I-Kÿ QL’KSTIO.NS SOCIALES
(liM laiiii's lies qucslioiis ainsi soulevées par la poIiti(|ue des syn- (lieal< siiiit e.xlrèiiieiiient eomjilexe''. Il se janit que, du j)oinl de vue de rinlérèl uational, il y ail avaulage, dans certains cas, à modérer l’afllux des oiiviâers étrangers, eoniine il se ]>eut qu’eu d’autri's eirconslances il y ail avantage à le laisser passer et même d rencotirager. l.e travail des feinnu's el des enfants peut aussi èire ajipi'éeié de divei'ses manièrm, et à cédé de l’iiUérèt de la production il y a lien de considérer les inléi'êls moraux, comme par exemple celui qui s’attache à la cohésion de la vie familiale el au dévelo]»pement iihysique et inlellei'tuel de l’enfant. Mais les syndicats ne tranchent ces iiueslions que du point de vue qui leur paraît être l'intéi'èt actuel des syndiqués; il ne s’agit pour eux que d’un monopole d’emploi à défendre, et leurs solutions se trouvent souvent en opposition avec, l’intérêt national. Limiter, sans autre raison ([ue celte défense d’un monopole, la production, empêcher ou l'etarder radaptalion de l’offre du travail à la demande, cela en détinitive aboutit à diminuer la somme des biens et à ahaisser le niveau de la lichesse sociale; c'est un dommage }iour la collectivité. La politique de restriction du ti'avail et de fermeture do la jirofession peut sans doute, pour un temps, jiroOler à qmdqucs professions où l’organisation syndicale ed assez forte pour instituer un monopole d’enqiloi et le défendre: c’est aux dépens d’autres professions sur lesipielles la pression de la main-d’œuvre eu (pièle d’emploi est artificiellement détournée. D’ailleurs, que les syndicats n’aient pas une vue (dairc des réjiercussions éconondques, ou même qu’il ])réfèrenl délihérément leur intérêt du moment aux intérêts permanents de la collectivité, cela se voit aussi en d’antres milieux. Les agriculleiii's et les industriels ([ui réclament des mesures de jirotection douanière n’ont aucun souci du jmblic consommateur; certains IriHts ou cartels qui limitent systématiquement et d’une façon durahle la production agiLseid tout à fait comme le syndiqué qui limite son effort.
^5. — Le syndicalisme révolutionnaire.
Le syndicalisme révolutionnaire est une conception née en France, ou du moins, car ces questions d’origine sont toujours difficiles à démêler, ijui a trouvé en Fi'ance sa formule la plus aclu'vée. L’ohjel proju-e du syndicalisme révolutionnaire n’est pas Faction corporative, mais le renversement de l’ordre capitaliste, c’est-à-dire du régime économique où il y a des patrons et des
LE .MOLVEMEXT OUVRIER
.salariés. Cela est exprimé de la façon la plus claire dans le ju'ogramme de la C. (1. T. française. L’article l" des statuts de la C. (i. T. est ainsi conçu :
« La C. (i. T. a jiour hut :
» 2" Le groupement, en dehors de toute école politique, de tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat el du jiatronat » (-").
Dans la jdupart des ]>ays, à l’heure actuelle, le «syndicalisme a (‘essé d’être un mouvement purement corporatif et a pris une allure nettement révolutionnaire; c’est le cas notamment en Angleterre où pendant longlenqts le caractère corporatif avait dominé. Il n’y a jilus guère, jiarmi les grands i>ays, que les Etatsrnis et l’Italie où le syndicalisme révolutionnain* ait ])eu de prise. Le mouvement ]ieut revêtir d’ailleurs des aspects assez divers selon les pays. Tel qu’il s’i"d déveloiqié eu France, au début du xx'’ siècle, il jirésente les raractères suivants :
1" Le syndicalisme révolutionnaire est pragmatique; il est tout dans l’action el méprise l’idéologie. 11 se présente comme l’effort même de la classe ouvrière en lutte contre l’ex})loitation capitaliste et clnu'chant à y échajiper; il est l’exju'cssion jiure de la lutte de classes, ou jilulot il est celte lutte elle-même. 11 y a himi une théorie du syndicalisme révolutionnaire, mais elle est, en un certain sens, extérieure au syndicalisme; elle a été faite, en dehors de lui, ]»ar des hommes qui ne lui appartiennent pas, jiar des intellectuels (|ui ont entrepris de dégager la jddlosophie du inouveinent ouvrier. Aussi v a-t-il des différences très sensibles entre la pratique des militants syndicalistes el la doctrine du syndicalisme révolutionnaire (=‘).
