VUE GÉ.NÉRALE DES PROBLÈMES DE LA RÉPARTITION
ment économiqueSi Un parc et un château ont une valeur locative et peuvent être donnés à bail par leur propriétaire; ce n’est pas un capital d’entreprise, mais c’est un capital lucratif.
’2° Dans l’étude de la production, il n’y a lieu de considérer le capital qu’en tant qu’il consiste en biens matériels ; c’est une terre, une usine, des machines, des docks, des marchandises, etc. Dans l’ordre de la répartition, le capital étant envisagé comme droit et non jias comme bien, il y a des capitaux immatériels. Une étude de notaire ou une étude d’avoué est un capital; la créance du prêteur d’argent contre l’emprunteur, Etat ou particulier, est un capital (*).
Le capital ne produit pas néces.sairement un revenu. Il y a des capitaux non productifs de revenu parce que tout placement ne réussit pas, qu’il y a des risques, qu’il se peut que le capital placé ne donne pas l’intérêt espéré, qu’il se peut même qu’au lieu d’être la source d’un revenu, il soit, en totalité ou en partie, jierdu pour son propriétaire. Il y a aussi des capitaux qui, par la volonté même du propriétaire, ne sont pas affectés à un usage lucratif. Une maison habitée par le propriétaire même, un parc dont il jouit, une collection de tableaux ou de meubles, ne donnent pas de revenu; un domaine agricole, une maison de rapport, un titre de rente, en donnent un. Cependant les uns et les autres sont considérés comme des capitaux : le propriétaire rpii transforme nn champ en jardin d’agrément ou qui habite sa maison au lieu de la donner à bail ne diminue pas son capital; de même l’amatenr d’art qui place son argent en tableaux au lieu de le placer en titres de rente. Sans doute, en un certain sens, on pourrait dire que tout capital est productif de revenu, en considérant comme revenu l’utilité que procure la possession du capital. Un château, un parc, une galerie de tableaux, une bibliothèque garnie de bons livres donnent à leurs propriétaires des agréments vaxiés; une réserve d’or dans un coffre-fort donne le sentiment de sécurité attaché à la possession d’un capital immédiatement disponible et liquide. Mais la pratique économique sait bien faire la différence entre le capital qui produit un revenu consistant en biens qui viennent s’ajouter au patrimoine antérieur, et celui qui produit seulement de l’utilité (®).
(o) Sur la notion dn capital comme droit, consulter un intéressant article de M. Châtelain, 7)c l’évaluation du capital national {Revue d’économie politiiiue, 1007).
(f>) Le droit fiscal assimile dans certains cas Tusage personnel que le
I La plupart des capitaux, en fait, sont productifs de revenus. II
y en a qui donnent un revenu en quelque sorte naturellement, le travail étant ou n’ét.ant pas, selon les cas, une condition de la production du revenu. Exemples : les fruits d’un arbre, le croît des animaux, les produits spontanés ou non du sol. C’est vraisemblablement l’exploitation agricole ou forestière qui a formé dans l’esprit des hommes les notions de capital et de revenu. Une machine débitant des produits, métier à filer ou à tisser par exemple, éveille la même idée d’une richesse durable produisant une richesse renouvelée. Il y a d’autres capitaux qui ne donnent un revenu que par le jeu des contrats dont ils sont l’objet, et cela est très fréquent dans une organisation économique fondée sur l’échange : une maison donnée à bail, une exploitation commerciale qui se borne à acheter pour revendre, une somme d’argent prêtée à intérêt, sont productives de revenu par le jeu des contrats.
Un capital peut être une source d’accroissement du patrimoine sans donner ce flux régulier de biens nouveaux qu’on appelle le revenu : il l’est par l’accroissement de sa valeur d’échange. Des fortunes se font par la spéculation sur les terrains à bâtir, ou par des collections d’art diligemment formées et vendues en temps opportun. Tout capital, productif ou non de revenu, offre l’occasion d’un gain de cette nature, comme aussi d’ailleurs d’une perte, car il se perd à ce jeu beaucoup d’argent. Il n’y a guère de placement où la considération du gain éventuel en valeur d’échange ne soit envisagée. Pour certains genres de capitaux, les chances de plus-value, sur une longue période de temps, sont très grandes et deviennent une quasi-certitude; c’est le cas de la propriété foncière (voir infra, chap. II).
.Vssunier le risque des opérations économiques est encore une façon d’obtenir une part du jiroduit. C’est que le risque joue un grand rôle dans le monde, et surtout dans un monde où les producteurs et les consommateurs sont séparés les uns des autres et le plus souvent ne se connaissent pas, où les producteur travaillent pour satisfaire des besoins qui ne peuvent être qu’évalués à l’avance, et où un long espace de temps, en bien des cas, se place
capilaliste peut faire de son capital à la perception d’un revenu. Par exeml)le le propriétaire qui habite sa propre maison devra en faire entrer la valeur locative dans son revenu global.
entre le moment où la production commence d’être entreprise et celui où les biens produits seront aux mains des consommateurs. Les fluctuations des besoins, des approvisionnements et des prix font de l’activité économique comme une mer pleine de périls. C’est une des fonctions de l’entrepreneur que d’assumer les risques; certains auteurs, même, en font sa fonction exclusive. Le fait du risque assumé a sa contre-partie dans le profit espéré. Le profit d’entreprise, comme nous le verrons (infra, chap. iv) est une chose complexe et dont le risque couru est un élément important.
