‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 140 sur 209 · ENTRE PAYS A .MONNAIE STARLE · texte numérisé non relu

ENTRE PAYS A .MONNAIE STARLE

§ 1. — Causes des variations du change.

Le cours du change est le prix auquel sont cotés les effets sur l'étranger ; le cours du change sur Londres à Paris est le prix, en francs, de la livre sterling. Le cours du change est un phénomène très important, à la fois comme effet et comme cause. En tant qu’effet, il exprime l’état de la balance des comptes, s’élevant quand le pays considéré est plus débiteur que créancier, s'abaissant quand il est plus créancier que délnteur. 11 e.xprime aussi l’état de la circulation monétaire et la valeur de la monnaie nationale. En tant que cause, il agit sur le taux de l’escompte, sur les entrées et les sorties soit des marchandises, soit de l’or, sur les jirix et, d’une façon générale, sur toute la vie économique du pays.

BALA.NCE DES COMPTES ET CHANGE INTERNATIO.NAL

Nous allons étudier d’abord le cours du change dans les rapports entre deux ou jilusieurs pays qui ont des monnaies stables; les monnaies étant stables, par hypothèse, les rapports entre les valeurs des différentes monnaies le sont aussi. Cette hypothèse est réalisée (juand les pays considérés sont au régime de l’étalon d’or (“t de la libre circulation de l’or, de telle sorte que l’acheteur il'un effet sur l’étranger, le payant en or sur sa place, acquiert le droit à un paiement en or sur la place étrangère. C’était, avant la guerre, un cas fréquent et considéré comme normal dans les lapports entre pays à situation économique bien assise; c’était le cas, notamment, dans les rapports entie la (Irande-Itretagne, les Etatsl'nis, l’Allemagne, la France, la Belgique. Un effet de 1.000 francs sur Paris était, en fait, avant la guerre, jiayable en or, bien que le débiteur eût aussi le droit de payer en argent et (jue la Banque de l’>ance jn'it rembourser en argent ses billets. La circulation de l’or était, en Fiance, libre et facile, et les ])aiements y étaient obtenus en or. Par conséipient, l’opération de change entre deux places loninie Lomlres et Paris, celle-ci, en fait, payant en or, celle-là y étant légalement obligée, consistait dans l’ikdiange d’un poids déteiiuiné d’or jiayé sur l’une contre le même poids d’or payabh' sur l’autre. .laniues, de Paris, achetait sur cette jtlace et payait en or un chè(|ue ou une hdtre de change siii' Londres, jiayable en or sur celle jilace.

lue situation analogue existait dans les relations eiitn* pays à monnaie d’or et jiays à monnaie d’argent, à ré|)oque où il y avait, entre ct*s deux monnaies, un lapporl de valeur pratiquement stalile. Liifin, l’hypothèse de la stabilité monétaire peut encore se trouver réalisée sans (|u’il soit nécessaire de sujijioser une circulation d'or à l’intérieur des jiays considérés : il suffit qu’a l’interieur il y ail des billets en relation statde avec l’or et que les personnes qui ont besoin d’or pour les j)aiemenls extérieurs aient la cmlilude d’en trouver (régime de l’étalon d’or de change).

Nous raisonnerons sur 1 hypothèse de deux pays à circulation intérieui'e d’or, (i’est l’hypothèse la jilus simple : elle permet de dégager les jirincijies généraux ilu < hange et de mieux comprendre ensuite les étals anormaux produits par la circulation de monnaies dé|U‘écié('s. Sujiposons donc la France et l’Angleterre revenues à la situation monétaire d’avant la guerre, et voyons comment le change joue entre les deux places.

Le même poids d’or est, dans l’opération de change, exprimé

relations Économiques internationales

en deux dénoniinalions monétaires, en monnaie française et en monnaie anglaise si nous raisonnons sur les places de Paris et de tmndres. Soit un effet de 1 i:; le poids d’or fin contemr dans 1 t est de 7 gr. 322d, et ce poids d’or exprimé en monnaie française donne 23 fr. 221. Donc 1£ et 23 fr. 221 sont deux expressions monétaires du même poids d’or. Quand, sur la jdace de Paris, un effet de 1 JC sur Londres vaut 23 fr. 221, on dit que le

change est au pair; le pair d’une monnaie A par rapport a une autre monnaie B, c’est la valeur exprimée en unités de B du poids de métal fin contenu dans A; le change d’une place sur une autre est au pair quand il est coté au prix ainsi déterminé (J ).

Le cours du change oscille autour du pair, tantôt il le dépasse et tantôt il reste au-dessous. Quels sont les faits qui déterminent

ces oscillations du change?

