COMMERCE INTERNATIONAL. STATISTIOEES ET FAITS
Mais il ne faut pas (jiie ce vieil et d’ailleurs salutaire esprit de lutte commerciale masque ce que les éclianges internationaux représentent d’intérêts communs. Le gain de l’un n’y est pas fait de la perte des autres; des échanges largement développés entre les pcui)les, c’est pour tous un accroissement de richesse et de bien-être; le commerce entre eux ne pourrait décroître ou seulement cesser de grandir sans un commun dommage.
On a souvent cherché à coinjiaier l’importance numérique du commeice international et celle du commerce qui se fait à l’intérieiu du juiys; on se demande si chez tel peuple, en France par
exemple, le commerce extérieur est plus grand ou moins grand que le commerce intérieur. Au point de vue statistique, la question ne peut pas recevoir de réponse bien précise, parce que, si nous avons d’assez bonnes données statistiques sur le commerce inteinational, nous n’en avons que de tout à fait incomplètes et fragmentaires sur le commerce intérieur. Mais il y a plus : la question est mal posée; le commerce extérieur et le commerce intérieur ne sont pas exactement comparables. Les statistiques du commei'ce extérieur ne saisissent la marchandise qu’à un point du ti'ajet qu’elle accomplit, au moment où elle passe la frontière pour entrer ou pour sortir. S’il y avait des statisti(iues du commerce intérieur, elles devraient compter tous les actes d’échange dont une marcliandise est l’objet, depuis le début de la production jusqu’à la consommation définitive, suivre la marchandise de sa naissance à sa mort économique. D’ailleurs les mai'cbandi.ses exportées, avant de figurer dans les comj)lages du commerce extérieur, ont commencé par être l’objet d’échanges qui devraient figurer dans le commerce intérieur, et cela arrive à la
marciiamlise étrangère apres qu elle a été importée; en fait, commerce extérieur et commerce intérieur sont donc entremêlés.
La véritable
question à poser doit l’être sur le terrain de la
production, non sur celui de l’échange. En voici les termes ; dans la production totale d’un pays, rouelle est la fraction qui est affectée à sa pro])ie consommation et quelle est celle qui, contre une prestation équivalente, va à la consommation des autres pays ? L’exportation représente la part de la production nationale qui sert à satisfaire les besoins des autres pays, et l’importation la
part des productions étrangères qui besoins; dans quelle mesure notre à nos propres besoins, dans quelle
sert à satisfaire nos propres production est-elle appliquée mesure ceux-ci sont-ils satis-
faits par la production étrangère .» Les statistiques ne permettent qu’e.xceptionnellement, pour certaines catégories de produits tels
♦ rSi
i RELATIONS ÉCONOMIQUES INTERNVTIONALES
qiio lt> 1p vin, la hoiiillo, la fonte, l’aeier, de répondre à cette question avc(‘ une précision suffisante; la réponse, d’ailleurs, varierait heancou]) selon les pays el selon les produits. D’une façon ”énérale, il esl certain, quelle que soit l’ampleur des échanges internai ionaiix, que cha(iue économie nalionale travaille plus pour la satisfaction de ses propres besoins ipie iiour l’exportation; la division du travail entre les peuples n’est pas encore poussée au point que, pour l’ensemble des produits, ils déjjcndraient plus de l'étranger (jue d'eux-mènies.
Toutefois, cela n’est pas vrai jiour tous les pays, ni surtout jioui' toutes les catégorit's de pi'oduits. l‘ar exemple, la Grande- Hretagne importe la ])lus grande, partie des denrées alimentaires (jii'elle consomme; à l’inverse, il y a quebpies-unes de ses industri('s (pii jiroduisent plus pour l’exportation que pour le marché national; c’i'st le cas, notamment, de son industrie cotonnière. Le Hrésil exjiorte la majeure partie de sa production de café; l’Afriipic du Sud exporte jiresipie toute sa jiroduction de diamant et d'or.
[SexanuMi comparé des statistiques commerciales met en lumièi(‘, jiour chaipie jiays, l’écart entre les importations et les t'xpoi tâtions. Il y a des pays où les exportations dépassent les importations, d’autres où c’est l’inverse, et le sens de 1 écart, sinon sa grandeur, t'st, pour cha((ue. ]iays, un phénomène duralili'. Gertains jiays ont régulièrement, depuis longtemps, sauf la venu(“ de eirconstances accidentidles, un excédent d’importations, et d’autres ont un excédent d’exiiortations; cela forme deux catégorii's tranchées. Par exemjile, dans les dernieres années avant la guerri', la Grandi'-llretagne, la France, l’Allemagne, les Pays-bas, la Helgiipie, la Suisse, avaient un excédent habituel d’importations; les Etats-Unis, la Russie, l’Argentine, les Indes anglaises, l’Australie, avaient un excédent habituel d’exportations. La France, en 1924 et 1923, a eu des excédents d’exportations.
