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Les ligues sociales d’acheteurs

L action du consommateur a paru, a quelques hommes de bonne volonté et de cœui“ généreux, utilisable au profit des ouvriers. A défaut même de toute organisation, l’opinion publique n’est pas sans inlluence sur les conditions ilu travail; dans les conllits collectifs, grèves ou lock-out, elle n'est pas chose indifférente, et les deux parties cherchent à se la rendre favorable. Les lois ouvrières sont plus ou moins faciles à appliquer selon que l’opinion publique en admet plus ou moins complètement l’utilité, celles surtout qui, comme les lois sur le repos hebdomadaire, lui inq)osent quelque sacrifice de ses convenances ou de ses habitudes.

Les syndicats ouvriers ont cherché à utiliser cette action du < üiiboinmateur, au mojen du label. Le label est une marque a])])0sée sur la marchandise, attestant que celle-ci est fabriquée dans des conditions de travail et de salaire acceptées par le syndicat;

le public est invité à n’acheter que des marchandises revêtues du label (y).

Les ligues sociales

d acheteurs se ju'oposent de coordonner l’ac-

tion économique du consommateur (‘ .

Voici l’idée fondamentale ;

(1',! Ou trouvera rie noinijreux docuiiient.-' sur Tes œuvres patronales dans les rapports sur 1 économie sociale aux expositions de ISSU et de iUOO, et <ians le li\rc de .M, Cli. Gide, Leu ixatilutiims du iirugrès social, édition, 11121. Malgré les difficultés (lu’clle renconti'c, l'action jiatronale reste quel- (]ue chose de très vivant dans la grande industrie. .V litre d’excmiile, on (pourra cons'iii'ter l'ouvrage de Robert Piimt, Les œuvres sociales de l'industrie metallwf)iquc (1021). Sur les chances et le champ d’action des institutions patronales en agriculture, voir les conclusions de Souchon, La crise de la main-d'œuvre agricole eu Frnuce /Ifilii.

(3) Choppé, Le label (thèse Paris, 11)08).

(!) Deslandrr^, L'acheteur, son rôle écouomique et social (Paris, 11)11).

LE MOUVEMENT OUVRIER

le consommalenr est, on dernière analyse, le maître qui, par ses uebats, détermine tonte la production; qu’il s’impose comme règle lie n'acbeter que les marchandises dont , le prodncleiir ouvrier obtient des conditions équitables de salaire et de travail. Il faut éclairer le public sur les conséquences de sa conduite économique et lui montrer sa puissance pour le bleu et pour le mal; lui dire, jtar ex(>m[)le, que la cliente qui exige dans les trois jours la robe qu'elle vient de commander oblige l’ouvrière à d’épuisantes veillées; que lie jtas consentir à manger du i)ain rassis une fois la semaine, c’est priver l’ouvrier boulanger de son repos hebdomadaire. Lommeiit éclairer le public.^ Par des enquêtes, des lu’ochnres, des affiches, des expositions; par les « listes blanches » qu'on publie et qui désignent à sa préférence les maisons qui Iraileiil équitablement leur personnel; par l'emploi du label i'®).

Les ligues sociales d’acheleurs viennent des Etals-Lnis (Aew- York 1S90). Il y en a actuellement dans d’assez nombreux pays; 4“lles tiennent des conférences internationales. Leur plus grand mérite est de secouer l’iiidifférence du public, de rapi)eler à ceux dont la vie est i»aisible qu’il y a autour d’eux des gens qui luttent péniblement pour gagner le pain quotidien. Mais le résultat économique ne peut pas être bien étendu. L’action des ligues ne peut s’exercer que sur les induslries qui sont en contact immédiat avec le public, comme celles du vêlement et de ralimentation. Dans le ])ublic même, ce n’est qu’une bien petite fraction que les ligues j)arvieiinent à atteindre, celle qui accepte, pour améliorer !(*s conditions d’existence de quelques groupes de travailleurs, de j)ayer un peu plus cher ou de sacrifier quelque chose de scs aises ou des habitudes ju ises. La valeur morale de l’œuvre des ligues sociales ('sl grande; dans l’ensemble des forces économiques en jeu, celle dont les ligues disposent est médiocre.

§ 1. — L’organisation ouvrière; son développement et son état actuel en France. Syndicalisme corporatif et syndicalisme révolutionnaire.

Venons-en maintenant à considérer le mouvement ouvrier luimême. Ifélément essentiel du mouvement ouvrier contemporain

(o) Coniino les coopératives' de consoiiiination, ïes ligues sociales grou’jtent les consoiiuuateurs; mais tandis que les coopératives servent ies intérêts dos consommateurs, les ligues sociales servent ceux des’ producteurs; elles demaadent aux consommateurs un effort désintéivssé, qui parfois meme va contre leur intérêt immédiat.

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LES QLESTIO.NS SOCL4LES

est le syndicat professionnel, c’est-à-dire l’association de p^ersonnes ayant des intérêts professionnels communs, qui se groupent pour défendre ces intérêts. Le syndicat professionuej n’est point propre a la classe ouvrière; il y a des syndicats professionnels patronaux, il y a des symdicats formés par des personnes exerçant des professions libérales, notamment des syndicats de médecins qui ^nt très puissants; il y a des syndicats agricoles qui ont été précédemment étudiés. Le syndicalisme ouvrier n’est donc qu’un des éléments de l’organisation professionnelle qui, par l’association, ( lierche à se réaliser dans le monde moderne (®).

t ats ouvriers est un phénomène

q;) L'histoire du mouvement .syndicat est instructive à plus d'un titre On ta trouvera très complètement expos'ée, pour l’Angleterre, dans Touvragc I e. e-t B. "cbb. Histoire du t)-ade-unionisine (traduction française, 1897); une nonvelle édition, où l'histoire du trade-unionisme est poussée jusqu’au moment présent, a paru en 1920. Pour l'histoire du syndicalisme

allemand, par .Ubert Thomas (Paris'

