‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 2 sur 55 · La définition L’expression économie politique est · texte numérisé non relu

La définition L’expression économie politique est

formée de mots grecs (oixoç, vop,oç, ttoXi?) et signifie Vart (V administrer la richesse dans les sociétés. Elle est toute autre chose que l’économie — laquelle, dans son sens le plus étroit, est une vertu privée consistant à ne dépenser son bien que dans la mesure strictement nécessaire — et que la politique, laquelle est l’art de gouverner les Etats. L’expression d’économie sociale est parfois regardée comme une variante d’économie politique, quoiqu’elle ait un sens un peu plus étendu; celle de science économique serait plus précise.

On a dit avec raison : L' économie politicpie est la philosophie de Vindustrie humaine; c’est là une vue élevée de la science économique plutôt qu’une définition.

L'économie pjoUtique est la science de l' utile ; V économie politique est la science de la richesse : définitions un peu trop brèves. L économie politique est la science de l'échange. ou la science des valeurs : définitions trop étroites. Adam

l’objet de l’économie politique ,5

Smith, en intitulant son ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, a donné une définition un peu plus étendue. On peut préférer la définition suivante, plus analytique et plus précise : /’économie politique est la science morale qui a pour objet l'étude des lois naturelles suivant lesquelles, dans l'état social, /’homme produit, répartit, échange et consomme la richesse, et même ajouter : eX\' étude des conséquences qui en. résultent pour le bien-être, quoique cette dernière partie appartienne à l’art plus qu’à la science.

«. La luéfhode. — L’économie politique, qui étudie les phénomènes relatifs à la richesse et qui en induit les lois de la richesse, est nécessairement une science d'observation.

Les sciences de ce genre se divisent en deux groupes ; sciences physiques et sciences morales. Les premières traitent de là nature, — l’homme considéré comme organisme vivant, fait partie de ce groupe. — Les secondes traitent de l’homme considéré comme être moral, c’est-à-dire comme être doué d intelligence, de volonté, de liberté, soit qu’on l’étudie en luimeme, soit qu’on l’étudie dans ses rapports avec ses semblables.

L économie politique est une science morale, puisque la richesse est le produit du travail, et de la volonté de l’homme.

Mais elle a parmi les sciences morales un rang particulier; car, ayant pour objet la richesse que Vhomme crée et con-^ somme, elle étudie à la fois le produit et le producteur, la matière et l’homme, et semble avoir un pied sur le domaine des sciences naturelles et l’autre sur le domaine des sciences morales. Cependant c’est à ce dernier qu’elle appartient, parce que l’ouvrier est supérieur à la matière qu’il façonne et parce que, l’homme, créant et consommant la richesse, est à a OIS e principe actif et la fin, dans Tœuvre économique.

L est ainsi que le droit est une science morale, quoiqu’il soit en partie consacré à régler la propriété, chose matérielle.

f.ette situation mixte a quelquefois nui à l’économie politique, les sciences naturelles lui reprochant de manquer du genre de précision auquel elles sont habituées, et les sciences mora es refusant de la reconnaître pour une de leurs sœurs, comme trop plongée dans la matière. Pour éviter ces erreurs,

INTRODUCTION

il suffit (le se rendre bien compte de sa véritable nature.

L'économie politique procède par V observation des faits relatifs à la richesse; elle néglige ce qui est particulier ou accidentel, et, des traits généraux qu’elle rassemble, elle tire ses lois.

L’art de rechercher et de rassembler les faits sociaux susceptibles de dénombrement, de les grouper, de les présenter dans un ordre méthodique, de calculer et comparer les rapports de quantité entre les groupes, s’appelle la Statistique, laquelle peut être définie l'étude numérüpæ des faits sociaux. Tous les faits sociaux qui intéressent la science économique ne sont pas de nature à faire l’objet d’une énumération statistique, et d’ailleurs cette énumération n’est pas nécessaire pour l’observation des faits les plus généraux de la science économique. Néanmoins la statistique constitue une étude indispensable pour la connaissance du mécanisme général des sociétés. Quoiqu’elle fournisse aussi des documents à d’autres branches (le nos connaissances, elle est surtout V auxiliaire el, pour beaucoup de questions, la lumière de Véconomie politique et elle peut être considérée en quelque sorte comme son préparateur ; mais elle ne peut être maniée elle-même, avec profit et sécurité, que par une personne déjà versée dans cette science, de même qu’une leçon de chimie ne saurait être préparée sans danger par une personne étrangère à la chimie.