1a‘ fait qui s’offre tout d’alrord à l’esprit est le rapiMut variable des offres aux demandes. Le papier sur l’étranger est une marchandise (pii a des vendeurs et des acbeteurs. Le groupe vendeur.

n bis) roui- la (l(H('niiiiiation du pair, on cousidèir le poids du métal fin «lue les monnaies doivent légalement contenir. En fait, comme les monnaies ne contiennent pas' toujours les quantités de métal fin fixées par la loi (tolérance de fabrication, frai des pièces), les échanges de monnaies se^ font d'après les poids réels. Voici le pair des principales monnaies étrangères par rapport à la monnaie française, eu se plaçant dans l’hypothèse du franc-or :

Allemagne, 1 mark = 1 fr. 234; .\ngleterre, 1 livre = 2ü fr. 221; Argentine, I pcs'o = ü francs; Autriche, 1 schilling = 0 fr. 73; Urésil. I milreis = 2 fr. 832;

Chili, 1 ]M'so = 0 fr. 03;

Egyjde, 1 livre = 2o fr. (118; l’éixiu, 1 livre = 2o fr. 221; Portugal, 1 écu = i) fr. tiO;

Et. Scandinaves, 1 cour. = 1 fr. 389;

Etats l'nis, 1 dollar = o fr. 1823; Hongrie, 1 pengo = 0 fr. 91;

Inde .Vnglaise, 1 roupie = 1 fr. GS.

.lapon, 1 yen = 2 fr. 38;

.Mexique, I jiiastre = 2 fr. .38; Pays-Bas, 1 florin = 2 fr. 033; Turquie, 1 livre = 22 fr. 784; Eruguay, I peso = 3 fr. 30.

Tnion soviét., 1 tchervonetz = 20 fr. 07.

>0X4. >e ligurent pas dans la liste précédente : 1“ L’Italie, la Suisse et la Grèce (lui, depuis la convention du 23 décembre 1803, ont la même unité monétaire que la France, la lire italienne et la drachme grecque étant identiiiues au franc; 2“ Plusieurs autres pays qui, sans faire partie de rUnion latine, ont une monnaie de compte équivalant au franc; tels sont : la peseta en Espagne; le leu en Roumanie; le dinar en Yougoslavie; le zloty en Pologne. La Belgique avait jusqu’ici le même système inonétaire (iue la France. Elle vient (octobre 1920) d’instituer une monnaie de compte, le belga, équivalente à 72,03 centimes-or. Le belga est seul coté en vue du change, mais la monnaie en circulation reste le franc, qui vaut le 1/3® du belga, soit 14,41 centimes-or.

BAL.-VXCE DES COMF'TES ET CHANGE IXTERN ATIONAC

f’est lo groupe qui a conlre les ])laces élrangt'res des créances à court teriuo et négociables : vendeurs de inarebandises (fu de valeurs mobilières, porteurs de coupons, etc.; le groiqu* acheteur, ce sont les débiteurs envers les places étrangères. Comme pour les autres inarebandises, le rapport des offres aux demandes est sujet à varier incessamment. I.e change au pair exprime Légalité des offres et des demandes; les créances et les dettes envers les places étrangères s’équililirent. Mais s il y a plus de créances que de dettes, la conctirrence des vendeurs les conduit a aliaisser leurs prétentions, et le cours du change descend au-dessous du pair; le cours du Londres à Paris sera, par exemple, de 2.3 fr. 18, alors que le pair est de 23 fr. 22. A l’inverse, s’il y a plus de dettes que de créances, d’acheteurs de change que de vendeurs, le cours du change s’élèvera; le cours du Londres sera par exemple de

23 fr. 3U («).

Il faut d’ailleurs lirendre garde que le rajtport des offres aux demandes ne s’étahlil pas entre la place considérée et séjiarément chacune des autres jdaces avec qui elle est en relations. Les opérations de change indirect ont pour résultat la solidarité des divnrses places, et c’est le total des offres et le total des demandes qui s’affrontent.

Le rajtporl des offres au.x demandes n est pas le seul lait (jui détermine les variations des cours du change. Il y en a encore d’autres, d’inégale importance.

f.a cause la plus imjiortante des variations du change, en dehors de l’état des offres et des demandes, c’est le taux conqiaré de l’intérêt pour les placements à court terme sur les deux places considérées. Le papier de change n’est [ms seulement un moyen de transférer des capitaux d’une jdace à une autre, c’est aussi un ldac(‘ment; l'acheteur d’une lettre de change jiayahlc dans cin- (iuante jours, par e.xemple, la paie au cours coté, sous déduction de l’escompte pour le délai à courir, escompte calculé au tau.x de la place de paiement; il fait un placement portant intérêt. Les effets jiayahles sur les places oîi le taux est éleve sont donc particulièrement recherchés, et c’t'st une cause de hausse du change; si le taux de l’escompte vient à baisser, c'est une cause de Itaisse du change.