; * syndicalisme français, on trouvera un bon résumé

et des indications bibliographiques dans l’ouvrage de notre collègue Pic, Traite élémentaire de législation industrielle 3^ édition (1922), dans celui

f Syndicalisme ouirier et sijndicaliJme agricole (L-0) et dans' plusieurs thèses soutenues devant la Faculté de Droit de

onciales du syndicalisme oucrier en F.rancs

unit, Les fonnes actiieUes du syndicalisme en France ([92S)' Moreau tssai sur les théories et V histoire du syndicalisme ouvrier en France (1923)’ Au point de vue aiadogélique, on pourra aussi lire l'ouvrage de .M. .loiihaux. seciétuire general de la G. G. T. : Le syndicalisme et la C. G. T. (1920) l’armi les ouvrages à consulter sur le mou\ement ouvrier et Ifc svndîcalisrae. on citera notamment : de Ronsiers, la question ouvrière en innlcterre (Paris, 1893) et Le Trade-lnionisme en Angleterre fParis 'dS^-)- -Maxime Leroy, La coutume ouvrière (Paris, 1913). La législation anglaisé sur les .«yndieats est particulièrement intére.-sante, parce qu’ePe leur fait une situation privilégiée et les soustrait à la responsabilité de leur, actes; sur ce point, on trouvera un bon exposé dans Gérant, La violence dans les grèves anglaises (tbès.’ Rennes, 1913j; cf. dans l'ouvrage de Mantoux et Alta.ssa, La crise du trade-unionisme (1903), l’étude des faits d’où est sortie cette légi.slation. Notre collègue Dolléans a décrit une idiase anoienne déjà et dramatique, du mouvement ouvrier anglais : Edouard DoD bans. Le chartisme, 1S30-184S (2 vol., Paris, 1912-1913). Le mouvement ouvrier anglais est très troublé depuis quelques années; voir sur ce point - . Hiilip, hwld-soaahsme et trade-unionisme (thè-sc Paris \\m) la lievtt^ il Lron-omie politique publie, depuis 1923, une chronique annuelle du mouvement ouvrier, q,ii résume, pour l’anm^ .'-coulée, les faits reJatifs au .s\ndi( ,ili.-me. II y a, a cité du syndicalisme ouvrier, un syndicalisme patronal, dont 1 organisation a beaneoup progressé depuis’ le début du xx« sièe e. Au janvier 1923, il y avait, en France, 0.399 syndicats patro-

naux. avec -190.300 membres, et 309 unions d.- syndicats patronaux IJ v a

aus.M qu.-l.[ucs syndicats mixtes grouiiant à 1 1 fols des emj.loyeurs et des salaries (,I90 au l*”' janvier 1923).

LE MOrVEMEXT OUVRIER

nél'essairo, qui accompagne le développement industriel et celui du sakiriat. On ne saurait y voir quelque chose d’accidentel. Le salariat n’est idus, comme dans le régime de l’induslrie artisaiie, une ét-ape à franchir; la siruclure économique moderne en a fait la condition normale et définitive de heanconp des travailleurs manuels; ainsi s’est formée dans les esprits l'idée de classe, la notion d’une classe ouvrière qui a, comme telle, des inlér.'ts économiques à défendre. Déjà dans le l'égime eorporatif, régime depetite industrie arlisane, à partir du moment où l’accès à la maîtrise s’est lesserré, des compagnonnages se sont formés entre les ouvriers et ont commencé à jouer un ])eu le même l'iMe que les syndicats ouvriers d’aujourd’hui ('). L’agrandissmuent des entre- ])riscs, le développement de la grande industrie, ont donné une force accrue au mouvement syndical ouvrier; en face d’un jictit patron le salarié peut individuellement discuter (d eontracter, tandis que dans les grandes entreprises cela est pratiquement impossible; les conditions d’emploiemenl des salariés sont quelque chose de collectif, et l’association professionnelle ouvrière est alors tout à fait dans la logique du mouvement social.

On a parfois comparé les syndicats profi’ssioiiiiels aux corporations de métiers; ce ne sont pas des institutions du même ordre.

corporation était, elle est encore, dans les pays où elle s’esi maintenue ou reconstituée, un groupement d’artisans autonomes ou de petits ])alrons; le syndicat ouvrier est composé de salariés. Quant aux syndicats patronaux, on ne saurait non plus les assimiler aux corporations; outre qu’ils n’ont pas le monopole professionnel qui était un des caractères de la coi'poration, ils sont, au point de vue économique, l’expression du régime île l’entreprise, bien différent du régime du métier qui était l’infrastruclnre de la corporation. Le qn’oii jient rajijirocher du syndicat ouvrier, c’est le comimgnonnage; encore y a-t-il entre les deux institutions de grandes différences.

Le syndicalisme ouvrier, comme le syndicalisme patronal, est nu j)hénom.ène général, dont on constat.^ l’existence dans tons les pays a partir d’un certain degré de développement économique. Mais l’histoire des syndicats et leur statut juridique diffèrent selon les ]iays. En Franco, l’association professionnelle qui, sous

(i) Con>ult(-r sur les coiiijtîigiioniifiges .le 1 îincieii règinu- b-s oui'rages’ de Murtin S.iiut-L.'on, Le compagrionnaifc, son h istoire , ses coût unies , ses règlements, ses rites .(Farl«, 1901): Histoire des l■orjlorations de métiers (3*“ édition, 1922).

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LES Ql’ESTIO'5 5ÜCI.VLES

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la fomic (l('s corjMiralions de niéliers, était une des assises écoiioir.i(iiies de l’ancien régime, a élé int ‘nlite par la loi à la fin du \vni'‘ ''iècle el l’est restée pendant la ]ilns grande ])arlie du siècle. La loi des ]4-17 juin J7U1, jionr briser l’esprit corporatif, déridait (pie « les citoyens du in'‘iiie état on profession, entrepreneurs, ceux (|ui ont bonti{iue ouverte, les ouvriers et compagnons d'un art quelcomiiie, ne pourront, lorstju’ils se trouveront ensemble, se nommer de président ni de secrétaire syndic, tenir des registres, }irendre des arrêtes ou délibérations, former des j'èglenu'iits sur leurs prétendus intérêts communs ». Dans le cours du xi.x® siècle, les associations patronales ont pu prendre un certain dévelu])pement, soit i)ar la tolérance, soit avec l’autorisation expresse des pouvoirs publics, mais les associations ouvrières ont presque toujours rencontré une bostilité déclarée, sauf en 1848 el dans la période de 18bÜ-187(>. ( e n'est ([u’à partir de 1878 (lu'uii esprit nouveau ])iévalut; il a trouvé son expression dans la loi du 21 mai's 1884 ([ui. modifiée par celle du 12 mars 1920, forme le statut jiiridicjue des syndicats jirofessioiinels de tout orili'e, ouviiers, patronaux, agricoles, mixtes. Les syndicats prolessionmds se forment libiement, sans (ju’aucune autorisation soit néct'ssaire; la loi leur imi)ose seulenu'nt l’obligation de déposer à la mairie de la commune où le syndical a son siège social le texte des statuts et les noms des administrateurs. L’objet des .syndicats ne ]»eut consister que. dans l’étuile et la défense d(‘S intéi'êts professionnels. Les syndicats régulièrement constitués ont la itersonnalilé morale et il on est de même des unions ou fédélatious formées entre syndicats.