Assumer le risque des opérations économiques suppose qu’on a quelque chose à risquer; ce qu’on risque dans les affaires, c est un capital. La possession d’un capital, soit qu’on le possède en propre, soit qu’on en ait obtenu d’un tiei’s, par contrat, la disposition, est donc la condition nécessaire à remplir pour prendre part au jeu des affaires. Jeu non pas de hasard, mais de prudence et d’audace, qui requiert de grandes qualités d’esprit, au moins de qui veut le jouer avec quelque ampleur. Mais, eùt-ou toutes les (pialités d’esprit requises, il faut avoir quelque chose à miser. Il Y a donc un lien étroit entre nos deux derniers titres de perception, le capital et le risque (^).
La théorie de la répartition, en tant qu’elle est fondée sur la distinction faite entre les facteurs de la production et qu’elle a pour objet d’exposer comment le produit se partage entre ces facteurs, est généralement présentée d’une façon qui prête à la critique. La part de chacun des ayants droit dans le produit est étudiée comme s’il était seul. Il y a une théorie séparée du salaire, une théorie séparée de l’intérêt du capital mobilier, une théorie séparée du revenu foncier, une théorie séparée du profit d’entreprise. Dans l’exposé de chacune de ces théories, il semble que l’on veuille ignorer que l’ayant droit n’est pas seul à venir au iiartage du produit, qu’il a des copartageants dont chacun entre en lutte avec lui et avec tous les autres.
Sans doute c’est une nécessité de la technique pédagogique que de diviser pour exposer. Mais la nécessité de diviser ne doit pas faire oublier les relations que chacune des parties artificiellement
(7) On a fait remarquer au tome I, liv. II, chap. iii, riinportance économique des sociétés dites de capitaux, qui permettent de dissocier la fonction de capitaliste et celle d’entrepreneur.
id'i
faites soulient avec ^l’eiiseinble. Présenter comme entièrement séparées l’une (le l’autre une théorie du salaire, une théorie de l’intérêt, un théorie du revenu foncier, une théorie du profit, cela conduit à des conclusions inexactes et même contradictoires. En effet, chacun des ayants droit, lorsque sa rémunération est étudiée à i>art des autres, apparaît comme l’élément actif de la répartition du produit, et, sa rémunération une fois déterminée, les autres ne sont plus ([ue des restes. Si l’on commence par étudier le salaire, 1 interet et le profit sont des restes; si l’on commence par étudier l’intérêt, c’est le salaire et le profit qui sont réduits à cette position de restes; et ainsi de suite. C’est assurément une méthode décevante et qui renferme un principe de contradiction que celle qui, successivement, considère chacune des parts à déterminer comme étant le reste des autres. Et cela n’est pas en accord avec la réalité économique.
En fait, la part d aucun des ayants droit ne peut être considérée comme un reste. Il y en a une qui l’est en apparence, mais en apparence seulement : c’est le profit d’entreprise. L’entrepreneur, dans le type classique de l’entrejuâse individuelle, paie le salaiie, l’intérêt du capital emprunté, le revenu du sol et des hàtiments loués, et il garde pour lui le reste, s’il y en a un. Mais cette façon de présenter les choses ne peut être acceptée que comme une première approximation. L’entrepreneur n’est jias du tout ce personnage passif qui se contenterait de ramasser les miettes du festin et de manger ce dont les autres n’ont pas voulu. Il se fait sa part, et cette part est généralement la meilleure. S’il achète les services du travail, du capital mohilier, de la terre,
( e?t en les payant le moins cher possible, et par conséquent en leteuant pour lui le plus possible du produit à partager. Sa part ne serait vraiment un résidu que si le salaire, l’intérêt du capital mohilier et le revenu foncier étaient rigoureusement déterminés par des lois économiques impératives dont l’entrepreneur' n’aurait qu a subir 1 application. Mais ce n’est pas ainsi, comme nous le verrons, que les choses se passent.
Les divers ayants droit, le salarié, le capitaliste, le propriétaire foncier, l’entrepreneur, sont en lutte les uns avec les autres pour le partage du produit. Il est impossible de rien comprendre è la répartition si l’on ne se fait pas une idée d’ensemble des conditions de cette lutte. C’est une lutte pour des prix à fixer, car les diverses sortes de travail, les diverses sortes de capital mobilier, les diverses sortes de capital foncier, se présentent sur le marché comme des marchanrlises offertes et demandées. Le sa-