L’excédent habituel soit des importations, soit des exportations, l'st une résultante; la structure el le fonctionnement de ( batpie économie nalionale ont pour effet de la ranger dans l’une ou l’autre catégorii*. Pendant bien longtemps, cela a été une doctrine très l'éjmndue qm* de juger la situation économique d’un jifuqde d’ajirès l’état de la balance commerciale; il y a encore des gens qui croient qu’un pays se ruine quand il achète à l’étranger plus de marchandises qu’il ne lui en vend; l’énumération
Luzi:
COMMERCE INTERNATIONAL. STATISTIQUES ET FAITS i>
à calmer les craintes de celte sorte, car il est constant que, dans les années qui ont jirécédé la guerre de 1914, ni la Grande-Rretagne, ni la France, ni l’Allemagne, ni les autia's pays cités dans la même catégoiie. n’étaient en train de se luiner. Ce qui importe, ce n’est pas la balance di's opérations commerciales, c’est la balance générale des coinjites entre nations, dont la balance commerciale n’est qu’un élément Un excédent d’importations n’est pas du tout le sympti'une d’un mauvais état économiipie; il est <'hos(' normale et même nécessaire dans un vieux el riche pays (]ui a des capitaux jilacés au di'hors.
Il y a certainement des cas où les excédents d’importations sont un jihénomène inquiétant, jiarce qu’ils expriment le déséquilibre de l’économie nationale, Par exemple, les excédents d’imjiorialions ((ue la statistique commerciale constate en France entre 1915 et 192(1 étaient une chose anormale et dangereuse, un état
jiathologique déterminé jmr la guerre. Mais ce n’est pas en ])ériodf de guerre qu’il faut se placer jiour apjirécier la signification et les conséipiences ordinaires d’nn jdiénomène économique.
A l’inverse, des excédents d’i'xporlations ne sont pas nécessairi'inenl un signe de lichessiu Ils expriment le plus souvent le fait que le pays exportateur est, vis-à-vis de l’étranger, en situation de débiteur : c'est pour payer ses dettes qu’il exporte; il travaille et produit pour ses créanciers. La France de 1924 et de 1925 est moins jirosjière que celle de 1915, et pourtant elle a eu, ces deux années-là, un excédent d’exportations, alors (pie la Fran-'e de 1913 avait nn excédent d’imiiortations.
5i 2. — La statistique du commerce international.
Tous les Etats publient des statistiipies de leur commerce avec l’étranger; ces statistiques fournissent des données sur la nature, la ipiantité et la valeur des marchandises t'xjiortées et inqiortées, ainsi que sur leur jirovenance ou destination.
En France, nous avons deux documents publiés ])ar l’Administration des Douanes : les Dociininits shttistiqties xur le commerce (le In France, luiblication mensuelle, et le Tableau néuéntl du CQuuneree. et de la uaeuiafioti, jniblicalion annuelle. Jusqu’en 189t), l’Administration des Douanes publiait aussi un tableau décennal qui résumait les donnét's essentielles de la période écoulée.
Avant 1914, le ministère du Commerce piddiait les rapports an-
(!) Infra, in''‘mr iivru, uhrip. vi.
miels (le la Commission iiermaneiile des valeurs de douane, qui étaienl une source abondante de renseignements sur la production et le commerce de la France; celte publication, suspendue pendant la guerre, a été reprise en 1924.
Les jirincipales données fournies par les Documents statistiques et par le Tableau général sont les suivantes :
1" La nature des produits importés et exportés. Les marchandises sont réparties sous trois rubriques fondamentales : olijets d’alimentation, matières nécessaires à l’industrie, objets fabriqués;
2" i.es (juantités importées et les quantités exportées, par catégories de produits;
d" Les pays de lu'ovenance et les pays de destination, ce (iiii permet de déterminer la répartition géographique de notre commerce extéi'ieur;
l-* La valeur des produits, ce qui permet de résumer en un chiffre global les 'importations et les expo'dations.
Les données relatives à la nature et à la quantité des produits ont pour base les déclarations exigées des importateurs ou exportateurs et contièlées par le service de la douane. On peut les considérer comme étant d’une exactitude suffisante, surtout pour l’importation. Les données relatives à la provenance et à la destination des marchandises ont également pour base les déclarations des importateurs ou exportateurs, mais elles sont loin de présenter les mêmes garanties d’exactitude. Pour ce qui est des pays de destination, l’exportateur se borne le plus souvent à mentionner le pays de destination immédiate au lieu du pays de destination finale. Par exemple, une marchandise expédiée par la frontière belge aux Pays-Ras sera comptée dans la statistique commerciale comme vendue à la Belgique. De même, il n’est pas toujours sur fpie la provenance indiquée pour les marchandises importées soit la i)rovenance Initiale.
Pour ce (|ui est des valeurs, deux systimies sont possibles et, selon les pays, c’est tantôt l’un et tantôt l’autre ejui est employé. La statistique des valeurs peut avoir comme base les déclarations exigées des inqmrtateurs ou exportateurs, ou bien l’évaluation peut être faite par une commission officielle d’experts.
En France, c’est le second système qui a été longtemps le seul appliqué. Le premier tableau des évaluations a été dressé en 1826 et les valeurs ainsi fixé(*s n’ont pas été modifiées jusqu’en 1847. Depuis cette date, la Commission permanente des valeurs de douane est chargée de déterminer chaque année la valeur des