(20) La charte Oe la C. G. T. est uni* résolution volée au Congres conféilérnl (rAnûen.s (lOOt'O, confirmée rlejmis, h plusieui*s reprises, et dont voici le passage essentiel : » Dans l’œuvre revendicatrice quotidienne, le syndi-
calisme pours'uit la coordination des efforts ouvriers, raccroissement du mieux-étre des travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates... Mais cette liesogne n'est (pi'un côté de l’œuvre du syndicalisme; il prépare rémancipation intégrale, avec, comme moyen d’action, la grève générale, et iï considère (]ue le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l'avenir, h‘ grouiiement de produetion el de répartition, base de l’organis’alion sociale. » Sur le Congrès d'Amiens et sa signification révolutionnaire, cf. Poiiget, Le Comjrès sj/ndiroUnte (rAmicnti, in Le MouremnU socialiste, années IfiOfi el 1907.
<'2l) Cf. Pirou, .1 propos du sjiudiraJisuiP réroluiiouuaire. Théoricioi's et militants (Rev. pol. et parlem., 1914;; du même auteur ; Proudhonisme et syndicalisme révolutionnaire (thèse Paris, 1010). Le principal théoricien du svndicari^?me révolutionnaire est G. Sorcl. On trouvera l’essentiel de sa
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LES QUESTIONS SOCLvLES
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2° Le syndicalisme révolutionnaire est antiétalisle. L’Etat est le défenseur né des privilèges de la bourgeoisie, le rempart de l’ordre capitaliste. Le régime économique à quoi tend le syndicalisme, ce n’est pas un régime de mainmise de l’Etat sur les entreprises et d’exploitation par l’Etat; c’est le syndicat qui deviendra l’organisme de production. Il y aurait donc là une sorte de self governtneiü ouvrier. Quelques chefs du syndicalisme, reprenant une idée de Proudhon, veulent faire disparaître l’Etat, résorl)er le politique dans l’économique, reniplarer le gouvernement par l’atelier. Mais ce sont là des vues assez brumeuses et sur l’avenir. Pour le présent, l’antitéatisme du syndicalisme révolutionnaire s’exprime par l’action directe. L’action directe a été parfois confondue avec la violence; elle est dans certains cas la violence, car le syndicalisme n’a aucun souci, évidemment, de légalité, et dans les cas où la violence, même physique, paraît possible et utile, elle est d’un emploi recommandable. Mais la violence n’est pas toute l’action directe; elle peut n’en être qu’une très petite partie; elle peut en être comj)lèternent absente. L’action directe ne prend tout son sens qu’opposée à l’action politique; le syndicalisme ne cherche pas à conquérir le pouvoir politique; il se meut dans le plan économique seulement, et c’est toute l’action de la classe ouvrière dans le plan économique qui est l’action directe; la grève en est l’élément essentiel. Cependant le syndicalisme ne s’interdit pas la forme d’action qui consiste à tâcher d’obtenir des lois favorables à la classe ouvrière et à négocier avec les pouvoirs publics; tant qu’il y a un Etat et que cet Etat fait des lois, il faut bien l’utiliser au mieux des intérêts ouvriers. Mais, autant du moins que les circonstances le permettent, le syndicalisme, dans ses démarches auprès de l’Etat, fait encore de l’action directe; la menace de la grève, de l’arrêt des services publics, chemins de fer, postes, adduction des eaux, éclairage des villes, est l’arme dont il se sert pour forcer les gouvernements et les parlements à l’obéissance.
:i° Le syndicali.sme révolutionnaire est antidémocratique. La démocratie, c’est la loi du nombre, le gouvernement des majorités; et puis la démocratie, c’est cette abstraction qu’on appelle le citoyen. Or le syndicalisme ne connaît jias le citoyen, mais
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doctrine dans Réflexions sur la violence (2^ édition, Paris, IIMÜ). Cf., du mémo auteur, L'avodr socialiste des syndicats Taris, 1901) et La décomposition du nuirxistne (2^ édition, Paris 1910). La publication périodique Le Mouvement socialiste a été nu bon représentant du syndicalisme révolutionnaire (publicîition su.spcndue depuis juin 1914).
LE MOUVEMENT OUVKIEB
seulement le travailleur, et il méprise la loi du nombre; les révolutions ne peuvent être faites que par des minorités conscientes et audacieuses qui n’hésiteront pas, s’il le faut, à violenter la majorité irrésolue et inerte.