(8) Sur places qui (ioinuMil le cer/aùi, le sens tlu niouvenienl est renversé : l'excès des offres se Iradait par la hausse du change, et l'excès des demandes pai'* la baisse. Londres cotant le Paris’ en francs, si le Paris est à fr. 30, cela signifie que pour 1 X. on obtient fr. 30, donc que les vendeurs de change sont en surnombre et se font concuiTence; si le franc est à 25 fr. 15, c’est au contraire que le papier sur Paris est rare.

II faiil encore mentionner l’acUon qu’exerce sur les cours l’état ^'énéral des affaires et du crédit sur les deux places. Lne panique financière sur la place créancière peut, par exemple, déterminer les porteurs d’effets à les vendre à n’importe quel prix, même bien au-dessous <lu jiair, pour se faire des ressources immédiates. Si l’élal du crédit est médiocre sur la place débitrice, le papier liay:d)le sur cette place sera moins rechercbé, et le jiapier long subira celle influence de baisse plus que le papier court, le risque couru par le porteur étant plus grand à l’égard d’un paiement différé que d’un paiement actuel ou très proche '”*)• H y a '^^ns la cote du change, comme dans la cote des valeurs mobilières en bourse, et comme dans toute, détermination de prix, un élément psychologique : la cote reflète toutes les flmduations de la confiance des pavs étrangers dans l’état politique et économiiiue du pays débiteur.

L’amplitude des variations ilu change, dans les pays a étalon • l’or et libre circulation d’or, est nécessairement limitée. La fonction essentielle du change est d’ojiérer un transfert de capitaux d'une place à une autre sans transport de métal. Si les écarts du cours jiar rapiiort au jiair sont grands, il est, à partir d’un certain ])oinl, plus avantageux d’envoyer ou de faire venir du mêlai que d’acheter ou de vendre du change, de sorte qu’il y a un niveau, en hausse ou en baisse, qui ne peut pas être dépassé. Le vendeur de change, qui ne pourrait vendre ses créances de change qu’avec une ]ierte supérieure aux frais de lrans}tort du métal, aura avantage à faire venir du métal; et de même le débiteur qui, ayant une lemise à faire à Londres et cherchant du Londres sur la place de Paris, n’en trouve qu’à un prix qui rend l’opération plus coûteuse ([ue l’inivoi du métal, préférera ce mode de paiement. Il y a ainsi, dans les oscillations- du change autour du pair, une double limite, inférieure ou supérieure, au delà de quoi l’opération de ••hange cesse d’être avantageuse : ce sont les points d’or (goldpcin/). iioini d’entrée de l’or qui limite la baisse du change, et point de sortie qui limite la hausse (“). L’usage s’est établi d’ap-

(8 bis) Ou couîîulèrc à Paris couimo papier court celui qui a moins trente jours à courir avant l’cVhéance; le sens <ie ces expressions de papier court et df paiûer Ion? est très clair, mais la ligne de partage peut n’ôtre pas cxaclemcnt la même sur toutes les places.

00 En réalité, ni le gold-point d'entré^e, ni le gold-point de sortie ne sont, entre deux jdaces, rigoureusement fixes. Il y a d’ailleurs des cas où le change Iiourrait aller an delà du point d’or (exemple cité par Goschen, op. cU., chap. iv); au surplus, dans une crise comme celle qa’a déterminée la guerre de 1914, il n’y a plus de points d’or (voir iniray meme chap., sect. !v.

B.ALANCE DES COMPTES ET CHANGE INTERNATIONAL -9i

peler change favorable le change au-dessous du pair, et change défavorable le change au-dessus du pair. Peut-être y a-t-il dans ces expressions un écho des vieilles doctrines mercantilistes, puisque le change en baisse fait présager des importations d’or, et le changé en hausse des exportations d’or. Mais l’expression s’exjiliqiie plus simplement, sans aucune préoccupation doctrinale, par les répercussions que les entrées et sorties d’or, ou simplement l’imminence de ces entrées ou sorties, peuvent exercer sur la situation bancaire et boursière de la place, et par suite sur tout le mouvement des affaires. Ceci se rattache à la politique d escompte suivie par les banques et liée aux oscillations du change.

g 2. — Les conséquences des variations du change. La politique

d’escompte et les autres mesures régulatrices du change.