Solidaire des autres sciences morales, ses voisines, l’économie politique emprunte à la Philosophie la connaissance des plus énergiques ressorts de l’activité humaine, et elle prouve, par ses propres résultats, leur efficacité; elle rej cherche uni(fuement l'utile, mais elle corrobore les pré-

î ceptes de la Morale, en démontrant expérimentalement que

l’utile, considéré dans l’ensemble des rapports sociaux, est conforme au/ws^eyelle examine Teflet que produisent sur la richesse les diverses législations, et elle trace au Droit certaines règles dont doivent s’inspirer les gouvernements ; elle puise des exemples et des enseignements dans V Histoire qui contient la longue suite des expériences d’organisation économique faites par les sociétés humaines et elle éclaire l’his-

l’objet de l’économie politique

lorien sur les lois qui résultent de ces expériences et sur les raisons de la prospérité ou de l’appauvrissement des nations; elle interroge également la Géographie à laquelle elle demande l’influence exercée par le sol et par le climat sur la production et le commerce, et à laquelle elle enseigne à rapporter les effets économiques à leurs causes.

T. L’Économie politique pure et l’économie politique

appliquée. — Une science est la connaissance de lois générales. Par sa nature, elle ne doit donc pas chercher à expliquer tous les détails de chaque cas particulier; elle ne saurait le faire, parce que la complexité de certains phénomènes en rend l’analyse trop difficile.

Aucune science n’est certes plus précise que les mathématiques, et il n’y a pas de loi naturelle qui soit plus universelle et plus simple que la gravitation. Et pourtant une même pierre qui tomberait d’une même hauteur, vers le centre de la terre, pourrait donner expérimentalement des résultats très différents; s’il vente, elle dévie; si elle est jetée du mât d’un navire en marche, elle suit le mouvement du navire; si, du haut d’une montagne, elle éprouve moins de résistance dans un air moins dense, et elle subit une attraction moins forte; si, d’un lieu voisin de l’équateur, elle est contrariée dans sa chute par la force centrifuge. Ces conditions accidentelles n’empêchent pas les savants de formuler très exactement les lois de la pesanteur.

Il ne faut pas, à plus forte raison, exiger qu’une science morale, telle que l’économie politique, rende compte de tous les faits si variés et si complexes qui peuvent naître du jeu de la liberté humaine et du choc des libertés individuelles dans les sociétés.

Quelques écrivains, à cause de cette difficulté, ont divisé la science économique en économie politique pure, laquelle ne renfermerait que les lois nécessaires et générales et mériterait seule le nom de science, et en économie politicpue appliquée, qui étudierait les applications variables du détail et l’intluence des lois humaines sur les lois naturelles scientifiques, et qui serait plutôt un art qu’une science.

Cette distinction, quelquefois commode, ne répond pas à

INTRODUCTION

la nature des choses; en réalilé, il ny a qu'une seule et même économie politique. Tout fait que l’on observe est une application, et partant un phénomène complexe sous lequel la loi est plus ou moins voilée. Les lois elles-mêmes que le savant formule ne sont pas toutes également universelles; il y a des lois particulières qui ne se produisent que dans certains cas déterminés; il y a aussi des exceptions considérables qui méritent d’être étudiées, quand on veut connaître la science de la richesse et il y a des applications très variables suivant les lieux, les sociétés, dont l’étude appartient à l’art autant qu’à la science économique.

Les lois fondamentales sont d’ailleurs en petit nombre et ne sont, en quelque sorte, que les données du bon sens, présentées sous une forme méthodique. C’est pourquoi certains esprits ont une tendance à les traiter légèrement, parce qu’ils croient les connaître déjà et n’avoir rien de nouveau à y apprendre. Qu’ils y prennent garde. C’est quelquefois pour ne pas posséder d’une manière assez forte et assez raisonnée les données du bon sens qu’on se laisse entraîner dans la vie aux plus graves erreurs.

8. Les ori;^ines. — Les faits économiques sont aussi anciens que la présence de l’homme sur la terre. Mais les hommes ont été longtemps avant d’en faire l’objet d’une étude particulière. Cependant, chez les Grecs, Aristote y avait songé et voulait déjà la nommer « science de la richesse ». Xénophon avait écrit des Economiques^ mais qui ne roulaient que sur l’économie domestique : l’esclavage était alors un obstacle à l’examen des lois naturelles de la production.