I.es d(‘rnières statistiques publiées donnent le chiffre de 7.072 suidicals ouvriers el celui de 1.84(i.OOO mend)res (à la date du L*' janvier 192ÜJ; mais le ministère ilu Travail ne donne ces cliilli'es ([u’en taisant des réserves (juant à leur exactitude (”). l’our mesurer le chemin |iarcouru, il faut noter qu’en 1890 il y avait un niillii-r dt» syndicats avec Idd.OOO adhérents. 11 y a d’ailleurs, sui’ les chiffres fournis iKir les svndicats français, bien rt*^t*rv**s à fniiv; lieaiH'onp de s\udirjués ne paient i)as régu-

[S) U. lUdlcti}) ilu )ninis!rrc du Tnirail, I'.*:;.”». paiio .histju'eii Î1U5,

lo ministfTo du Iraviiü publiait rhai]iu‘ ann*‘C ili*s duiinécs' as.'^e/ DtDnducs sur îf*s syndicats jtrolt'ss'Lonntds; df'jmii lors, 1rs statistiques sont inoinis régulières (‘t moins coinjtlètrs. Les crédits bndyclaircs ooiisacrés aux divers services stuüstiiiues sont, en France, cxtrrincnicnt réduits; il en résulte que, malgré le dévouement et la science des hommes placés à la tete de ces ■stM'vices, leur renibMuent ne peut être que métUocre.

LE MOUVEMENT OUVRIER

-lièrenionl leur cotisation el sont cependant inainteruis sur les registres sociaux; ils font nombre, sur le papier, sans contrilmer à la force materielle et morale du syndicat.

Les syndicats ouvriers en France sont loin d’englober la majorité des salariés; dans les groupes {U'ofessionnels où la jiroportion des syndiqués est la plus élevée, elle n’alleint pias üO ]). 1011; dans (luehines-uns, elle descend au-dessous de 10 j). 100. Sans doute la France n’est pas un des pays où le.s syndicats ont les plus gros effectifs. Mais dans aucun pays les syndicats n’englobent la totalité des salariés, tant s'en faut; dans ceux oii le syndicalisme est le plus développé, il n’y a (jue quelques groujies professionnels où les syndicats englobent la majorité des salariés.

Mais il ne faut pas mesurer le prestige des syndicats et leur influence sur la population ouvrière à leur importance numérique. l.a loi du nombre, qui régil dans l’ordre poliliqm* les sociétés démocratiques, ne gouverne ]»as l’ordre économique; une minorité active et audacieuse est une force l)ieii ]ilu< grande ((u’ime majorité moutonnière. Le syndicat, même s’il n’est pas la majorité, lorsqu’une bataille ouvrière s’allume, fournit les citdres et les consignes, et son action va bien au delà du cercle de ses fidèles habituels.

Le .syndicat est le groupement primaire; il entre à son tour dans des grouj)ements i)lus vastes. Ces groupements sont de plusieurs sortes. Il y eu a (}ui l'éunissenl les syndicats formés de gnuis (pii exercent la même ju'ofessiou ou le même métier, au sens étroit du mot; jiar exeuqile, les syndicats de maçons, ou ceux de méeaiiieiens, ou e(‘u.\ rie filateurs de coton, bien ([ue dispersés sur le territoire, ont des intérêts communs et iieuvent se grouper, pour les défendre, en fédérations de métier. Mais il y a aussi des intérêts communs entre les syndicats qui, sans ajipartenir au même méli('r, font jtarlie de la même famille industrielle; par ex(‘nij)le, Jes syiidieals des diverses spécialités du bâtiment, maçons, plâtriers, peintres, cbarpenliers, etc. : c’est lu fédération d’industrie. Les fédérations d'industrie sont le mode <le fédération ([ui prévaut aciuellement dans le syndicalisme français.

Outre le groupement des syndicats ]>ar similitudes professionaielles, il y a le grou])ement à rai.soii de la eommunaulé de lieu. Les syndicats d’une même ville ou d’une même région, alors qu’ils représenlenl les professions les j)lus diverses, ont des intérêts •communs; ce qui touche nue jirofession, })ar exenij)le une grève, •un look-oni, un contrat collectif, un tarif de salaires, ne peut pas

LES QUESTIONS SOCIALES

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laisser les autres indifférentes, parce ((u’il y a un sentiment de solidarité ouvrière dont la vivacité est grande. Les bourses du travail, en France, sont soHies de là; elles sont la maison commune des syndicats, un lie\i de réunion où les syndicats peuvent délibérer et décider ensemble sur certaines questions, nous dirons une manière de quartier général, puisque nulle part le vocabulaire militaire n’est plus en honneur que parmi les antimilitaristes des s\mdicats. Actuellement en France, sous l’influence de la F. (i. T., il s’est formé des unions départementales qui sont le type en quelque sorte officiel du groupement fondé sur la communauté de lieu (®).

Les groupements du second degré, fédérations et unions, peuvent eux-mémes entrer dans des organisations plus vastes. Il y a, en France, trois principales organisations de ce genre : la Confédération générale du travail (C. G. T.), la Confédération générale du travail unitaire (C. G. T. U.) et la tbnfédération française des travailleurs chrétiens (C. F. T. C.). Celle-ci, qui groupe les syndicats catholiques, comprend environ loO.OOO membres; la C .G. T. en comprend au moins 500.000, et la C. G. T. U. probablement moins de 300.000 ('“). De ces trois groupements, la C. G. T. est le plus imi)ortant et le plus ancien; elle remonte à 1893. Quant à la C. G. T. U., elle s’est formée à la suite d’une scission survenue, en 1921, dans la précédente; elle est inféodée au j)arti communiste. Des organismes de ce genre subissent inévitablement des vicissitudes très diverses et reflètent toutes les fluctuations du mouvement ouvrier et aussi, dans une certaine mesure, de la politique générale. La C. G. T. a connu des périodes d’essor et des périodes de décadence; elle a été souvent déchirée par les discordes intestines; à de certains moments elle n’était guère qu’une institution de façade, dépourvue de moyens d’action, une sorte fl’épouvantail à bourgeois, et la violence truculente de ses propos masquait sa faiblesse. A la faveur de la guerre, elle a paru avoir trouvé des assises solides, mais la sécession des communistes, en 1921, l’a de nouveau affaiblie. Cependant, si par delà les fluctuations inévitables on regarde l’ensemble du développement, on \

(U) D'ajirès les sUlist'uiucs jiubliées par le nünisU'rc ilu Travail, il y avait, en PT-ance, à la date dn janvier I92n, unions ouvrières et liT bonm\s dn travail.

(10) R. Picard, Le mouveinent ouvrier (Rev évon. poL, 1920); il est difficile de connaître avec exactitude le nombre des ouvriers syndiqués versant régulièrement leur cotisation. D'ailleurs riinporlance des trois groupements mentionnés est sujette à varier rapifleinent.

LE MOUVEMENT OUVRIER

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voit une preuve saisissante de l’énergie du mouvement ouvrier. Il y a dans tout cela une vie tumultueuse et trouble souvent, mais puissante (“).

La coordinatioli ou la tendance à la coordination des forces ouvrières est, comme le syndicalisme lui-mème, un phénomène qu’on constate dans tous les pays industrialisés. En .\ngleterre, en Allemagne, en Belgique, aux Etals-Unis, il y u de puis.sautes fédérations.