La hausse du change, à mesure que le cours approche du goldpoint de sortie, est une menace pour l’encaisse métallique des banques; les. banques ont sujet de craindre que bientôt des quantités importantes d’or leur soient demandées pour les paiements à l’étranger ('®). La menace est redoutable surtout pour les grandes banques d’émission qui sont devenues, c’est une de leurs fonctions essentielles, les gardiennes du stock métallique national; c’est a elles que s’adressent les autres banques quand elles ont ellesmêmes besoin de fortifier ou de reconstituer leur encaisse. Le moyen le plus efficace de défendre l’encaisse, c’est la hausse du taux de l’escompte, et c’est là une iiolitique tout à fait entrée dans la iiratique bancaire depuis la seconde moitié du xix*^ siècle. 11 est d’ailleurs naturel que le taux de l’escompte, qui est le loyer payé pour l’iLsage des capitaux disponibles affectés au crédit à court terme, s’élève quand ces capitaux sont plus rares et plus demandés : les lianques qui, en pareil cas, cherchent à empêcher la hausse du taux de l’escompte, vont à l’encontre de ce qui est le mouvement naturel des faits économiques. La hausse du taux de l’escompte a pour corollaire, nous le savons, la hausse du taux

^ .3). Dès avaiil la guerre, depuis le début du xx® siècle, rextrèiuc. ardeur de la lutte pour l’or avait rendu les' envois d’or de plus en plus ditliciles et les indications du change à cet egard n’avaient plus la même silreté qu’auparavant. Consulter François, Le change étranger {Revue d’écononiie poli-

^ tique, 1914).

(10) Sur les matières traitées dans ce paragraphe et dans le suivant, on consultera Ansiaux, Principes de la politique régulatrice des changes, Bruxelles?, 1910.

T. — Écon. pol. — IL

INTENTIONAL SECOND EXPOSURE

Hi

9i; RELATIONS ÉCONOMIQUES INTERNATIONALES

Il fatil encore mentionner l’action qu’exerce sur les cours 1 état général des affaires et du crédit sur les deux places. Une panique linancière sur la place créancière lient, par exemple, déterminer l(‘s portmirs d’effets à les vendre à n’importe quel prix, même bien au-dessous du pair, pour se faire des ressources immédiates. Si l’étal du crédit est médiocre sur la place débitrice, le papier payable sur cette place sera moins recbercbé, et le jiapier long sidiira celte influence de baisse plus (pie le ]iapier court, le risque couru jiar le porteur étant plus grand à l’egard d un paiement différé que d’un paiement actuel ou très proche ''**)• b y » la cote du change, comme dans la cote des valeurs mobilières en bourse, td comme dans toute détermination de prix, un élément psychologique : la cote reflète toutes les fluctuations de la confiance des pays étrangers dans l’état politique et économique du pays débiteur.

L’amplitude des variations du change, dans les pays a étalon d’or H libre circulation d’or, est nécessairement limitée. La fonction essentielle du change est d’opérer un transfert de capitaux d’une place à une autre sans transport de métal. Si les écarts du cours jiar rapjioit au jiair sont grands, il est, a jiartir d un certain point, plus avantageux d’envoyer ou de faire venir du métal que d’acheter ou de vendre du change, de sorte qu’il y a un niveau, en hausse ou en baisse, qui ne peut pas être dépassé. Le vendeur de change, qui ne pourrait vendre ses ciéances de change qu avec une perte supérieure aux frais de transport du métal, aura avantage à fairi' venir du métal; et de même le débiteur qui, ayant une remise à faire à Londres et cherchant du Londres sur la place de Paris, n’en trouve qu’à un prix qui rend l’opération plus coùleusi* que l’envoi du métal, préférera ce mode de paiement. 11 y a ainsi, dans les oscillations- du change autour du pair, une double limite, inféiieure ou supérieure, au delà de quoi l’opération de change cesse d’être avantageuse : ce sont les points d’or (goldl,Giut), point d’entrée de l’or qui limite la baisse du change, et point de sortie qui limite la hausse (®). L’usage s’est établi d’ap-

(8 hix) Ou con.<i(lèrc à Paris coinnu’ i»apicr coiirl celui qui a moins île trente jours à courir avant l’échéance; le sens île ces expressions de papier court et de impier lonft est très clair, mais la liîine de partage paut n’ôtre pas

exactement la même sur toutes les places.