4° Le syndicalisme révolutionnaire est antipatriote, parce que l’antipatriotisme est la négation catégorique de « l’idéologie bourgeoise » et fournit la matière de la propagande la plus propre à rompre les attaches de la classe ouvrière avec la société où elle vit. La classe s’oppose à la patrie et doit prendre sa place C^). Sans doute, actuellement, le syndicalisme français a atténué, au moins dans la forme, peut-être même aussi en réalité, son antipatrioti.sme d’avant la guerre. La scission qui s’est faite en 1921 a séparé les éléments extrémistes, groupés maintenant dans la L. (i. T. r., des éléments plus modérés qui sont demeurés dans la vieille C. G. T., de sorte que celle-ci a pris ce qu’on serait tenté d’appeler figure bourgeoise. L’antipatriotisme provocateur et cabotin est maintenant le fait des dirigeants de la C. G. T. l'., et quant à ceux de la vieille C. G. T., il est équitable de reconnaître qu’ils s’efforcent de comprendre le fait national et ses conséquences; les leçons de la guerre n’ont pas été complètement jierdues pour eux. Il reste vrai, tout de même, qu’à envisager dans son ensemble la mentalité des syndicats ouvriers français, on voit qu’ils ont gardé une sorte de préjugé tenace contre toute solution qui, dans les affaires où l’intérêt français est en lutte avec les intérêt < étrangers, est favorable au premier, (ie (pie les
(2'1) Un dofî les plus saisissants sur la question de l'antipatrio-
tis-'ine rpiiquétc faite par la revue Le Mouvement socialiste et iiubliée, en 190ti-190C, sous ce titre : Enquête sur Vidée de patrie et la classe ouvrière. Un théoricien du syndicalisme révolutionnaire, de rang: moindre que Cl. Sorel, mais notable cependant, Hubert Lagardellc, a tiré la conclusion di? cette enquête dans les termes suivants : » L’antimilitarisme et Tantipatriotisme. font partie intégrante du syndicalisme révolutionnaire; telle est la conclusion que comporte notre enquête... Les syndicalistes ont toujours poursuivi le même but : rappeler aux jtrolétain^s que Uarniée, la patrie et la guerre sont choses bourgeoises et ipie la lutte de classes' seule est chose ouvrière... » Linlirnilitfk^'isme et syndicalisme, in Le Mouvemeîtt socialiste, 1900). Le même auteur a écrit : u La mort de l’idée de jtatrie ne signifie que la ctnite de la bourgiV)isie. » {IVidée de patrie et le socialisme, in Le Mouvement socialiste, 1900). Ce sont là d’exeellenis témoignages de la folie col- L'Ctive qui avait saisi un certain nombre de Français <ïaus les premières années du xx^ siècle, et non point d’ailleurs jiarmi les seuls syndicalistes nholutiounaires. L’antipalriotismc a été, en fait, dans les années qui ont précédé la guerre, une des formes jirincipales de l’activité symlicalLsle. Il s’y joignait une propagande néo-malthusienne très intense; sur ce dernier point, cf. Pirou, .1 propos du syndicalisme révolutionnaire.
LES QUESTIONS SOCIALES
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(lirig('ciiits ilu syndiciilisiiu', la (ihiparl siuou tous, afiiiidloul leurs idées sur la patrie, la jiuerre, la paix, la politique étraiip’ère, demeure (juelque chose d’enfaidiu et de ledoutahle. S’ils avaieid pu faire prévaloii' leurs vues dans, les aimées (pii ont jirécédé la guerre, nous serions inaintenant soumis à la plus rude iloinination étrangère. Il est heureux pour la Kranee et pour la elas'^e ouvrière (lu'ii y ail eu une élite hourgeoise })lus clairvoyante et moins faeile à du|ier. (pii a .>11 (dioisir la roule et tenir ferme le gouvernail dans la tempête.
Dans tout inouvemeul social il y a des élénitmls très divers et ipii se luodifieut rapidement; c'est un composé instable. Il n’y faut jias chendier de l’absolu, mais le considérer comme un paysage dont les jeux de la lumière et de l’ombre changent sans cesse les aspects. Le syndicalisme révolutionnaire n'est pas partout identique à lui-même; il n’est lias le même, dans le même i»ays, à des moments différents. Pour autant qu’on peut mettre do l’ordre dans une chose si mouvante, deux tendances opposées se manifestent dans le svndicalisme révolutionnaire.
La révolution sociale est conçue par les uns comme imminente; elle est la catastrophe suspendue sur la société capitaliste. Pour ceux (pu’anime cette conception, la défense des intérêts corporatifs est jieu de chose. La principale affaire des syndicats n’est l»as de défendre, dans le terre à terre de la vie professionnelle ([uotidienne, les intérêts des salariés, mais do mener la lutte de idasses, d’entretenir l’antagonisme entre l’employeur et le salarié, d’organiser et de disciidiner les syndiipiés comme une troupe d’assaut à lancer contre la société caidlalisto. Il n’est jias besoin que le syndical soit riche, et même cela n’est pas désirable, car le syndical enrichi a moins d’ardeur combative; mais il faut qu’il soit violent. La violence est nécessaire pour attiser l’esprit de classe; elle est l’antidote du poison que versent dans l’àme ouvrière les pacifistes sociaux. Le symbole du syndicalisme ainsi conçu, c’est la grève générale (voir infra, section ni), la catastrophe où s’abîmera la société cajiitalisle. Dans sa forme la ])lus achevée, le svndicalisnii' révolutionnaire ainsi concu, non seulement met à l’arrière-jilan la défense des intérêts corjioratifs, mais en vient logiquement à la considérer comme nuisible, car tout ce qui tend à améliorer la situation matérielle et morale des travailleurs risque d’atténuer en eux l’esprit combattif et de les réconcilier avec la société bourgeoise. L’essentiel est de détraquer le mécanisme capitaliste; on y parviendra par la sous-production, le sabotage,