situation se rap- . ])roche ainsi plus ou moins, suivant les cas, de celle de l’artisan, du producteur autonome.

La plupart du temps, l’ouvrier qui transforme à domicile la matière fournie par le fabricant n’est pas directement en rapport avec ce dernier. Les commandes lui parviennent par l’intermédiaire d’un sous-entrepreneur, qui, lui-même, a traité avec le fabricant pour un prix fixé à forfait et dont le bénéfice consiste dans l’écart entre ce prix et le total des salaires qu’il paie. Quelquefois, ce sous-entrepreneur, au lieu de distribuer le travail au domicile des travailleurs, occupe lui-même, à son propre domicile un petit nombre d’ouvriers qu’il paie soit à la journée, soit à la tâche.

222. Sous les multijiles aspects que nous venons de décrire, métier indépendant et travail salarié à domicile, la petite industrie maintient ses positions actuelles et parfois même les améliore en face de la grande production concentrée h Sans doute, dans quelques branches du travail industriel, dans le tissage par exemple, ou la fabrication de la chaussure, rartisan recule î devant la fabrique. A l’inverse, il résiste efficacement dans la plupart des métiers du bâtiment, surtout à la campagne. Tl gagne du terrain dans les métiers de l’alimentation, boulangerie, pâtisserie, boucherie, dans ceux de la parure, modistes, lingères, dans ceux qui impliquent l’exécution de services personnels ou j domestiques, coiffeurs, blanchisseuses.

Parfois il est vrai, tout en se maintenant à côté de la grande industrie le métier en subit l’influence et n’échappe pas à une certaine concentration intérieure. L’artisan devient un petit patron; l'importance capitaliste de la petite entrejirise tend à s’accroître.

Ij’industrie à domicile salariée, de .son côté, est en jirogrès dans i] certaines branches de la production manufacturière, particuliè 1 rement dans l’industrie du vêtement, couture, lingerie, broderie et cela aux dépens de la fabrique elle-même. L’essor de cette I forme de production s’explique d’ailleurs par des motifs de di-

J 1. V. Bourguiii, Les mjsiènies socialistes et révolution éconimiifjue, I9H4; Ar-

I douin-Dumazet, Les petites industries rurales, 1912.

PRIiMIKHK l’AHTIK.

cnAi-rrnE iv

vers ordres. D’abord, par le désir de l’ouvrier d’éclia])per à la discii>line de l’atelier et au contrôle exercé sur l’exécutiou luêino de son travail. Et aussi, lorscpi'il s’agit de l’ouvrière, par la ])Ossibilité de rester au foj’^er, près de ses enfants, et d'y remplir les tâches essentielles du ménage. Ce souci de rindépendance ])ersonnelle et du maintien de la vie, familiale est assez puissant. ]»our détourner de l’usine un grand nombre de travailleurs qui y trouveraient sans doute des conditions de salaire sensiblement [dus avantageuses. De son côté, l’entrepreneur ])eut avoir grand intérêt au maintien de l'ijidustrie à domicile, (irâce à cette or ganisation, il évite les frais qu’entraîneraient le loyer, l’éclairagCT le chauffage des locaux industriels et réduit sa dépense d'outillage, car dans bien des cas l’ouvrier â domicile sera j)ropriétaire de ses instruments de travail. Il échajqn' au lisijiu' de grèves et peut maintenir des taux de salaire assez bas, car le défaut d’organisation des ouvriers en chambre et leur dispersion ne leur })ermettent pas la plupart du temps de défendre collectivement et efficacement leurs intérêts. De même, par la fabrique collective l'entrepreneur évite l’application gênante des lois de réglementation industrielle, relatives notamment à la durée du travail, car le domicile est inviolable et les in.specteurs du travail — en principe du moins — n’y ont pas accès.

Ou voit par là que l’industrie à domicile peut encourager bien des abus. Dans certains pays, en Angleterre notamment, fliverses enquêtes ont révélé ces abus et l’opinion publique s’est élevée contre un mode de production qui semble particulièrement propice aux durées de travail excessives et aux salaires de famine. Ou a flétri la fabrique eolh'clive du nom de « svveating System système de la sueur.