Un pas de plus a été franchi avec la création d’un organisme international. En 1902, a été institué le Secrétariat international du travail; en 1919, à Amsterdam, la Fédération internationale des syndicats. De grandes difficultés s’élèvent contre une collaboration véritable et continue des diverses organisations ouvrières nationales entre elles, et cette collaboration est loin d’étre réalisée. Mais c’est un nouvel aspect du mouvement ouvrier qu’il faut suivre avec soin (^“).

Le syndicalisme ouviier n’est pas un mouvement social partout identique à lui-mème. Xon seulement il est coloré diversement, selon les pays, par les caractères propres que présente la constitution économique et politique de chacun, mais dans chaque pays il y a divers groupes de syndicats, avec des tendances et un esprit différents. En Allemagne, par exemple, il y a sept catégories de syndicats : les syndicats libres (socialistes); les syndicats Ilirsch- Duncker, rattachés par leurs tendances économiques au libéralisme; les syndicats chrétiens; les syndicats indépendants; les syndicats communistes; les unions pour la paix sociale; les unions confessionnelles. En Angleterre, les trade-unions ont été longtemps recrutées parmi les ouvriers qualifiés, dans l’aristocratie de la classe ouvrière; depuis 1889 le mouvement s’est élargi; de nouvelles trade-unions ont été formées par les ouvriers non qualifiés, jiorte-

(llj Sur la teniluiK’c à 1 imité dans la inoiivcmant mivrior français, on consultera, outre les ouvrages précitée de Martin-Sainl-Léon et de Jouliaux : de Seilhac, Syndicats our.ricrs, fédérations, itourscs dn trarail (l'.)02); du même auteur, Les Congrès ouvriers en France tlStlOV lilum, Les Congrès ouvriers et socialistes français (1901); Franck. Les bourses du travail et la Confédération générale du travail tthêse Paris, 1910); Martin Saint-Léon, Les lieux (. II. I Syndicalisme et conwiunisnie {Ifil)lkdhèi|ue du Musée social, 1923).

(12) 11 ne faut jtas confondre cette organisation ouvrière internationale avec lu célèbre As.sociation internationale des travailleurs, fondée à Londres en 18C-1, et qui n avait pas, malgré son nom, un caractère spécifiquement ouvrier et syndicaliste.

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LKS QUESTIONS SOCIALES

faix, ouvriers îles doeks, terrassiers, et eela a introduit dans les^ trade-unions des tendances très différenles de celles qui avaient jusque-là prévalu. Le moiiveiueiil syndical est })artout une chose mouvante, difticile à saisir, et il faut se borner à en noter les aspects les plus généraux

Le syndicalisme ouvrier se présente eu fait sous deux aspects. Il a été, il peut être, il est dans certains pays encore ou dans certains groujiements syndicaux un mouvement corporatif : des salal'iés de la même profession se groupent pour défendre leurs intérêts i)rofessionnels communs, améliorer leur condition économi- (fue, obtenir des tarifs de salaires plus avantageux, une diminution du temps de travail, des repos et des congés, demander au législateur une réglementation du travail. Le fait que dans chaque profession les travailleurs se groupent, que d’un groupement à un autre des ententes se nouent, donne aux salariés une grande force et ouvre un large champ à l’activité des syndicats. Mais, dans l'ette première conceiition du syndicalisme, les attributions corporatives sont l’objet essentiel, et môme unique, de son activité, et <-elle-ci se déploie dans le cadre de l’organisation économique existante sans se donner comme fin de la rem]dacer par une autre. Celte conception a été longtemps celle du trade-unionisme anglais; elle est demeurée, au moins dans l’ensemble, celle du syndicalisme, aux Etats-Unis. Une autre conception du syndicalisme s’est formée, qui actuellement prévaut, celle du syndicalisme révolutionnaire. Le svndicalisme révolutionnaire peut bien, lui aussi, poursuivre des fins d’intérêt corporatif, des augmentations de salaires, des limitations du temps de travail, et traiter avec les employeurs. :Mais il se donne un autre objet qui est la révolution sociale, le

(i:t) L’Ilulip tente, en ee inornent. nue expérience inléres.-sinte qui consiste à créer nn symliciilisnic national. Le syndicalisme ouvrier s’est jusqu’ici développé dans chaque jtays u la façon d un corp.s étrang:ci, sans souci des intérêts frénéraux; avec des formes moins rudes, le syndicalisme, patronal a fait de même. L’Etat italien a entrepris de ramener sous son obédience cette force sociale débridée (loi du ti avril 1920 sur la discipline juridique des rapports eidlcetil's do travail). Les syndicats do jiatrons et d’ouvriers sont placés sous le eontrùle de l’Etat et investis d’une sorte de fonction publique; les contrats collectifs passés entre eux engagent tous les membres de la profession. Mais ee n'de légal n’est donné aux syndicats que s’ils présentent des garanties sérieuses de. capacité, de moralité et de foi nationale. On lira avec intérêt, sur ce sujet, l’article du professeur Alfred Rocco, La Réjorme cnnfnttHtionuvRc en Italie [Ree. pol. et parlent., mars 1926); la loi italienne du ü avril 1920 a paru en traduction française dans le Bulletin du Ministère du Travail, 1920.

LE MOLVEME.XT OUVRIER

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reiiversomonf du l'égime capitaliste et du sahiriat et Uavèm>meiit d’un ordre nouveau; c'est son objet essentiel, la défense des intérêts corporatifs dans le cadre de la société existante n’étant qu'une chose provisoire et par conséquent secondaire. Nous allons, dans les paragraphes suivants, étudier le syndicalisme en tant qu'il a pour objet fit défense tles intérêts corporatifs, et ensuite e,i qu’ajoute à cela la conception du syrnlicalisme révolutionnaire.

§ 2. - Le syndicalisme corporatif. La lutte pour les conditions du travail. La convention collective de travail; son objet; ses difficultés.

La lutte pour les conditions du travail a pour instrument principal la grève ou la menace de grève; la menace de grève est sous-jacente à tous les }iourparlers et négociations entre enqiloyeuis et salariés. Laissons de côté, pour le moment, l’étude des grèves feoir nifru, sert, ni) et considérons l'accord conclu, avec ou sans grève, entre les deux parties au contrat de travail. L’inteivention du syndicat, au moins du côté des salariés, donne à cet accord le caractère d’un contrat collectif : c’est, selon l’expression juridique française, la convention collective relative aux conditions du travail.

