‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 136 sur 209 · MOUVEMENT INTERNATIONAL DES CAPITAUX · texte numérisé non relu

MOUVEMENT INTERNATIONAL DES CAPITAUX

Pour des pays prêteurs, comment la question se pose-t-elle ? Dans la mesure où la sortie des capitaux est provoquée par les craintes que donne la politique intérieure, elle est évidemment un phénomène fâcheux au point de vue économique, mais elle n’est que le s\nnptôrne d’un mal qu’il n’appartient pas aux économistes de guérir. C’est affaire aux pouvoirs publics ‘d’inspirer confiance, de comprendre que la menace et la violence ne sont pas les meilleurs moyens de gouvernement, de maintenir un état de choses favorable au développement des entrejirises et à l’emploi .sur place du capital national. Mais la plupart du temps, ce sont des causes économiques qui provoquent la sortie des capitaux; les capitaux recherchent les placements extérieurs parce que ces placements sont plus avantageux. Chose curieuse : l’exportation des marchandises est tenue i)our désirable; on y voit un signe de bonne santé économi(|ue, l’affirmation de la force d’e.xpansion du pays; au contraire l’exportation des capitaux est considérée par nombre de gens comme une sorte de larcin fait à l’économie nationale. f)u moins était-ce un état d’esjtrit assez répandu en France avant la guerre. La France était alors un des grands jmys prêteurs, et nombre de gens, chez nous, eu prenaient ombrage et inquiétude. Cet état d’esprit est assez difficile à comprendre. Tandis (|u’on se réjouit de voir sortir le blé, l’acier, les tissus de coton et de laine, bref les lichesses produites dans le pays, même lorsque ce sont les choses le plus utiles ou nécessaires à la vie, il semble que, si les capitaux sortent, c’est une calamité imblique. Cependant, dans les deux cas, c’est de la richesse nationale qui va à l’étranger. On s’en réjouit quand il s’agit de marchandises parce que les marchandises sont payées par l’étranger. En serait-il autrement pour les capitaux .ï Les capitalistes auraient-ils l’habitude de faire cadeau à l’étranger de leur argent ? Ils se font payer en intérêts et dividendes, et c’est même parce que l’étranger paie un bon prix que les cajiitaux font le voyage. Si l’économie nationale gagne à l’exportation des marchandises, elle gagne aussi, semble-t-il, à celle des capitaux.

Voici la crainte qu’expriment les adversaires de l’exportation des capitaux. Si les capitaux vont à l’étianger, il n’en restera pas assez pour la production nationale. On lient réiiondre que cette crainte est peu justifiable, car un pays n’est exportateur de capitau.x que s’il en a plus que les autres; si dans les pays exportateurs les capitaux étaient rares, eu égard aux emplois possibles, l’intérêt y serait élevé et les capitaux y resteraient. En fait, peuton ajouter, et sauf le cas où les circonstances politiques indui-

HEF.ATIONS ÉCONOMIQUES INTERNATIONALES

raient les capitalistes en défiance contre les placements nationaux, il faut une différence sensible de taux d’intérêt, pour qu’ils leur préfèrent les placements étrangers; ainsi les entreprises nationales gardent encore un avantage au point de vue de la charge qui leur incombe; il est certain notamment que, avant la guerre, les entrelirises françaises trouvaient sur notre marché de l’argent à meilleur conqite que celles des pays où nous envoyions nos capitaux.

Il y a ce])endant quelque chose de fondé dans les craintes «iu’inspii'(‘ l’expatriation des capitaux : cette expatriation est dans certains cas le symptôme d’un affaiblissement de l’esprit d’entreprise. In pays qui a perdu son ardeur au travail, mais qui reste fort d'une ancienne richesse, emploiera ses capitaux à financer les Klats etrangers ou les entreprises étrangères; il prendra la situation de rentier du monde. Situation qui n’est pas sans charme et sans jtrofit, mais qui le conduira, si elle dure, du premier rang au second et bientôt au troisième. 11 y avait peut-être un peu de cela dans la mentalité et les habitudes de la France avant la guene. Mais lorsque l’expatriation des capitaux a cette signification, ce n’est pas elle qui est le mal, elle n’en est qu’un des symjttômes. Les personnes qui en pareil cas proposent de guérir le mal en instituant des mesures de contrainte contre l’expatriation lies capitau.x sont des empiriques qui ne savent pas remonter aux causes.

Lue autre considération a été formulée contre l’exportation des capitaux. On a dit qu’il était imprudent de fournir à des pays apjielés à devenir nos concurrents des armes économiques dont ils se serviront contre nous. Si nous fournissons des capitaux aux ])ays neufs ou en voie dé rajeunissement, ils vont s’équiper, se j)asser de nous, et leurs industries combattront les nôtres. Mais un jtays qui offre des chances de développement trouve toujours, un ]ieii ])lus ou un peu moins tôt, à un prix un peu plus haut ou un peu ])lus bas, les capitaux dont il a besoin; mieux vaut iivoir le bénéfice de l’opération de prêt que de le laisser à d’autres. It’ailleurs, c’est une vue bien étroite ({ue de croire qu’un vieux jiays riche aurait intérêt à laisser dans l’enfance économique et la pauvi'elé les jeunes pays qui s’adressent à lui; un pays devenu radie à son tour est jieut-être, sur certains points, un rival, mais

c e>t aussi un client qui achète plus jiarce que ses ressources sont plus grandes.

,'^auf le cas où la pratique des placements étrangers est la conséquence d’inquiétudes politiques ou d’une défaillance de l’esprit d’entreprise, elle est un phénomène normal dont non seulement il

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