(;») En réalité, ni le yold-point d’entnie, ni le gold-point de sortie ne sont, C'itre deu.x jdaces, rigoureusement fixes. 11 y a d’ailleurs des cas où le change pourrait aller au delà du point d’or (exemple cité par Goschen, op. cit., chai). 1'-); au surplus, dans une crise comme celle qa’a déterminée la guerre de 1914, il n’y a plus de points d’or (voir infra, même chap., sect. iv.

BALANCE DES COMPTES ET CHANGE INTERNATIONAL

peler change favorable le change au-dessous du pair, et change défavorable le change an-dessus du pair. Peut-être y a-t-il dans ces expressions un écho des vieilles doctrines mercantilistes, puisque le change en baisse fait présager des importations d’or, et le changé en hausse des exportations d’or. Mais l’expression s’explique plus simplement, sans aucune préoccupation doctrinale, par les répercussions que les entrées et sorties d’or, ou simplement l’imminence de ces entrées ou sorties, peuvent exercer sur la situation bancaire et boursière de la place, et par suite sur tout le mouvement des affaires. Ceci se rattache a la politique d escomjde suivie par les banques et liée aux oscillations du change.

§2. — Les conséquences des variations du change. La politique d’escompte et les autres mesures régulatrices du change.

La hausse du change, à mesure que le cours approche du goldpoint de sortie, est une menace pour l’encaisse métallique des banques; les. banques ont sujet de craindre que bientôt des quantités importantes d’or leur soient demandées pour les paiements à l'étranger ('"). La menace est redoutable surtout pour les grandes banques d’émission qui sont devenues, c’est une de leurs fonctions essentielles, les gardiennes du stock métallique national; c’est a elles que s’adressent les autres banques quand elles ont ellesmêmes besoin de fortifier ou de reconstituer leur encaisse. Le moyen le plus efficace de défendre l’encaisse, c’est la hausse du taux de l’escompte, et c’est là une politique tout à fait entrée dans la pratique bancaire depuis la seconde moitié du xix” siècle. 11 est d’ailleurs naturel que le taux de l’escompte, qui est le loyer payé jiour l’usage des capitaux disponibles affectés au crédit à court terme, s’élève quand ces capitaux sont plus rares et plus demandés : les lianques qui, en pareil cas, cherchent à empêcher la hausse du taux de l’escompte, vont à l’encontre de ce qui est le mouvement naturel des faits économiques. La hausse du taux de l’escomjite a pour corollaire, nous le savons, la hausse du taux

S 3). Dès avant la guerre, depuis le début du xx® siècle, l’extrcinc ardeur de la lutte pour l’or avait rendu les' envois d’or de plus en plus dilfieiles et les indications du change à cet égard n'avaient plus la même sûreté qu’auparaeanf. Consulter François, Le change étranger {Revue d'économie politique, 1914).

(10) Sur les matières traitées clans ce paragraphe et dans le suivant, on consultera Ansiaux, Principes de la politique régulatrice des changes, Bruxelles, 1910.

T. — Econ. pol. — II. *

t)y relations économiques lntebnationales

dos ivpoits, la hausse du taux des avances sur litres ou sur marchandises, href, de tout ce qui est opération de crédit a court

ternie. , ,

■ Cette hausse produit des effets énergiques sur le cours du

change. Les capitaux disponibles vont là oii le loyer qui leur est offert est le plus élevé. Voici donc ce qui se passe : les capitalistes, sociétés, hamiuiers, qui avaient des capitaux employés a court terme sur les places étrangères, les rapatrient pour profiter des taux élevés pratiqués sur leur propre place; les caïulaux etrangers en quête d’emploi affluent aussi. Tous ces capitaux, rajtatries ou immigrés, c’est dans la balance des comptes un élément d’aclil pour lu idace considérée, par consé([ueiit un élément de liaisse du change. Lu outre, la hausse de l’escompte et des autres avances a eoui-r terme tend à comprimer les prix des valeurs niohilu'res et des marchandises de grande consommation, cotées dans les bourses de valeurs et de commerce, parce qu’elle rend plus difficiles les opérations de report nécessaires à la spéculation. D’autre part encore les commerçanls et industriels se trouvent disposés par le resserrement du marché monétaire à faire des concessions sur les prix antérieurs. Il y a là un ensemble de circonstances qui, poussant a la baisse des prix, facilitent l’exportation : soit l’exportation des marchandises, soit l’exportation des valeurs mobilières, celle-ci par des opérations d’arbitrage qui portent sur les valeuis cotées sur plusieurs jtlaces et consistent a les acheter là où elles sont à bas prix, pour les revendre là où elles sont cheres. far là encore la place considérée devient créancière et le cours du change

incline à la baisse.