La convenlion collective a ses l'acines dans la structure mênm de l’entreprise. Dans l’entreprise d’une certaine ampleur il n’y a pas de place pour les tractations individuelles entre l’enijiloyeur et le salarié, du moins le salarié de condition commune qui offre un travail que d’autres pourraient faire aussi bien que lui et qui joue par conséquent, dans l’ensemble de la main-d’œuvre, le même rôle que dans une machine les pièces interchangeables; les conditions de travail et de salaire ne peuvent être déterminées que par catégories de personnel; pour le salarié individuellement c’est à prendre ou à laisser. De cette situation de fait la convention collective sort naturellement (^‘)-

''14) Coiiiïultor .-îiir l(\s convun(ion> roll(*cH^us : Iitire;ui. Le cnnlrat tle trarnil ^'11)02); Jay, Le i-ontr'nt collectif de tiarail, in Herue d'écomnnic politique, 1907; Bulletin de la Société d'études léyislotivcs, lî*07, rapports o\ discussions sur le contrat de travail; l'irou, Les cunceptit)Us juridiques successices du contrat collectif de travail en France 'thèse Hennt's. 1909), et intenention légale et contrai collectif de Irarail. in Herue d'ccotio)nie politique, 1913; Association nationale française pour la jtrotection légale des tra\ailleurs, nouvelle série, n® 4, rapport (iroussier sur la réglementation légale de la convention collective de travail.

352 LES QfESTIONS SOCIALES

Le syndical, groupement organisé, est le mieux qualifié pour être partie à ces conventions collectives entre employeurs et salariés. Sans doute, à défaut de syndicat, un groupement de fait, sans structure juridique définie, un comité de grève, une délégation ouvrière, peut débattre les termes d’une convention collective. Mais, outre que l’autorité d’un groupement improvisé est moindre que celle d’un syndicat régulier, la validité et les effets juridiques de la convention sont, dans ce cas, exposés à plus d’aléas.

Les circonstances de fait où intervient la convention collective de travail sont diverses. Elle peut être conclue à la suite d’une grève, comme un traité de paix; elle peut l’être en dehors de toute grève et même de menace de grève, et cela devient plus fréquent à mesure que la pratique des conventions collectives entre dans les mœurs et tend à devenir le mode normal de règlement des relations entre employeurs et salariés. Elle peut être conclue entre un syndical ouvrier et un ou plusieurs employeurs individuellement, ou entre syndicat ouvrier et syndicat patronal, un ou plusieurs de ctiaqiu' cùté. Elle peut s'appliquer à une seule entreprise, à queiques-unes, à toutes les entreprises similaires d’une localité, d’une région, parfois du pays tout entier, i 11 faut bien marquer les positions respectives de la convention

I colle<‘tive et du contrat de travail projirement dit; la convention

j collective relative aux conditions du travail ne doit pas être con-

fondue avec le contrat de travail. Le contrat de travail proprement dit oblige le salarié à fournir son travail, l’employeur à faire travailler le salarié et à le rémunérer selon les conditions convenues.

: . f.a convention collective, en règle générale, n’implique pas ces

j obligations; son objet propre est de déterminer par avance le

I <'ontemi des contrats de travail qu’employeurs et salariés con-

\ cluroiil; elle est une réglementation contractuelle préalable des

I conditions du travail. En France, la loi du 25 mars 1919 a donné

1 à la convention collective un statut juridique.

' La valeur économi((ue, pour les salariés, de la convention col-

lective lient au fait qu’elle les place, ccanme vendeurs de travail, tlans la situation du monopoleur. Isolés, les salariés se fout concurrence, et chacun est tenté d’abaisser ses prétentions par crainte de se voir préférer un camarade moins exigeant. Groupés, ils apportent leur offre de travail à des conditions convenues entre eux, et si les circonstances économiques ne leur permettent pas d’obtenir tout ce qu’ils demandent, c’est encore en commun qu’ils délibèrent sur la réduction de leurs prétentions. Cela leur confère une grande force, d’autant plus grande que leur groupement est

LE MOUVEMENT OUVRIER

plus cohérent et plus étendu; le syndicat qui parvient à grouper ■sous sa loi tous les ouvriers capables de fournir un certain genre de travail est en bonne situation pour tirer des circonstances économiques tout ce qu’elles peuvent donner.

C’est dans les conditions propres à la grande industrie que la convention collective trouve le milieu le plus favorable à son développement; mais, une fois entrée dans la pratique indusliielle, elle est utile aussi aux salariés de la petite industrie; elle élimine ou atténue la concurrence qu’ils se font entre eux; en fait, dans certains des pays où la convention collective est le plus pratiquée, elle l’est très largement dans la petite industrie.

D’ailleurs le syndicalisme patronal peut placer les employeurs à leur tour, comme acheteurs de travail, dans la situation du monopoleur. Lorsqu’en face de l’organisation ouvrière s’élève une ■fjrganisation patronale où les intéressés décident de ne prendre le travail offert que dans les conditions délibérées entre eux et sans se faire concurrence à cet égard, ce sont deux monopoles qui s’affrontent. Il n’est pas rare que dans ce cas-là l’entente se fas.>e nux dépens du consommateur.

Le contenu de la convention collective, c’est les diverses conditions de l’emploiement des salariés ; salaires, durée du travail et repos, discipline du travail, délai-congé, apprentissage, placement. Mais ces conditions figurent avec une inégale fréquence dans les conventions; c’est la détermination du salaire et la durée du travail qui sont les objets les plus fréquemment visés. L’arbitrage est quelquefois prévu pour résoudre les difficultés nées de l’exécution du contrat.

En matière de salaire, un des objets essentiels de la polilique syndicale est l’obtention du salaire minimum, c’est-à-dire du salaire correspondant au niveau de vie considéré par le salarié comme normal et nécessaire. C’est nne notion théoriquement assez peu précise; le salaire minimum varie selon le temjis, le lieu, h profession, le coût de la vie; il est en relation avec tous les éléments de la vie sociale et change avec eux. Cependant pour le salarié, à un moment donné quelconque, c’est une notion parfaitement concrète et tangible que ce niveau de vie que re])résenle pour lui le salaire minimum; c’est une certaine façon de se loger, de se nourrir, de s’habiller, un certain taux de liberté et de distractions. Il n’y a rien à quoi les hommes s’attachent avec plus d’énergie qu’à conserver le niveau de vie une fois atteint.

La détermination du salaire minimum est une des clauses le plus fréquemment insérées dans les conventions collectives. En

T. — Écon. pot. — II.

LES QL'ESTIOXS SOCIALES

Aiifilt'li'ri't* los Iriiile-unions, dont l’aclioii est doimis longtemps ori(‘idée eu ce sens, ont olilenu des résultats considérables; dans les industries du bâtiment, les mines, la métallurgie, les industries textiles, les industries du livre et du papier, pour ne citer (pie (|U(d(|ues-unes des plus importantes, le principe du salaire minimum a été depuis longtemps admis. Il y a d’ailleurs des exc(‘ptions aux règles posées, pour les ouvriers âgés, fatigué.', peu valides, sans quoi ils ne ])ourraient trouver place dans les usines. I, 'obtention par le salarié du salaire minimum doit avoir pour <'ontre-jiartie la [irestation par lui d’un minininm de travail. I.e salarié perd son droit au salaire minimum s’il ne s’applique pas à la besogne avec diligence, s’il refuse de se conformer anx instructions fpi’il reçoit de ses chefs, etc (^®).

