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Les eomlitioiis t'onilanieiitales de la valeur.

loi de 1 offre et de la demande conduit directement à l’idée de la valeur, notion fondamentale en économie politique. Celte notion est tellement importante que certains auteurs

' ont prétendu, non sans exagération, il est vrai, que la science

' économique devait être définie la science des valeurs.

I 1° Il faut d’abord la distinguer de l’idée d’utilité. Ce qui t\

I n’a pas d’utilité a-t-il de la valeur? Evidemment non; /’uti- *

( . lité est la condition première et indispensable de la va-

I leur. Mais un objet vaut-il exactement dans la proportion

directe de l’ulililé qu’il renferme?

^ Eclaircissons la démonstration par quelques exemples.

Quoi de plus utile que l’air? Si, pendant quelques minutes seulement, il venait à nous manquer, nous péririons tous asphyxiés. Et cependant l’air nous enveloppe en si grande abondance que nous n’avons aucun effort à faire pour en remplir incessamment nos poumons; aussi n’a-t-il aucune valeur. Il en acquerrait une considérable, si des hommes étaient enfermés dans une cloche à plongeur et obligés de se procurer par de grands efforts cette substance vitale; il en a déjà dans certaines mines où il compte au nombre des frais généraux de l’exploitation.

Voici l’eau : elle est presque aussi nécessaire à la vie des hommes que l’air. Mais elle est abondante, quoiqu’elle ne soit pas, comme l’air, directement à portée de notre bouche. Pour l’amener jusque dans nos maisons, il faut faire au moins l’effort de la tirer du puits ou de la faire venir de la rivière; aussi a-t-elle en général une légère valeur, et cette valeur varie avec la somme d’efforts nécessaires pour se la procurer.

Voici du blé : c’est le fonds de la nourriture végétale des hommes; pourtant le blé vaut moins, poids pour poids, que le cuivre, métal qui est très utile sans doute, mais qui n’est pas indispensable à l’existence et qui vaut infiniment moins 'Ÿ que le diamant, simple objet de parure.

\ Donc, la valeur ne se mesure pas exclusivement à t uti-

lité, si, par utilité des choses, on entend l’importance qu’ont les choses relativement à la conservation et à l’entretion de l’espèce humaine. Car si, avec certains économistes, on entendait par utilité l’utilité subjective des choses, c’est-à-dire le prix que nous sommes disposés à en donner, les expressions d’utilité et de valeur seraient bien près de se confondre.

^70 la circulation

Les premiers économistes faisaient la même distinction en disant que les choses avaient deux sortes de valeurs : valeur en usage, c’est-à-dire utilité considérée par rapport à l’usage personnel, et valeur en échange, c’est-à-dire puissance de s’échanger contre une ou plus ou moins grande quantité d’autres produits. C’est dans ce dernier sens seulement que nous prenons le mot de valeur, exprimant l’autre idée par le mot d’utilité, afin d’éviter la confusion.

2“ La valeur est-elle fondée sur la rareté ? Assurément elle a encore avec cette qualité d’intimes rapports. Pourquoi l’air n’a-t-il aucune valeur? Parce qu’il est très abondant. Pourquoi l’eau a-t-elle peu de valeur? Parce qu’elle est abondante. Pourquoi le diamant a-t-il une très grande valeur? Parce qu’il est très rare. Pourquoi le blé vaut-il sur le marché moins quand la récolte est bonne, plus quand la récolte est mauvaise, sans que sa qualité et que sa puissance d’alimentation aient en rien changé? Uniquement parce qu’il est abondant ou rare. Il en est ainsi de toutes les marchandises qui ont un cours.