Au moyen âge, le commerce et la banque florissaient dans les républiques italiennes. Des Italiens traitèrent la question des monnaies et commencèrent ainsi l’étude de l’économie politique par une de ses branches importantes. Mais les faits économiques avaient encore trop peu d’importance dans la politique générale des nations pour que la science se constituât.

Au XVII® siècle, Colbert, appliqué à favoriser les manufactures et désireux de procurer à leurs ouvriers une nourriture à bon marché, avait gêné le commerce des grains. Pour

prouver le vice de ce système, Boisguillebert ^ ami et colla-

l’objet de l’économie politique

borateur de Vaiiban, écrivit; il aborda l’économie politique par un de ses principaux aspects, la liberté du commerce.

Au siècle suivant, à une époque où l’agriculture devenait en faveur, un médecin de la cour de Versailles, Quesnay, voulant pousser les grands seigneurs à s’occuper de leurs terres et le fisc à ménager les paysans, analysa le phénomène de la production et fonda la première école d’économistes français, dite école des physiocrates^ parce que cette école considère, par erreur, la terre (cputjtç, nature) comme ayant seule la puissance de produire la richesse. Turyot, esprit supérieur, qui, dans son trop court ministère, essaya d’appliquer des idées justes sur la liberté du travail, est le plus illustre de ses disciples.

Cependant, dans la Grande-Bretagne, où l’industrie manufacturière et le commerce étaient devenus très llorissants et où la liberté du travail était à peu près consacrée par l’usage, un professeur de^philosophie morale, Adam Smith, écrivait et publiait en 1776 le premier traité d’économie politique sous le titre de Recherches sur la nature et les causes de la 7'îchesse des nations. Connaissant la doctrine des phvsiocrates et instruit par le spectacle de l’activité qui se déployait sous ses yeux, il changea le fondement étroit sur lequel Quesnay avait placé la science, et, au lieu de la terre, il montra le travail comme étant la source principale de la richesse; au lieu de la nature, l’homme : il mérita ainsi d être appelé le père de V économie politique^ qui désormais prit rang parmi les sciences morales.

Ainsi, la science économique se constituait à l'époque même où les phénomènes économiques commençaient à prendre une grande importance dans la société.

Elle revint, transformée, d’Angleterre en France, quand la France eut été transformée par la Révolution et dotée de la liberté du travail. Elle fut cultivée par plusieurs savants, surtout par Jean-Baptiste Say, dont les écrits, peu goûtés sous l’Empire, commencèrent à être mieux compris durant la période pacifique de la Restauration, et qui, professant au Conservatoire des Arts-et-Métiers dans la première chaire ouverte en France à l’enseignement économique, donna un

INTRODUCTION

ordre didactique à l’exposition de cette science. Malthus Hicardo, plus tard John Stuart Mill en Angleterre Sismondi\ Mossi, Dunoyer, Michel Chevalier, Wolowski, Bastiat, Hippolyte Passy en France, Carey en Amérique,’ Mau en Allemagne, pour ne parler que des écrivains morts, ont contribué, au xix^ siècle, h étudier, à discuter les questions à mesure que les phénomènes, devenant plus nombreux, plus variés et plus importants dans la société contemporaine’ attiraient davantage leur attention, et, par là, à mieux éclairer

les problèmes de la science ou à améliorer ses méthodes d’exposition.

Aujourd’hui que les intérêts économiques ont pris un développement considérable et qu’ils occupent une grande place dans la politique, comme dans la société, l’économie politique est devenue non-seulement une science, mais une de celles dont l’étude est nécessaire.

RÉSUMÉS

L’économie politique est la science morale qui a pour objet l’étude des lois naturelles suivant lesquelles, dans Vétat social, l’homme produit, échange et consomme la richesse.

L’économie politique est une science d’observation. — La statistique est son auxiliaire.

La science économique s’est constituée à l’époque où les phénomènes économiques commençaient à prendre une grande importance dans la société. — Adam Smith peut être considéré comme le père de l’économie politique.

LES NOTIONS PRÉLIMINAIRES ET LA DÉFINITION H

LES NOTIONS PRÉLIMINAIRES ET LA DÉFINITION

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