La convention collective, là où elle est devenue la forme générale fies rapports contractuels entre employeurs et salariés, a des conséfjuences étendues et remarquables :

a) Mlle contribue à donner au contrat de travail une précision croissante. Il s’est opéré dans le contrat de travail, depuis le début du XIX*' sièidt', une évolution fjui n’est pas terminée. Il était à l'origiiu' très indétf'rminé quant à son coidenii; le salarié vendait son tenqis jiour un certain prix, sans que rien fût exactement précisé, soit pour l’intensité de l'effort à fournir, soit même pour la durée de la journée de travail. Le contenu du contrat s’est peu à peu précisé; on passe graduellement de ce qui était un simple état fie lait, liussfint jfiacf' à l’arbitraire, à un état juridiqin' tléterluiiH' par la convention. De cette évolution la convention collective est nn facteur inqmrtant ; elle tend à iléterminer l’apport exact fie fdiacune des ])arties en cause, la quantité et la qualité du travail, lf> tarif de la l'émunération, la corn'spondance entre ces deux prestations.

/>) l‘ar les clauses relatives à la discipline de l’atelier, à l’a])préciation des fautes professionnelles et à leur sanction, la convention cffllective limite et dans une certaine mesure transforme l’autfirilé pidronale; d’absolue qu’elle était, celle-ci devient nne autorité en fpifdfpie sorte constitutionnelle.

Cl La cffiiventiffii cffllective, en limitant on même en supprimant la cfiucurrcnce (pie les sal.ariés se font <*ntre eux pour l’acceptation des conditions du travail, limite du même coup la concurrence des cnqdoyeurs mitre eux en tant qu’elle s’exercait par la pression

^(I.S) Con.'iiHer sur cc point Raynuna, Vers le salaire luinimum (Paris, 1 IH J ) .

MüLVE.MEAT 01 VKlElt

faite sur ces conditions, par le travail au rabais et les longues jouniées de travail, (,’ette foiiue de concuri'ence, si dangereuse jfour les maisons lf‘s idus scrupuleuses et les ]ilus soucieuses de mainti'uir de bons raifiiorts ;ivec leur iiersonnel, la conventifin collective réliinine; elle, jiousse la concurrence dans les voies du jierfectioniimuent teidiuique, de la meilleure organisation de l’atelier, et ce sont les voies où La concurrence est en plein accord avc(‘ l’intérêt social.

La lu'atique de la convention collective va de pair avec l’état de l'organisation ouvrière et patronale. En Angleterre, elle est devenue la règle dans de nombreuses industries. Eu Allemaene

elle est aussi très réifandue 0"). En France, elle l’est beaucoup moins; les statistiques ne nous donnent pas le nombre des conventions collectives existant à un moment donné; on nous indique seulement L' chiffre des conventions conclues chaque année, qui dans les années avant la guerre variait entre 200 et 300, et, dans ces dernièies années, se lient au-dessous de 200 (lOÜ en 1922; 144 en 1923; 177 en 1924; 12G en 1923). Beaucoup, eu fait, sont abaudffiinées peu fie tmiips après avoir été conclues. Le législateur s’efforce d’ouvrir nu domaine plus vaste à la convention collective; un certain nombre de lois récentes font appel à des accords à conclure entre employeurs et salariés; il eu est ainsi notamment de la loi du 23 avril 1919 sur la jonrnée de huit heures.

11 n’est pas douteux qu’avec une pratique correcte et loyale de la convention collective l’industrie gagne en stabilité, et que les jiijiporls du capital et du travail deviennent à la longue ]dus sûrs. Mais bien des obstacles se dressent sur la l'oute, soit du côté patronal, soit du côté ouvrier.

Pour ce qui est d’abord de l’ail ilude des emjfloyéurs, il serait difficile de la caractériser d’un mot; elle n’est pas la même partout, et dans le même jiays on ne la trouverait pas identique à quelques années d’intervalle. Elle s’est faite, cette attitude, par nécessité ou par un effort voulu d’adajftalion à un milieu économique modifié, plus conciliante à mesure que la force des syndicats ouvriers grandit. Toutefois nulle part le patronat n’a acceifté spontanément la iirétention du syndicat ouvrier de traiter au nom de la collectivité ouvrière : le syndical est une puissance qui s’élève en face de la puissance ])alroiiale et qui la limite; dans la jduparl di's cas, il comprend les salariés de plusieurs entreprises, parfois de tout

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([(i) On trouve dans la rollcetioii du HaUerni iln Ministère du Travail ies statistiques relatives aux conventions collectives dans divers pays.

LES QUESTIONS SOCIALES

un groupe professionnel, de sorte que chaque patron doit traiter avec des gens « qui ne sont pas de chez lui ». Tout cela n’était pas pour faciliter l’acceptation spontanée de la convention collective. Les résistances ne s’affaiblissent qu’à la longue, sous la pression de la nécessité.

D’autre part, le régime de la convention collective ne peut fonctionner d’une façon satisfaisante que si la classe ouvrière a atteint un degré assez haut d’éducation économique. Il faut que le syndicat sache discerner ce qui est possibl»; et ce qui ne l’est pas, et quand il a traité, qu’il ait assez d’autorité pour faire respecter par ses adhérents les clauses du contrat. Comment les patrons accepteraient-ils une convention qui les lie seuls et que l’autre partie répudie quand cela lui plaît.^ Il n’est sans doute pas indisjiensable qu’il y ait pour le syndicat des responsabilités pécuniaires précises (^'); mais il l’est que le syndicat procure en fait au patron l’exécution loyale du contrat. En France, l’impuissance des syndicats à procurer cette exécution, et souvent même leur mauvaise volonté à le faire, ont nui beaucoup au développement de la convention collective.

•ii

§ 3. ^ — Les autres formes d’activité des syndicats professionnels. Enseignement professionnel et technique, secrétariats ouvriers. Le rôle des syndicats comme sociétés de secours mutuels.

L’activité des syndicats, dans la ligne des intéi'èls professionnels, revêt encore d’autres formes.

I.e syndicat s’occui)e d’enseignement technique et professionnel; il peut ouvrir des cours, avoir des écoles pour former des apprentis ou de jeunes ouvriers, avoir des bibliothèques, des salles de lecture, ouvrir même dans certains cas des concours professionnels. Le syndicat s’occupe du placement; il reçoit les offres et les demandes d’emploi, rassemble des données sur l’état des marchés du travail intéressant la profession.

Le syndicat peut aussi fonctionner, au iirotit de ses membres, comme une agence d’affaires, leur donner des consultations, les guider dans les affaires contentieuses à quoi ils sont mêlés, être pour eux un centre de renseignements et de conseils. Ce service syndical est développé en Allemagne; il y a des « secrétariats ouvriers » qui sont affectés à cette tâche.

(I") Eu .\ngletorre, les Irailo-unions nu soûl pas responsalilcs ])écuniairumeiit (le.s violation.s (hi contrat collectif, et poiirlaiit la pratique de ce contrat y a plus d'éleiulue que partout ailleurs.