Celle politique de l’escompte a beaucoup d’efficacité, mais elle e.xcile les plaintes (lu monde des affaires. Il est désagréable aux industriels, aux commerçants, aux boursiers, de payer cher le créilit dont ils ont besoin sous forme d’escompte, d’avances ou de reports. .Aussi certaines haiKiues d’émission cherchent-elles a défendre leur encaisse sans faire varier le taux de 1 escomi>te. Les banques légalement tenues de payer en or ne peuvent user imur cela (pie de moyens indirects : par exemple, faire entendre à la clientèle qu’insister, dans certains cas, pour avoir de 1 or, est une chose désagréable à la banque et (lui pourra l’incliner à restreindre des facilités jusque-là accordées; l’ancienne Reichshank a eu parfois ivcours à de telles méthodes de persuasion; la Banque de Russie aussi. Les banques qui ne sont pas légalement tenues de payer cil or ont à leur disposition le uK.yen le plus sini])le, cpii est de refuser de l’or, ou de n’en donner que pour certains paiements, ou

BALANCE DES COMPTES ET CHANGE INTERNATIONAL Dît

de faire jiayer une prime à ceux qui en demandent. La Raiu|ue d’Aulriche-lIongrie, par exemple, usait parfois de cette faculté. La Banque de France, ayant le droit de rembourser ses billets en argent, a fait, à certaines éjioques, payeur une prime sur les lingots et les monnaies d’or étrangères. Assurément ce sont là des moyens qui, pour la défense de l’encaisse, peuvent avoir une efficacité temporaire, mais au total ils ont plus d’inconvénients que d’avantages; s’il y a de l’or en circulation, les changeurs en fout la cueillette, et la circulation s’appauvrit; s’il n’y en a pas, le papier tiré sur la place se déprécie faute de pouvoir être aisément payé en or, et le change prend les allures (lu’il a dans les pays à mauvaise monnaie et que nous allons étudier tout à l’heure. Il y a donc là des pratiques nuisibles au crédit et au Ikui renom financier du pays.

Les banques d’émission, régulatrices du marché monétaire, ont employé encore d’autres moyens d’agir sur le cours du change. Un de ces moyens est ce qu’on appelle la politique des devises (devise étant un des termes qui servent à désigner le papier de change). La politique des devises consiste à constituer un porteh'uille d’effets sur l’étranger, effets que la banque achète dans les moments où le change est favorable et qu’elle revend, quand le change s’élève, aux gens qui ont des paiements à faire à l’étranger. L’efficacité de la politique des devises ne parait jias douteuse dans certaines limites; elle écarte l’action des spéculateurs qui, ayant recueilli le papier de change dans le moment où il abonde, pourraient ensuite en faire hausser le prix d’une façon abusive quand il est recherché; elle évite aussi les brusques soubresauts du cours du change et procure une certaine stabilité. Mais ce n’est pas une pratique dont l’action soit, à beaucoup près, aussi ('nergique que la hausse de l’escompte.

Un autre, moyen d’agir sur le cours du change, c’est l’entr’aide des banques. Oiiand la tension monétaire se fait sentir siu’ une place et que les banques y élèvent le taux de l’escompte, la mesure prise se répercute sur les autres places, chacune ne pouvant éviter le drainage de ses capitaux cpi’en élevant aussi le taux de l’escompte. Il en résulte un resserrement général du marché monétaire, préjudiciable aiLx affaires. Il se peut rju’une banque qui dispose d’un grand stock métallique prête de l’or à une voisine dans l’embarras;.cela calmera les appréhensions monétaires et évitera peut-être une hausse de l’escompte qui irait se répercutant de jiroche en iirochc. 11 y a dans le cours du change, comme dans tous les prix, un élément psychologique : l’assurance que le mar-

REl^ATIONS ÉCONOMIQUES INTERNATIONALES

ché ne manquera j)as d’or pour les règleinenls étrangers peut suffire à calmer l’effervescence des cours. La Banque de France, grâce à son énorme stock métallique, a été en situation, à diverses reprises, de pratiquer à l’égard de la Banque d’Angleterre cette politique d’entr’aide (")•

§ 3. La tendance à l’équilibre dans le système des changes.

