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LES VARIATIONS DU PROFIT DANS LE TEMPS

Le jirofit est de tous les revenus le plus variable dans le temps, et cela est la conséquence de la fonction que remplit l’entrepreneur. L’entrepreneur organise et dirige l’exploitation et il en court les risques. Tandis que le capital et le travail mis au service d’autrui stipulent en général une rémunération fixe, au moins pour la plus grande partie, et y ont droit quels que soient les résultats des opérations à quoi ils collaborent, le capital et le travail de l’entrejireneur sont rémunérés jiar ces résultats mêmes. Le profit est extrêmement sensible à toutes les variations des prix.

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i' 230 LA TIÉPARTITIOX DES BIENS

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|i Les périodes de hausse des prix sont des périodes d’amples

Il profits. On pourrait en douter en considérant que, si les prix de

vente de l’entreprise augmentent, ses prix d’achat augmentent aussi. Mais dans les périodes de hausse des prix tous les prix ne marchent pas à la même allure; il y a dans le prix de revient des éléments qui ne suivent pas ou ne suivent que lentement la hausse des prix de vente. Si l’entreprise emploie du capital emprunté, elle ne lui paie, quelle que soit la hausse des prix, que l’intérêt antérieurement convenu, quant aux salaires, ils s’élèvent en période de hausse des prix, mais en général moins que le profit (0-

A l’inverse, c’est d’abord et surtout sur le profit que porte le poids des prix en baisse. Le profit est, peut-on dire, comme une matière élastique placée entre les prix en mouvement et le revenu du travail salarié et du capital emprunté, collaborateurs de l’entrepreneui-. Lorsque les prix baissent, le profit se contracte, protégeant les autres revenus, et loi'sque les prix haussent il se dilate. La répercussion des mouvements de prix ne se fait sentir qu’affaiblie sur les autres revenus. Pour ce qui est de ces variations du profit, il est instructif de comparer l’allure des dividendes, dans les jirincipaux groupes de sociétés par actions, d’une part dans la période de baisse des prix qui se place entre 1880 et les trois ou quatre dernières années du xix® siècle, d’autre part dans la période de hausse qui a commencé à cette date. De 1881 à 1893, l’allure est irrégulière, avec des alternatives de hausse et de baisse, et au total plus de baisses que de hausses. Si l’on considère les dividendes des principales sociétés métallurgiques et bancaires, en Fi'ance, il y a dans cette période quinze cas d’augmentation des dividendes contre vingt-sept cas de diminution. Au contraire, de 189G à 1910, il y a trente-sept cas d’augmentation contre sept cas de diminution; le mouvement ascensionnel est netteinient accusé (-b

Les périodes de guerre sont favorables à la hausse des profits, et quand il s’agit d’une guerre comme celle de 1914 la hausse devient quelque chose d’extravagant. La guerre de 1914 a engendré deux causes également puissantes de hausse des profits : la hausse des prix et l’insuffisance de la production. Les prix s’élevant, les profits, comme on vient de le montrer, s’élèvent aussi nécessaire-

(1) Voir les statistiques produites sur ce point par Aftalion, Les crises périodiqu-es, t. I, liv. II.

(2) Ch. Rist, La hausse du taux de Vintéret et la hausse des prix {Revue vrouomique inteniationale, 1913).

LE PROFIT

ment. La production étant devenue insuffisante, à cause des énormes destructions de capitaux, de la pénurie d’hommes, de matières premières et d’outillages, de la difficulté des transports, les entreprises existantes ont eu de merveilleuses occasions de monopoles; le mécanisme de la concurrence a été, par le malheur des temps, fort détraqué. La classe des nouveaux riches est sortie de ces profits désordonnés de guerre et d’après-guerre, et les mêim's causes (]ui ont fait ces profits ont, par contre, ruiné une partie importante de l’ancienne classe moyenne.

La hausse des prix n’est favorable à la hausse des profits qu’à la condition qu’un degré suffisant de stabilité monétaire subsiste. Les périodes de détraquement de rinstrument monétaire et de hausse extrême des devises étrangères sont, pour les entreprises, des temps difficiles. On l’a vu dans tous les pays qui ont traversé 1 des crises graves de dépréciation de la monnaie nationale. Aussi

j peut-on constater que les hommes d’affaires sont favorables à

j l’inflation dans les débuts, mais que, lorsqu’elle prend une allure

i trop vive, ils réclament la stabilisation. L’évolution de leurs opi-

nions sur la matière reflète le changement qui se produit, au delà d’un certain degré d’inflation, dans la répercussion de celle-ci sur [ les profits.

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