:\Ialgré cette défaveur de l’oiiiuiou, en Angleterre, aux Etatsl'nis, en Ilelgique, en Allemagne, en France même le travail en chambre ne ])araît pas, dans l’ensemble, en voie de décroissance. P.ien ])lus, il .semble qu’il doive profiter des pertes que subit le métier indépendant. En grand nombre d’artisans, découragés par les diffieidtés de la concurrence et rebutés par le côté commercial ([ui tend à prédominer dans la direction des entreprises, deviennent des travailleurs à domicile. Au lieu de produire j)our une clientèle du dehors, ils se résignent à travailler, moyennant salaire, pour un fabricant. Il est à prévoir, il est vrai, que la réglementation protectrice du travail finira par s’étendre à la fabrique collective comme à la grande industrie, sous des formes

l.A fXlNCK.NTHATION m-; IA l*U0l>rC110N

particulières sans doute, telles que la fixation légale d un minimum de salaire b Certaines des raisons — les plus fâcheus<*s d’ailleurs — qui contribuent actuellement à maintenir l'industrie à domicile disparaîtront par là, mais il poiirrait se faire t|uc d'autres facteurs interviennent dont l’effet serait d’affermir lu situation de la fabriijue collective, par exemple la découverte de moyens permettant d'utiliser avantageusement à «lomicile la force électri(|ue issue de la houille blanclie. l n .semblable proorès, s’il venait à être réalisé dans d(>s conditions susceptibles d’application généralLsée, suffirait sans doute pour restituer à la. petite industrie la plus grande partie du terrain que lui a fait perdre la concentration.

223. Quant à l'industrie commerciale, nous avons vu que, malgré l'apparition et le développement des grands magasins, le nombre des petites entrejnises n'a depuis une cinquantaine d’années cessé de s’accroître. Le petit commeia e, surtout en <lehors des grands centre.s, maintient à peu près .^es positions grâce aux facilités d'approvisionnement qu'il assim*. Dans certaiues de s<*s luanches (pii touchent à l’alimentation, l'accroissement numérique des établissements pourrait même ]mraître excessif. Là encore, la ])etit,e production donne une })ieuvede vitalité qui ne permet pas de conclure au dé\ elojipement indéfini <le la concentration.

1 \'. sur ri“ noiiil, lomr 1 1.

-Jri'.

CIIAPITBE V

• LA LIMITflTiO?S DE LA PRODUCTION

ik

22i. Causes de limitation de la production. — Nou.s avons défini la production l’ensemble des actes qui tendent à créer de l’utilité^. Celle-ci étant, d’autre part, la qualité qui assure la satisfaction des besoins humains, on voit appar.aître immédiatement le lien étroit qui existe entre les besoins et la production. C’est pour consommer, c’est-à-dire pour satisfaire leurs besoins, que les hommes- produisent, et l’étendue même de ces besoins constitue poirr la production une cause naturelle de limitation.

Les besoins peuvent être, il est vrai, indéfiniment multipliés dans leur nombre et dans leur variété; c’est là précisément l’œuvre de la civilisation. La production, d’autre part, ne doit pas tenir compte seulement des besoins actuels, mais, dans une mesure plus ou moins large, des besoins éventuels, des besoins ji/ futirrs susceptibles de prévision. Malgré tout un facteur existe

qui, pour l’ensemble de la société, influe d’une manière prépondérante sur l’étendue des besoins et par suite, indirectement il sur la production. Ce facteur, c’est le chiffre de la population.

Si la prodiiction, par suite de la concurrence (ou pour toute autre cause, réglementation par exemple), n’avait pas tenu compte suffisamment des besoins, si l’offre des produits était insuffisante ou excessive par rapport à la demande, il se produirait une rupture d’équilibre, une crise, dont les effets sur la vie économique de la société seraient plus ou moins comparables à ceux de la maladie sur le corps humain.

Page 1