Le règlement des dettes internationales par voie de change n’est qu’un mécanisme de compensation. Chaque pays a sur les autres, du fait des relations de toutes sortes qui s’établissent entre eux, des créances qui se matérialisent en papier de change. S il arrivait que la somme des créances exigibles qu’un pays possède sur l’ensemble du monde fût à tout moment e.xactement égale ù la somme de ses dettes exigibles, créances et dettes se compenseraient complètement ; les nationaux débiteurs de l’étranger trouveraient sur le marché juste autant de papier de change qu ils

en auraient besoin.

Evidemment, il ne peut pas en être ainsi. Il y a toujours un excédent, soit de créances, soit de dettes. Si l’excédent est peu considéial.le et de sens variable selon les moments considérés, il n’y a aucune difficulté à le régler. L’organisation bancaire offre au pays qui a momentanément un excédent de dettes diverses modalités d’ouvertures de crédits, qui permettent de reporter des échéances. Mais supposons qu’un pays ait d’une façon durable, pendant une assez longue période de temps, une balance des comptes défavorable. Comment va-t-il régler l’excédent de ses dettes, et ce règlement ne va-t-il pas entraîner des conséquences

dommageables pour l’economie nationale.^

Le débiteur qui ne trouve pas sur le marché, même par voie d’arbitrage, le pai»icr dont il a besoin pour payer son créancier étranger, lui envoie de l’or. Vm des craintes qu’exprimait la doctrine mercantiliste, c’était qu’un pays fût e.xposé, à raison de balances du commerce défavorables (on n’envisageait à cette époque que la balance du commerce), à perdre peu à peu son stock d’or, et c’est pourquoi la doctrine attribuait tant d importance

(11) l u .•ronoini.sle el lioininc (l’Etal italien, M. Luzzatli, a proposé de Généraliser celte méUiodc au moyen d’accords inlcrnalidnaux. .Mais cela soul'èverait de graves' difficultés ; la quesrion de la défense du stock d’or de chaque pays et celle de l’aide à donner aux banques étrangères toacheat à l’ensemble' de la politique nationale : il faut y regarder de prt's avant de se lier par des conve-ntions générales.

BALANCE DES COMPTES ET CHANGE INTERNATIONAL

aux excédents d’exportation. L’école classique anglaise a construit une théorie dont l’objet est de démontrer que toute sortie d’or tend à changer le sens du mouvement des marchandises et, par conséquent, à ramener l’or dans le pays. Aoici, sur ce point, le raisonnement formulé par Bicardo . et qui a pour base la théorie monétaire dite quantitative. Les prix varient dans le meme sens (jue la quantité de monnaie ; si la quantité de monnaie s’accroît, la valeur de la monnaie diminue et les prix haussent; si la quantité de monnaie diminue, la valeur de la monnaie s’accroît et les prix baissent. Donc des règlements extérieurs défavorables, en diminuant le stock métallique, font baisser les prix de toutes les marchandises; les exportations en deviennent plus faciles, les importations plus difficiles, et la balance redevient favorable. A l’inverse, lorsque les règlements extérieurs ont accru le stock métallique, les prix haussent, d’où difficulté pbis grande des exportations, facilité par contre d’importer, et la balance devient défavorable. Tout mouvement international des métaux précieux déclenche des forces qui tendent à l’enrayer et à le remplacer par son contraire. Ainsi est amene, par un mécanisme automatique,

l’équilibre de la balance des comptes (**).

Il paraît impossible de se fier complètement à ce mécanisme automatique. 11 en est souvent des raisonnements abstraits selon la méthode ricardienne comme de ces expériences de laboratoire (lui ne peuvent pas aller jusqu’à la phase de l’utilisation industrielle. Dans la réalité, bien des choses viennent s’interposer entre les prémisses et la conclusion (*®). La principale raison de douter que l’équilibre doive nécessairement et en tout cas s’établir, c’est qu’il y a diverses sortes de monnaies qui peuvent servir aux règlements intérieurs, tandis que la monnaie d’or seule convient aux règlements internationaux. Pour les c(#üuges intérieurs, la monnaie d’argent ou la monnaie de papier font leur (iffice, mais il faut de l’or pour les relations extérieures. Or, il n’y a rien, à priori, d’inconcevable à ce que, par une série de balances défavorables, un pays se trouve démuni d’une grande partie ou même de la totalité de son stock d’or sans que le mécanisme ricardien entre en jeu, puisque le stock monétaire total peut n être pas diminué. L’effet d’une balance longtemps défavorable, ce ne serait pas d’enlever au pays considéré sa monnaie, mais de sid^stituer a

(12) Ricardo, Principes, chap. vu. 11 y a, dan.s Stuart Mill, une autre démonstration tendant au même objet : Principes, liv. 11, chap. xix à xxn.

