‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 154 sur 209 · I. 'inégalité des profits; ses cai ses · texte numérisé non relu

I. 'inégalité des profits; ses cai ses

Il y a de grandes inégalités dans le taux moyen des profils, d’un pays à un autre, pour les mêmes raisons (}ui font que d’un pays à un autre les salaires sont inégaux et aussi l’intérêt du ca]iital. Dans le même jmys, les profits peuvent différer beaucoup d’une entreju'ise a une autre, si l’ou considère un ordre (juelcon([in‘ il’entrejirises, et différer beaucoup d’un ordre d’entreprises à un autre. Par exmiijile, dans le groupe de la grande métallurgie du fer, il y aura au même nionieni des entreprises qui réaliseront d<* beaux bénéfices et d’autres qui n’en réaliseront pas du tout; et au même moment aussi, il y aura des bénéfices dans le groupe de la métallurgie et il n’y en aura jias dans celui de la filature de coton. .Arrêtons-nous sur ces deux faits, différence des jirofits entre les T. Écon. pot. — II. 15

entreprises du inèine groupe, différence des profits entre les divers, groupes d’entreprises.

Le profit étant, en gros, l’écart entre le prix de revient et le prix de vente, les différences de profit d’une entreprise à une autre peuvent s’expliquer soit par la différence des prix de vente, soit par celle des prix de revient.

Tour ce qui est des prix de vente, c’est un principe que, sur le inèine marché et au même moment, il n’y a qu’un seul prix de vente pour la même marchandise. Mais cela n’est vrai qu’à u.i certain degré d’abstraction. 11 est de fait qu’un entrepreneur habile sait souvent s’assurer de meilleures conditions de vente qu’un autre, passer des marchés plus avantageux, vendre au moment opportun. Toutefois ce sont surtout les différences dans les prix de revient qui sont la source des différences dans le profit. Il va toutes sortes d’éléments qui entrent dans le prix de revient : conditions d’achat des matières premières, organisation intérieure de rexjdoitation, lieu où elle est située, proximité ou éloignement des sources de matières jiremières ou des débouchés, facilité des communications, qualités de l’outillage, grandeur de l’exploitation, etc. Il en résulte (lue l’écart entre le prix de revient de l’entreprise et le jirix de vente du marché peut varier beaucoup. Parmi les entreprises d’un même ordre, certaines réalisent juste le profit moyen nécessaire pour (jifil y ait intérêt à maintenir l’entreprise; nous appellerons ce niveau de profit le profit marginal, parce que les entreprises (lui s’y trouvent sont juste à la marge de fonctionnement. It’autres sont au-dessous du profit marginal et doivent nécessairi'inent, au bout d’un temps jdus ou moins long, disparaître puis((u’elles ne rémunèrent pas au taux normal le travail et h' capital de l’entreprise. D’autres, jiar contre, sont au-dessus du ]irofit marginal. 11 y a donc ici une échelle de revenus analogue à l’échelle de fertilité des terres; l'analogie a déjà été marquée ('litre la rentt* du sol et les rentes d’entreprise, mais celles-ci sont

bien moins stables.

En tout genre d’entreprises, la concurrence tend à amener les prix de vente aussi près que possible du coût de jiroduction. àlais il n’y a pas, pour les entreprises de la même catégorie, un coût de Jiroduction uniforme, et le coût de production sur quoi le prix de vente tend à se régler, c’est celui des entreprises ayant le coût de production le jilus élevé parmi toutes celles dont l’offre de marchandises est nécessaire sur le marché pour couvrir la demande. Les entreprises à coût de production relativement élevé, mais dont

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l’offre est encore nécessaire sur le marché, ne réalisent que le pirofit marginal. Toutes celles qui ont un coût de production moindre, pour quehjue cause que ce soit, ont un surplus de revenu qui est une rente différentielle. L’échelle et le taux de ces rentes différentielles varient d’ailleurs constamment.

D’autre jiart, la concurrence n’est souvent, dans les conditions économiques actuelles, qu’une hypothèse incomplètement réalisée. Il y a dans notre milieu économique beaucoup d’éléments de monopole ou de quasi-monopole. Or, le monopoleur a la faculté de tenir ses jirix de vente sensiblement au-dessus du coût de production, et il a souvent intérêt à le faire. C’est encore une source abondante de profits et une cause d’inégalité dans les profits.

11 est jiossible, en jirenant comme point de déjiart le fait de ces rentes différentielles d’entreprises, d’exjioser la théorie du jirofit sous une autre forme que celle qui a été emjiloyée tout à l’heure. Le Jirofit ne serait pas l’écart entre le jirix de revient et le prix de vente, mais seulement la rente, c’est-à-dire ce qui déjiasse le Jirofit marginal. Le raisonnemeiil est le suivant. Le jirofit marginal, celui cjui suffit tout juste à assurer la continuation de l’entreprise' Il est (jue la leumneration du cajiital et du travail. Si l’entrejireneui , a la longue, n obtient jias dans son exjiloitation, de son travail et de son capital, le revenu qu’il en obtiendrait normalement en les jdaçant ailleurs, il les en retirera. Il n’y a donc dans ce profit marginal rien (jui ne se résolve comjilètement en revenu de travail et en revenu de cajiital, rien par conséquent qui juiisse constituer une catégorie de revenu ayant une existence propre. L’excédent seul du Jirofit total sur le jirofit marginal est quelque chose qui m^ se confond pas avec le revenu du capital et du travail engagés dans l’entrejirise, et constitue le profit jiroprenient dit.