LE MOUVEMEKT OUVRIER

Le syndicat, et cela est une de ses fonctions essentielles, crée des institutions dont l’objet est d’assister pécuniairement le syndiqué dans les circonstances critiques de la vie ouvrière : maladie, accident, chômage, invalidité. Le rôle du syndicat est alors celui d’une société de secours mutuels qui perçoit des cotisations et distribue, dans les cas prévus, des allocations. Les trade-unions anglaises ont beaucoup développé ces services de mutualité; même les unions formées depuis les dix dernières années du XIX'’ siècle parmi les ouvriers non qualifiés, après quelques hésitations et avec des ressources moindres que les vieilles unions recrutées dans l’aristocratie ouvrière, sont entrées dans celte voie. Développement considérable aussi des mêmes services dans les syndicats allemands. Syndicats allemands et anglais ont institué des cotisations de taux élevé et savent exiger de leurs adhérents

le paiement régulier de ces cotisations; ce sont des syndicats riches. Les syndicats trouvent divers avantages au développement de ces services de mutualité. C’est un moyen i)Our le syndicat d’assurer la fidélité de ses adhérents; il les tient par les avantages promis et cela est une des raisons de la discipline des syndicats anglais et allemands, discipline indispensable au succès de la convention collective. Puis le syndiqué, secouru dans les circonstances difficiles de la vie ouvrière, est dans la lutte économique un combattant plus ferme. A ce point de vue, les secours de chômage et les secours de grève ont une importance particulière. L’ouvrier sans travail est une menace pour le salaire des travailleurs; le syndicat, en assistant le chômeur, écarte les offres de travail au rabais, et par le viaticum, allocation donnée au chômeur pour aller chercher du travail dans les divers lieux où il peut y en avoir, il contribue à l’adaptation de l’offre du travail à la demande. Quant à la grève, une des conditions du succès, comme à la guerre, c’est de durer; un syndicat riche ne s’engagera pas

dans une grève d’un cœur léger, mais, une fois engagé, il sera cajiable de la soutenir longtemps.

En France, on est mal et irrégulièrement renseigné sur l’activité

des syndicats ouvriers dans cet ordre de faits. Ce qu’on sait de

leurs ressources financières est peu de chose. Sauf dans quelques grandes fédérations, ces ressources sont médiocres; les cotisations sont trop faibles et d’un recouvrement difficile. Les syndicats ne publient pas volontiers le chiffre de leurs recettes et celui de leurs dépenses; ce n’est pas qu’ils aient des richesses à cacher, c’est plutôt pour ne pas étaler leur pauvreté. Cette pauvreté, d’ailleurs, a été érigée en doctrine; certains militants du syndicalisme ont dit

LES QUESTIONS SOCIALES

que le syndical iio pouvait avoir d’ardeur révolulioniiaire que par.vre : riche, ses richesses le rendent timoré, l’einhourgeoisenl . Mais dii'c cela c’est faire de nécessité vertu. Les syndicats ouvriers Il ont pas fait vœu de pauvreté, mais le sentiment syndicaliste n e>t pas jusqu ici as-cz tort dans la niasse ouvrière jioui' (ju’ait pu s établir le système des cotisations élevées et payées régulièrement. Il semble eejiendanl que, depuis la guerre, un progrès sensible a été fait dans ce sens et que les syndicats sont devenus moins pauvres

Depuis que l’intervention législative est devenue Imjuente dans les questions ouviûères, les syndicats ont trouvé là un nouveau champ d action. Ils foiauiilent aupi'ès des jiouvoirs publics les vœux et les revendications des salariés; ils s’efforcent d’obtenir les mesures législatives ou réglementaires qu’ils croient conformes aux intérêts iirofessionnels de ceux-ci. Ils sont consultés dans les (uicjiièles ouvertes sur les questions ouvrières, concurremment avec les syndicats patronaux. Ils sont, dans une certaine mesun\ associés à l’exécution des mesures prises; les services d’inspection du travail peuvent les consulter et les utiliser pour le contrôle et rnpi)lication des lois ouvrières; mais cela est assez délicat à faire iiasser dans la pratique. Il y a des syndicats ])our qui les rapports avec les jcoiivoirs publics sont le principal, la grande affaire; ce sont les syndicats de fonctionnaires et agents de l’Etat. Comme, en tant qu’ils sont électeurs, l’Etat iiatron dépend d’eux, leur activité consiste surtout à utiliser çette situation. La lutte ])our les intérêts professionnels, *(iui est d’ordre économique i)our les autres syndicats, est transportée par eux sur le plan de la sollicitation politique, ou jdus exacteuumi de la pression exercée sur les Jiouvoirs publics.

En droit, ou discute sur le jmint de savoir si les fonctionnaires et agents de l’Ktat ont le droit de formel' des syndicats doi du 21 mars 1884i ou seulement dc^ assoiiations 'loi du L’’ juillet 1901) ou ni l’un ni l’autre. La solution actuellement admise par la jurisju'udt'nce est que les association'^ de fonctionnaires sont légales et que les syndicats sont illégauv. Mais, en fait, les Cou-

(18) Une élude liiiui doniim'iitéi- u été [uildiéi- dans ce;-' durnién's années sur 1 acti\itc des syndicats ouvriers' français L. Bonuafous, Lps <i‘uvt€S d'amMiornliim soriiilr ?'cu/).s'éc.v p(v 1rs sijtiih. iüs uurrirrs on France .l'thèse Paris, Sur la situaüou fiiiancière des synilicals oinriers, on eonsut-

tera : Ch. Bi.st, La situaliu)i Inutncièrc des syndicats ouvTÎers français {lier. éron. iiiiern.. Idll), et une étude puldiée dans le Ihdietin de l'Office du (ravail, en l'.iOS.

LE MOUVEMENT OUVRIEK

vernements reconnaissent les syndicats de fonctionnaires et traitent avec eux; ajirès diverses fluctuations, la doctrine gouvernementale jiaraît fixée en ci' sens ibqiuis les élections legislatives de 1924.