(13) Nogaro, Le rôle de la monnaie dans le commerce international et la théorie quantitative (thèse Paris, 1904).

RELATIONS ÉCONO.MIQrES INTERNATIONALES

sa bonne monnaie une monnaie mauvaise, impropre aux usages extérieurs.

Toutefois, il n’est pas douteux que les sorties d’or consécutives à une lialance des comptes défavorable déclenchent des forces qui réagissent contre la situation existante. Il y a l’action directe, exercée, dans une mesure qu’il est difficile d’apprécier exactement, sur les prix. Il y a la hausse du taux de l’escompte, avec les répercussions que nous savons. Il y a aussi l’effet des variations du change sur les exportations et les importations, soit de marchandises, soit de titres, et sur les mouvements des capitaux. Ce dernier point doit être examiné avec attention.

Quand le cours du change dépasse le pair, c’est une sorte de ]>rime à l’e.xportalion. Si la livre venait à valoir, au temps du Iranc-or, 25 fr. 30 sur le marché de Paris, l’exportateur français gagnait U fr. OH sur chacune des livres dont il était créancier, d’où un encouragement certain aux exportations. Ce n’est pas tout; en pareil cas, le détenteur de valeurs mobilières exprimées en monnaies appréciées et le spéculateur professionnel ont profit à vendre ces valeurs sur leur marché d’origine, et les exportations de titres s’ajoutent aux exportations de marchandises. Par contre, les importations de marchandises sont entravées par la hausse de la monnaie étrangère en laquelle le prix est payable; il Y a là comme une sorte de droit de douane supplémentaire. Le moment n’est pas favoralde non plus pour acheter des titres à l’étranger. Importations de marchandises et introductions de titres diminuent. Si la hausse du change dure quelque temps, les capitalistes étrangers ont intérêt à investir des capitaux dans le l)ays dont la monnaie vaut moins, à acheter des valeurs mohilières, des jiropriétés foncières, à commanditer des entreprises, pourvu qu’ils aient confiam^dans le redressement ultérieur de la situation. Ainsi, par l’effet de la hausse du change, les créances sur l’étranger augmentent, l’endettement se ralentit, les capitaux éfiangers affluent, et la situation tend à se rétablir. La baisse du change déclenche une série inverse d’effets. Dans un système économique en état d’équilibre stable, toute force qui tend à détruire cet équilibre met en mouvement des forces contraires qui tendent à le rétablir, et si le choc initial n’a pas été trop violent, elles le rétablissent en effet.

I) autre part, la multiplicité des éléments d’actif et de passif qui forment l’ensemble des comptes entre nations restreint sensiblement, sans d ailleurs le faire dispai'aître, le risque que le solde soit fortement déficitaire pour une longue période de temps.

BALANCE DES CO.MDTES ET CHANGE INTERNATIONAL

|*lu.s les relations économiques entre nations sont complexes, i.lus il v a de chances pour qu'une nation, débitrice du fait de quelques-unes de ces relations, soit créancière du fait de quelques autres. Dans l’état à i>eu près normal où était le monde avant 1014, il était remarquable que, d’une façon presque générale. la balance du ccmmerce, d’une part, et la Iwlance des relations financières, d’autre part, étaient en sens inverse. .Dans la plupart (les cas les nations prêteuses, créancières d’intérêts et de dividendes, avaient un excédent d’importation de marchandi>es et étaient, de ee chef, débitrices, tandis (pie les nations empriinteiKcs avaient un excédent d’exportation et que les choses se passaient comme si elles payaient leurs dettes financières en

marchandises.

Il n’y a pas dans le mécanisme des changes autant d automatisme régulateur qu’en met la théorie ricardienne, mais, il y en a tout de même une forte dose. Il y en a assez pour que, dans une nation économiquement et financièrement saine, l’équilibre de la l)alauee des comptes soit pratiquement assuré, non pas sans doute à tout moment, mais si l’on considère les phénomènes de longue période. En fait, on serait bien embarrassé de citer un pays qui ait perdu son stock d’or uniquement par le règlement d’une sérié de balances défavorables. Dans la fuite de l’or et son remplacement jiar une monnaie inférieure, il y a certes des cas où les règlements extérieurs jouent un rôle, mais ils ne sont pas, considérés isolément, une cause suffisante de cette fuite. La cause principale des crises monétaires, c’est la mauvaise gestion fmancièie de l’Etat et l’abus des émissions de monnaie fiduciaire; c est seulement ajoutés aux .faits de cet ordre que les règlements extérieurs deviennent une menace sérieuse pour la situation monétaire

d’un pavs

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