Mais, du moins, pour que la rareté agisse sur la valeur, il faut que cette demande existe. Tel a en sa possession un mouton qui a six pattes ou du moins l’apparence de six pattes. Rien de plus rare que cette monstruosité; mais qui s’en soucie? Ce mouton n’acquerra pas pour cela une grande valeur; il sera bon tout au plus à être montré dans quelque foire de campagne. Supposez qu’un jardinier soit parvenu à produire le fameux dahlia bleu que les amateurs ont longtemps et vainement cherché. Gomme les horticulteurs s’en préoccupent et qu’il est unique en son genre, il aura une assez grande valeur. Si le jardinier avait produit un coquelicot bleu, — ce dont personne ne s’inquiète, — - ce coquelicot, tout aussi rare que le dahlia, aurait sans doute très peu de valeur. Ce n’est donc pas la rareté absolue d’une chose qui en détermine précisément la valeur, puisqu’il faut tenir compte non seulement de l’offre, mais aussi de la demande. Toutefois, on peut dire que, sans rareté, il n'y a pas de valeur, et que, lorsqu'une marchandise est demandée, sa valeur s'accroît avec sa rareté.

l’échange et la valeur 171

La valeur est-elle fondée sur le travail? Sans doute c’est parce qu’il a fallu quelque travail pour se procurer j l’eau qu’elle a quelque valeur; c’est parce qu’il a fallu beau-

' coup de travail pour l’extraire de la mine que le diamant a

^ beaucoup de valeur. La valeur a des points de contact nom-

breux avec la notion de travail. Cependant elle ne se con- I fond pas avec elle et l’idée de travail n’est pas elle-même

) assez simple pour fournir à la notion de valeur une base

suffisamment fixe; nous avons déjà expliqué comment le travail lui-même valait, non par l’effort fait, mais par le résultat obtenu, par l’utilité créée. En effet, dans un placer de Californie, un mineur trouve une grosse pétite d’or dès les premiers coups-de pioche. Vaut-elle moins que le lingot de même poids que plusieurs de ses voisins ont obtenu en lavant pendant tout un mois les sables de leur concession?

Si tous les mineurs étaient tous les jours aussi heureux, l’or vaudrait assurément beaucoup moins. L’air n’a pas de valeur, parce qu’il ne faut faire aucun travail pour en avoir. On peut donc dire : Saiis travail, pas de valeur.

On peut dire plus encore. Sous le régime de la libre con- ' currence chacun, pour attirer à lui la clientèle, cherche à

offrir son produit au meilleur marché qu’il lui est possible : de là, une tendance des prix à descendre à leur niveau le plus bas. Quelle sera la limite extrême de cette baisse? Ce sera le prix de revient de la marchandise, ou cotd de production, lequel se compose de travail et de capital dépensés; car la valeur ne saurait tomber au-dessous de ce niveau et y rester sans qu’il y ait perte pour le producteur, parlant appauvrissement et bientôt cessation de production. Voilà comment, dans l’état nornal, le coût de pjroduction est la ' limite inférieure de la valeur des choses.

Utilité, rareté, travail sont les conditions fondamentales de la valeur; mais aucune n’explique complètement la valeur. C’est que la valeur a sa nature propre ; elle naît au moment même de l’échange et elle résulte des conditions mômes de chaque échange. Quand Pierre et Paul s’entendaient pour échanger douze soles contre un lièvre, que valait le lièvre? Douze soles. Que valait la sole? IJn douzième de

LA CIRCULATION

lièvre. Peut-être le lendemain, le chasseur, plus amplement approvisionné, a-t-il cédé un lièvre pour neuf soles? Le lièvre a valu alors neuf soles et la sole un neuvième de lièvre. Tout échange suppose un débat, chacune des parties contractantes désirant avoir plus pour moins ; le point où s’établit 1 accord entre les deux prétentions contraires est à ce moment la valeur de la marchandise. Ce point d’ailleurs est essentiellement mobile; dans un débat subséquent entre d autres parties, il peut se trouver en deçà ou au delà. La valeur doit donc être définie le rapport de quantité qui s établit par l'échange entre deux produits ou services.

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