LA LIMITATION DE LA PRODVCTION
(jui amenait à Paris un grand nombre de travailleurs originaires de diverses parties montagneuses du territoire français. Dans cette hypothèse, l’émigrant rapporte au pays d'origine le produit de son travail et de ses épargnes, ordinairement très supérieur au capital qu’il ])Ossédait au déiiarf . L émigiation se traduit alors pour le pays d’origine, non ivar un appauvris>ement. mais par un enrichissement. .'Vu cas même où lémigi.ttion est définitive, sans esprit de retour, elle est fréquemment le point de départ de relations commerciales très profitables au ]>ays dont les émigrants sont originaires. Ceux-ci emportent eu effet dans le pays où ils se fixent les habitudes de vie qu'ils avaient contractées. Ils conserv'cnt et répandent dans ce nouveau milieu le goût des produits de leur première p.itrie. Il s’établit ainsi (*ntre les deux pays des courants commerciaux »lont les avantages compensent largement, xiour le xiays d origine, la perte des capitaux qu'avaient pu emporter les émigrants.
Il semble donc, et c’est la solution qui préx aut de nos jours, <|tie l’Etat ait intérêt à laisser libre l’émigration, sans la contrarier, ni la provoquer artificiellement. Ce n est pas à dire d ailleurs qu’il puisse s’en désintéresser. A raison [U’ecisément de la situation assez précaire i(ui est ordinairement celle de la majorité des émigrants, de nombreux et graves abus peuvent être commis au détriment de ceux-ci. Parfois ils deviendront les victimes d'intermédiaires qui provoqueront leur départ dans un but i>lus ou moins avouable. C’est le cas aujourd hui de la traite des blanches c’était le cas, sous 1 ancien léginu*, dt nombreux contrats d'engagement à destination des colonies. D’autres fois, toutes les xuécautions nécessaires pourront u’axoir pas été pi'ises iiar les agences d émigration iiour assurer l’hygiène et la sécurité des émigrants soit en cour.s de route, soit au point d’arrivée. Les iiouvoirs yuiblics doivent, x>ar upe réglementation stricte, chercher ,à xiré venir ces abus; ils doivent, lorsqu’ils, se iiroduisent, les réprimer sans faiblesse,
239. L’immigration est la contre-partie de l’émigration; l'une et l’autre sont les deux aspects du même phénomène. L’immigration xirésente pour les pays neufs de très réels avantages. L’afflux de main-d’œuvi-e qu’elle leur fournit peut être très jirécieux pour assurer leur mise en valeur. C’est par 1 immigration que se sont peuplés les Etats-Unis et la Réiniblique Argentine. C’est également rimmigration qui a permis à nos colonies tropicales de sux>porter, non sans peine d’ailleurs, la crise consé-
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cutive à Taltolition de l'esclavage. Parfois même rimmigration ]>eut êtie fojt utile à un pays de vieille civilisatioîi, auquel les éléments étrangers apporteront le concoui.s de leur savoir professionnel et de !<*urs traditions. C’est dans cet esprit que (-olbert favfu’isait la présence en France d’habiles ouvriers venus du d(‘hors. .V la suite de la i-évocation de l’édit de Nantes, l’immigration des réfugiés protestants a été une bonne fortune pour les Etats voisins de la France.
Ces avantages de rimmigration ne vont pas cependant sans certains inconvénients d’une réelle gravité. Fne immigration importante peut avoir ])our effet de modifier sensiblement les caractères de la population originaire. On a souvent observé combien s'altère vite l'esprit national dans une colonie dont les premiers habitants ont vu grossir leur nombre par un puissant afflux d'éléments étrangers. C’est là un phénomène qui peut être d’autant ]»lus fâcheux que les éléments fournis par l’immigration sont assez fré(|uemment de qualité inférieure. La société (|ui les accueille bénéficie de leurs connaissances et de letir activité; elle auia j)aifois à souffrir de leurs vices et ils i>euvent devoiir jFom- elle des fauteurs de trouble et de désordi-e.
Parfois aussi le problème de l’immigration se complique d'une question de race, il est bien évident que toutes les raee.s Il ont pas, <*t au même degré, les mêmes qualités d’endurance au travail et de sobriété. 11 peut eu résidter, entre la maind'u-uvre nationale et la main-d’a'uvre immigrée des conditions de concurrence inégale, qui ne sont pas sans influencer les salaires et sans ])i'ovo(pier des mouvements d’oiûnion.
C'est a.iusi que l'on peut expliquer, sinon toujours justifier, la politique de certains Etats qui, après avoir longtemps profité de l'immigration, tels les Etats- Fuis et le Cornmonwealth australien, ont cru devoir prendre à son égard des mesures restrictives, mesures <lirigées soit contre les immigrants origi naires tle certains jmys on appartenant à certaines races, la race jaune par exemple, soit contre les immigrants sans ilistinetion d'origine lorsqu ils se trouvent dans fcrtaines situations.