En fait, cette forme d’exjiosition de la théorie du jirofit conduit sensiblement aux mêmes résultats que la précédente. 2sous avons reconnu que le profit s’analysait en revenu de travail et en revenu de capital. Dire qu’il n’y a de profit véritable que les rentes différentielles, ce n’est pas non plus faire du profit une catégorie de ?-.venu vraiment originale, car il y a des rentes différentielles dans les revenus de travail et il y en a dans les revenus de capital. Que l’on emjiloie l’une ou l’autre forme d’exposition, (;ela ne change rien au fond des choses. Cependant, il est certain que, dans ïa pratique des affaires, l’entrepreneur ne considère comme profit que ce qui excède, dans le revenu de l’exploitation, non seulement les frais nécessaires à la production, mais la rémunération normale de son travail et de son capital. Dans sa comptabilité, il débite l’entre-

prise des intérêts, au taux courant, du caj)ital apporté par lui et souvent aussi d’une soinine fixe qui représente le salaire de soit travail de direction. L’excédent seul, s’il y en a un, est du profit véritable. Mais, en fait, dans beaucoup d’entreprises, une fois qu’on a prélevé l’intérêt du capital propre de l’entrepreneur et le salaire de son travail, il ne reste pas grand ’ctiose.

Des divers éléments d’inégalité des jirotits, les uns sont des faits extérieurs à l’entreprise, coinnie par exemple la découverte, à proximité d’une entreprise métallurgique existante, de gisements de bouille ou de minerai de fer, les autres consistent dans l’iiabilelé de l’enlrejireneur et ses qualités professionnelles. .Mais il est souvent malaisé de discerner exactement la part de chacun de ces deux groupes de faits dans l’inégalité des jirofits. De l’entrepreneur qui a su plus vite que ses concurrents pressentir l’inqiortance de telle circonstance extérieure et mettre son exploitation en état d’en tirer jiarti, dirons-nous simplement qu’il bénéficie d’un hasard heureux, ou ne sera-t-il ])as plus vrai de dire qu’il sait son métier mieux que les autres.^ Par exemple les entrejuises métallurgiques qui les premières, à la fin du xi.x'^ siècle, ont demandé des concessions dans le bassin de Driey et y ont installé des usines ont réalisé de beaux profits; mais la proximité du minerai est, dans ces conditions, moins un fait extérieur à l’entre[)rise qu’un fait voulu par l’entrepreneur.

!)(' même qu’il y a des différences d<- jirofit entre les entreprises considérées individuellement, il y en a de groupe à groupe. A un moment donné, le taux moyen des profits peut être plus élevé dans les houillères que dans la métallurgie, dans la métallurgie que dans l’industrie de la soie... (Comment cela jieut-il se faire.^ Il semble que, les capitaux et les hommes se portant sans cesse vers les groupes (i’industries où les profits sont le plus élevés, il ne devrait jms y avoir de ces différences de profit. Il n’y en aurait pas en effet si le jmssage des cajiitaux et des hommes, des groupes moins pros- ])ères à ceux (jui le sont le plus, s’effectuait instantanément. Mais évidemment il n’en est pas ainsi. L’équilibre tend à s’établir, mais il y faut du temps, et pendant le temps qu’il s’établit d’autres inégalités apjiaraissent (jui de nouveau le rompent. Les changements dans la technique, les changements dans la demande, introduisent sans cesse des inégalités dans les profits. Il y a à tout moment, de groupe à groupe, une échelle graduée des profits, comme il y en a, dans le même groupe, d’entreprise à entreprise.

LE PROFIT

La cause essentielle des différences de jirofits, soif dans le même ordre d’entreprises, soit d’un ordre d’entreprises à un autre, c’est la différence dans l’intensité de la concurrence, (’-e qui dans le profit dépasse le profit marginal s’explique jmr un élément de monopole. Si une entreprise réalise des profits supérieurs aux autres, c’est qu’il y a en elle des éléments, matériels ou humains, (jiie les autres ne possèdent pas et qui ne leur sont pas aisément accessibles : une capacité organisatrice supérieure; un procédé spécial de fabrication; une situation topographique plus favorable, soit pour les approvisionnements en matières ])remières, soit pour la vente des produits. De même on peut dire d’un groupe industriel que les circonstances favorisent et pour lequel la demande du produit tend à dépasser l’offre, que, pendant le temps où cette situation dure, il jouit d’une sorte de monopole collectif; le groupe envisagé dans son ensemble recueille quelque chose de jilus que le profit marginal. L’explication dans tous les cas se ramène à la différence entre les prix de concurrence et les prix de monopole; c’est la théorie des prix de monopole qui donne la clé de la théorie des profits.

Cela explique- la différence qui existe, au jioint de vue de la grandeur du profit, entre les industries anciennes et les industries nouvelles, entre les industries stationnaires et les industries progressives. Dans les industries anciennes ou stationnaires, la concurrence a fait son œuvre, elle a nivelé les jirofits et les a réduits au minimum compatible avec l’existence de l’industrie. Dans les, industries neuves, dans celles que les jirogrès techniques renouvellent, la concurrence est en retard sur la marche des événements, et les profits restent élevés. I.e jirofit se nourrit de mouvement.

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