‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 92 sur 568 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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tiou des divers Etats, non seulement que le taux d’accroissement n’est pas le même pour tous, mais encore que pour un (luelconque d’entre eux il diffère au cours de deux périodes consécutives de 25 années. Comment concilier ces faits avw l'hypothèse malthusienne du doublement régulier îo\>s les 2.5 ans.' Il existe, dira-t-on peut-être, un pays où cette hypothèse se trouve réalisée. Ce sont les Etats- Cnis: mais nous avons vu quelle est dans ce pays, surtout depuis un demi-siècle, l'importance considérable de l’immigriitiou. La portée de rargument tiré des statistiques américaine.^ se trouve par là-même scm.dblement affaiblie. Sans compter que. .si la population des Etats-rnis peut sembler s’être accrue d’une manière à peu près conforme aux' prévisions de Malthus, la producti(m dans ce pays s’est développée plus rapidement encore, ce qui infirme la théorie. La preuve en résulte, non .seulement du degr<' tix*s prononcé de concentration dans l’industrie américaine, mais du développement même de la richesse générale *. En 1850, on évaluait le total des fortunes, aux Etats-rnis, à 30 milliar<ls de francs- la progression, depuis cette époque, a été la suivante ; en 1870, 175 milliards; en 1890, .330; en 1910, 025 milliards. En 00 ans, la riches.sc totale s'eat donc accrue dans le rapport de 1 à 21. Cendant le même espace de temps (1845 à 1905), le chiffre de la ])opulation passe de 17 millions d'individus à 70 million.s, soit un accroissement de 1 à 4,4. Le niveau des subsistances, aux Etats- Tnis comme en Europe, s’e.st dotic, au cours du xix** .siècle, élevé beaucoup plus rapidement que le niveau de la population.

232. Ces objections sont impressionnantes. On peuteependani être tenté d’y répondre. Malthus, dira-t-on, a entendu formuler une loi de portée universelle, d’application générale, visant l’humanité dans son ensemble et dans tous les temi)s, et non pas tel ou tel pays dans tel ou t(4 état économique plus ou moins temporaire. Peu importe dès lors à l’autoritt^ de sa loi (lu’elle paraisse démentie par les faits actuels, aux Etats-Ibiis o\i ailleurs.

Il convient d’observer, au surplus, que le xix»? siècle a marqué pour tous les j>euples civilisés un es.sor sans précédent de la production. Grâce aux progrès de la science et à ses applications aux transports et à l’industrie manufacturière, l’huma-

I. CÎUIWPS. r.ours iVf^eonomie poliliqtir. 3*' piülioii, I. [1.

Et

i.A i.iMiTvrioN i>K i.A

nité a vu s’accroître dans de.s pj-oportions considérables les ressources dont elle pouvait antérieurement disposer. Sans compter que, par 1e développement de l’émigration vers des pays déjà peuplés et par l’expansion coloniale vers des contrées neuves, la population des grands Etats a pu écoider sans trop de peine le trop-plein de son accroissement. D’où un écart apparent en faveur de la production.

Mais rien ne prouve que cet état de choses, contraii-e aux prévisions malthu.siennes, doive se maintenir très longtemps. Méjà certains des Etats dont le territoire s’est en partie peuplé grâce à l’immigration paraissent dispo.sés à prendre des mesures pour arrêter le développement de ce facteur. Les progi'ès de la colonisation révèlent, d'autre part, que diverses contrées longtemps considérées comme des ressources presque inépuisables l)our la surpopulation sont, en réalité ou peu susceptibles de mise en valeur à raison de leurs conditions naturelles, ou déjà occupées par des populations indigènes dont le chiffre tend à s’élever rapidement. On peut donc concevoir que, dans un avenir plus ou moins lointain, si la den.sité de la population continue à s’accroître, un moment arrivei-a où feront défaut les espaces nouveaux susceptibles d’utilisation. Sans doute, grâce à l’emploi de nouvelles méthodes et à la connaissance plus parfaite des lois de la nature, permettant d’obtenir de plus forts rendements, cette limite redoutable pourra être presque indéfiniment reculée. Les progrès de la science, fournissant aux besoins alimentaires des succédanés, des moyens nouveaux de satisfaction, y contribueront également. Mais ces progrès euxmêmes peuvent ne pas .se manifester toujours, dans l'avenir, avec autant de rapidité et d’intensité «lu'au mx^" .siècle; et .si l’art agronomique n’a pas dit son derni<T )uot, il ne saurait faire en fin d(* comi)te, qu’une certaine étendue de terre puisse dé])asser un chiffre maximun de production '.