La colonisation': comment elle se justifie. — A l’émigration se rattache naturellement la colonisation. Elle impli- (jue toujours en effet, bien que dans une mesure essentiellement
1, W Colonisation c'ie: /fa- peufilt\s ntoilrnii^s: (liraiiM.
Principi'ü (h‘ colonisation et tle législation cttlonialVj
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variable, une double émigration d'hommes et de capitaux. La colonisation cependant ne se réduit pas à l’émigration; elle implique quelque chose de plus, une œmue d'éducation. C'est la mise en valeur d’un pays neuf, par l’action méthodique et prolongée d’une société ayant atteint un degré élevé de civilisation, avec la pensée de créer entre cette société et la société nouvelle, qui reçoit son impulsion, un lien durable et permanent.
Jusqu'à une époque assez rapprochée les économistes se montraient généralement réservés, sinon hostiles, à l’égard de la colonisation, et cela pour des motifs analogues à ceux qui expliquaient leur attitude <à l’égard de l’émigration. La colonisation coûte cher en capitaux et en hommes et il n'y a guère d’espoir qu’elle rapporte un jour directement au pays colonisateur des avantages matériels qui compensent largement les sacrifices consentis. Tant qu’elles n’ont pas atteint un dévelop- ■ pement suffisant, les colonies ne pourraient, sans péril poim leur croissance, supporter une semblable exploitation; lorsqu’elles sont devenues fortes et prospères, elles n’y consentiraient pas et toute tentative faite par la mère patrie dans son intérêt propre et au détriment de leurs intérêts risquerait d’entraîner une séparation. Mieux vaut donc, semble-t-il, pour un pays dont la population et les capitaux sont abondants, voir leur émigration s»» détourner vers des pays déjà civilisés, où elle pourra lui créer une part d’influence profitable, sans lui imposer de sacrifices excessifs.
Cette opinion contraire à la colonisation est aujourd’hui bien abandonnée. Le spectacle des grands Etats qui se préoccupent à l’envi de se tailler, pendant qu’il en est temps encore, une part dans les espaees libres des continents insuffisamment peuplés ou civilisés a conduit à analyser de plus près le phénomène de la colonisation et à en mieux discerner les avantages.
Ceux-ci sont de divers ordres : avantages politiipies d’abord, sans doute les plus importants. La colonisation contribue puissamment à la grandeur d’un Etat en répandant au dehors sa culture, sa langue, sa forme de civili-sation. Les sociétés nouvelles qu’elle crée au loin, filiales de la IMère- Patrie, conservent avec celle-ci des attaches durables et peuvent être pour elle, à l’occasion, des éléments de. force dont le concours n’est nullement négligeable. La colonisation e.st pour la race un moyen d’expansion; c’est un champ ouvert aux qualités d’audace et à l’esprit d’initiative des individus. A tous ces points de vue la
simple émigration serait sensiblement inférieure. Les émigrants peuvent se trouver noyés en quelque sorte dans la i)opulation de l’Etat qui les accueille et ne conserver que d'une manière très imparfaite leur esprit national. Au bout de quelques générations, le lien qui les rattachait au pays d’origine se trouvera complètement rompu. Sans compter que, pour un pays, la ressource de l’émigration peut disparaître plus ou moins rapidement par .suite des mesm-es restrictives de l’immigration que croiraient devoir édicter les autres Etats. Rien de semblable n’est à craindre avec la colonisation. Les colonies constituent naturellement l)our la métropole des réservoirs destinés à accueillir, de préférence à tous autres éléments d’origine étrangère, le trop plein
de sa population et de ses caintaux.
Au point de vue économique les colonies, il est vrai, ne paieront peut-être jamai.s complètement en avantages matériels directs les sacrifices que leur fondation impose à la métropole, et les Etats européens ont dû finalement renoncer à la politique d’exploitation pratiquée par eux pendant plusiews siècles sous le nom de « pacte colonial ». Rien n’empêche cependant que le pays colonisateur, en compensation de ses sacrifices, ne prenne les mesures nécessaires poirr assurer à ses propres intérêts, sans toutefois compromettre les intérêts importants de ses colonies, des avantages supériem s à ceux qu’y pourront trouver les Etats étrangers. C’est là notamment une des faces de la protection commerciale*. Par la force même des choses d’ailleurs, et en raison de la communauté d’origine, les colonies sont appelées à constituer ]>our les capitaux et les produits du pays colonisateur des marchés privilégiés; et les courants commerciaux qui s’étal «lissent entre lU'Hropole et colonies, fortifiés au début x>ar le sentiment de l’unité nationale, persistent parfois sans changement notable alors que le lien politique a été rompu et que la
colonie s’est émancipée.
La colonisation ne va pas enfin sans une mission civilisatrice qui est. pour les grands Etats, raccomplissement d’un véritable devoir et à laquelle aucun d’eux n’aurait, semble-t-il, le droit de se soustraire, alors même que leur intérêt personnel bien enten.-lu ne les engagerait pas à b remplir.