Lomment la ([uestion se pose-t-elle au jioint de vue économi- (jue? Il est certain que les agents <le l’Etal ont des intérêts économiques à défendre, comme les autres salariés, et ([u’il serait peu raisonnable de leur lefuser le droit de s’associer, si laigenient accordé jiar ailleurs au.x autres catégories de citoyens. Sans doute on jieut alléguer qu’ils ont affaire à un emjiloyeur qui, n’étant jias pressé par la concurrence ou par la recberebe du jirofit comme les employeurs privés, peut les traiter assez libéralement, et cela paraît enlever au syndicat de son utilité. Mais, d’autre jiart, les salariés de l’Etat ont bien plus à craindre (jue ceux des emjiloyeurs ju'ivés le favoritisme, (jui est une des jilaies de l’administration jiublique. En fait, un des rôles que se donnent en Erance les syndicats de fonctionnaires, c’est de lutter contre le favoritisme, et leur action sur ce point n’a jias été sans résultats. Ce (ju’il y a de fâcheux dans les syndicats de fonctionnaires, c’est (ju’ils ont toujours une pointe dirigée contre l’intérêt jniblic, et cet intérêt n’est jias en général défendu jiar l’Etat avec beaucoup de zèle et d'efficacité. Le jiéril de l’institution, du moins jiour ce qui est des syndicats qui disposeni dans les élections jiolitiques de nombreux suffrages, c'est iju’ils deviennent, si l’Etat n’a jias la main ferme, des clientèles agressives qui considèrent le service public comme leur chose et jirétendent l’aménager au mieux de leurs intérêts; ils traitent tivec l’Etat, non jias même de puissance à puissance mais de maître à serviteur. Avec un Etat fort, les svndicats de fonctionnaires ne seraient pas dangereux, et d’ailleurs ils seraient inutiles, parce qu’un Etal fort a besoin de services publics bien organisés, et qu’il traite les fonctionnaires avec justice, exigeant d’eux une stricte discipline, mais leur assurant une situation inatérielle et morale décente. Avec un Etat faible, les svndicats de fonctionnaires jieuvent avoir quelque utilité en tant qu’il s’agit de lutter contre le favoritisme; mais ils sont dangereux jiarce qu'ils jirennenl l’autorité échappée des mains de l’Etat. Ils teudenl à devenir les vrais maîli'cs des services publics, et comme ils ne jieuvent représenter que les intérêts des fonctionnaires eux-mêmes, l’intérêt public est nécessairement sacrifié. Tel qu’il s’est dévdoppé en Erance, le syndicalisme des fonctionnaires est une des manifestations de la décomposition de l’Etat.

LES QUESTIO.NS SOCIALES

§ ^- — La politique syndicale de restriction du travail.

Le resserrement des accès à la profession.

Par la généralité et l’ampleur du mouvement, par sa persistance a travers les obstacles juridiques qui lui ont été opposés à certaines époques, qui le lui sont encore parfois, le syndicalisme ou\Tier se révèle une grande force économique. Le considérer, ce qui a été à 1 origine le point de vue jatronal et l’est peut-être encore dans divers milieux, comme le résultat de la propagande diabolique de quelques meneurs, est d’une philosophie bien courte. Envisagé dans sa forme juridique, le syndicalisme ouvrier est l’usage d’un droit qui est de plus en plus considéré comme partie intégrante du patrimoine juridique commun à tous les peuples civilisés, le droit d’association. Envisagé comme fait économique, il est pour les salariés le fondement et le signe d’une puissance à quoi, isolés, ils ne pourraient jamais prétendre;, cola explique rinlluence et le prestige qu’il a sur les masses ouvrières et qui vont bien au delà de ce que pourrait donner à

croire sa seule importance numérique. D’ailleurs, le groupement professionnel, la lutte en commun pour une condition économique meilleure, par les dévouements qu’ils suscitent et la flamme qu’ils allument dans les esprits, sont dans la classe ouvrière un élément de moralité; l’homme vit d’une vie plus haute quand il donne quelque chose de son temps, de ses ressources, de son àme, a une cause qui dépasse son existence individuelle et ses propres intérêts.

Mais il faut se garder de toute illusion; comme les autres grandes forces économiques, le syndicalisme est fondamentalement égoïste et ne se soucie pas de ce qui n’est pas lui-même. Il ne faut jias s’attendre à ce que, sjiontanémeat, il respecte et ménage, je ne dis pas l’intérêt jiatronal comme tel, puisque cet intérêt patronal est l’adversaire, mais l’intérêt même de la collectivité. II n y a pas lieu de s’étonner de cet égoïsme syndicaliste, mais il importe d’en marquer nettement les conséquences.

Le syndicalisme, représentant une classe pour qui la vie est rude et qui ne participe qu’incomplètement à la culture d’une haute civilisation, a systématiquement la conduite la plus brutale à l’égard des non-syndiqués; le non-syndiqué, c’est le « renégat », le « jaune », le « blaclileg ». Le syndicat est, en droit, facultatif; mais la consigne .syndicale est de traiter en ennemis ceu.x qui n’en sont jias. Le non-syndique est mis à l’index; le syndicjué refuse de

travailler avec lui et exige son renvoi de l’atelier, sous menacede grève. A la persuasion et à la contrainte indirecte se joint souvent la violence physique, quand les pouvoirs publics ne savent pas assurer l’ordre matériel.

Le svndicalisnie non seulement a l’égoïsme brutal, mais l’égoïsme à vue courte; il pratique sans discernement une politique de restriction du travail et de fermeture du métier dommageable à la production et par suite à la classe ouvrière tout entière. Plus ou moins nettement formulée, cette idée guide la plupart des syndicats, qu’il y a une quantité limitée de travail à accomplir, une sorte de u fonds de travail » qu’il faut se garder d’épuiser par un zèle excessif. Si quelqu’un fait plus que sa part de travail, il n’en reste pas jKuir les autres. Cacanny, disent les syndiqués anglais.

va doucement, ne te. foule pas. Celui qui travaille trop vite et trop bien est un mauvais camarade, qui gâte le métier. Sans doute cette tendance n’est pas nouvelle, et on a fait obsener qu’il était injuste de mettre la paresse humaine sur le compte des syndicats. 11 reste cependant que le syndicalisme a donné figure doctrinale à ce qui n’était qu’instinct et coloré d’intérêt corporatif la tendance de beaucoup d’hommes à travailler avec une sage lenteur. Il y a dans certaines pratiques syndicales, notamment en Angleterre, des restrictions du travail qui ne s’expliquent pas seulement

par le désir légitime que le travail ne soit pas poussé jusqu’à épuiser les forces physiques et intellectuelles de l’ouvrier, qui n’ont de sens que rattachées à l’idée d’un « fonds de travail » de grandeur donnée à partager entre les travailleurs et qu’il faut aménager de façon que chacun en ait sa part Ç®).

De même qu’il tend à restreindre le travail accompli par l’ouvrier, le syndicalisme tend à resserrer le plus possible, à fermer l’accès de la profession. La profession est considérée comme une sorte de monopole; il faut la fermer aux ouvriers étrangers; aux ouvriers des autres professions, quand il s’agit d'une profession qualifiée; la fermer aux femmes, aux enfants, en limitant strictement le nombre des apprentis qui sont de futurs concurrents.

(19) Un témoignage saisissant de l’égoïsme syndicaliste est la difficulté qu'à éprouvée le Gouverneiiienl anglais*, au cours de la guerre de 191 h convaincre le^ trade-unionistes de la nécessité de renoncer à leurs pratiques derestriction du travail. La production du matériel et des munitions a subi de grands retards, du fait de la lenteur d^‘s syndiqués ïi abandonner le point de vue corporatif pour se placer au ]>oint de vue national; bien des vieshumaine^t, à cause de cela, ont été sacrifiées sur les champs de bataille,, qui auraient pu être sauvée.s.

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