La théorie de Malthus peut, au fond, se ramener à ces conclusions. hiii dernière analyse, elle se borne à exprimer cette idée (|ue l’humanité, quels que soient ses efforts et ses progrès est, par l’effet même de son accroissement numérique continu, dans un état de dépendance vis-à-vis du milieu extérieur ^

Quant à l’argument tiré, contre la théorie de Malthus, de

i,.\ . |)luN haiil . Sur la Ihéuric du iiMultMiU'nl m>ii u'* III.

‘ï î>Hial/.. t.'intiiriiltinlrsnu' écnnnmititic W .vonV/V. 19(17.

l'REMlKKE PARTIE. CHAPITRE V

l'inexacti tilde des deux progressions géométriques et arithmétique, il n’a (pie peu de force. Malthus n'a donné, semble-t-il e.es deux progressions qu’à titre d’exemple, et pour mieux faire saisir sa pensée. A la fin de son livi’e, il avoue lui-même les e.xagérations possibles de sa doctrine : <( Il est probable qu’ayant trouvé l’arc trop courbé dans un sens, je l’ai trop courbé dans l’autre, en vue de le redresser. » Quel que soit l’intervalle réel qui, dans les conditions les plus favorables et en l’absence d’obstacles répressifs et préventifs, marque le doublement de la population, et lors même qu'il serait très différent de celui qu’a indiqué Mathus, la théorie formulée par celui-ci garderait toute sa valeur scientifique si on devait admettre que, dans cet intervalle, la production, même favorisée par les circonstances, n'a pu marcher du même pas. En d'autres termes, le principe essentiel qui domine la théorie de Malthus, le seul dont la vérification ait un intérêt considérable, c’est que la population a une tendance naturelle à s’accroître plus vite que ne le permet l’accroissement du fonds de subsistances dont elle dispose.

On ne saurait enfin tirer argunu'nt contre la théorie malthusienne de la situation démographique actuelle de la France, car cette situation peut être interprétée comme la confirmation plutôt que comme rinfirmation des prévisions de Malthus. Si la population tend à diminuer en France, ou si au moins elle a <,*essé de s’y accroître d'une façon sensible, c’est jirécisément par suite de la vulgarisation dans les classes possédantes du principe malthusien de la contrainte morale, par suite du ralentissement des naissances qu’amène le désir grandissant de bien-être, c’està-dire, sous une forme particulièn*, par l’action du sentiment de prévoyance. Et si, dans ces classes sociales, l’obstacle préventif a fait disparaître l’action de l’obstacle répressif, celui-ci, malheureusement, ne conserve-t-il pas encore une partie de son empire dans les couches iiarfois trop denses de la population ouvrière, pour laquelle l’accroissement des moyens d’acquisition n’a pas suivi assez vite l'accroissement numérique de l’espèce, et que décime encore parfois la maladie ou la misère ?

233. Si la théorie deMalthus, ainsi interprétée et atténuée dans son expression, échappe peut-être davantage au reproche d’inexactitude tiré de l’examen des faits, elle perd en retour la plus grande partie de son intérêt et de sa portée.

Le danger de surpopulation qu’elle dénonce cesse en effet d’être actuel, imminent, pour devenir lointain, hypothétique

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