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LA LIMIT.VriON DE LA PRODUCTION 231
des obstacles qui ramènent constamment le niveau de la population au niveau des subsistances, au-dessus duquel il tend constamment à s'élever. Quels seront ces obstacles? Pour les espèces végétales et animales, ils consistent dans l’élimination brutale du faible par le fort. Pour l’espèce humaine, ils consisteront, soit en obstacles répressifs, fléaux de toute sorte, famines, épidémies, guerres, misère, conditions malsaines de vie et de travail, soit en obstacles préventifs, dans la « contrainte morale », c’est-à-dire dans le sentiment de sage prévoyance qui devra conduire riiomme à ne pas se marier et fonder une famille s’il n’est pas en état d'assurer la subsistance de celle-ci.
Actuellement, l’action de la contrainte morale sur les hommes est insuffisante; les obstacles répressifs, les fléaux multiples qui déciment rinimanité revêtent de ce fait un caractère quasi-providentiel. Réduisant dans les limites nécessaires le chiffre de la popidation et réalisant une sorte de sélection naturelle par l'élimination des plus faibles et des moins bien doués, ils apportent à la sm-populatiou un remède que seul pourra suppléer dans l'avenir le développement de la prévoyance parmi les hommes, la généralisation du sentiment de contrainte morale (moral restraint).
231. Ex'amcn critique de la théorie de Malthus b — Cette théorie, après avoir joui d’un très grand crédit parmi les économistes, parait aujoui-d’hui fortement ébranlée.
On observe en effet que ses conclusions se trouvent contredites par les faits contemporains. Dans la plupart des Etats, au cours du nix^ siècle, le niveau des subsistances paraît s’être élevé bien plus rapidement que le niveau de la population. En France notamment, l’examen des statistiques nous a révélé une tendance actuelle de la population à l’état stationnaire, alors que cependant le bien-être s’est considérablement accru, pour toutes les classes de la société, au cours des cinquante dernière^^ années.
L’inexactitude des progressions indiquées par Malthus pour marquer le développement corrélatif de la population et des subsistances semble également indéniable. Nous avons pu constater, en effet, par l’examen des chiffres relatifs à la popula-
1. V. notamment Rambaud, Cours d' Economie politique, 1911, t. II.