‹ Cours d'économie politique [microform]Chapitre 193 sur 209 · I.A I>UTTE CONTHE l/lNSÉCrRlTÉ ÉCONOMIQIE · texte numérisé non relu

I.A I>UTTE CONTHE l/lNSÉCrRlTÉ ÉCONOMIQIE

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chronique, où il y a d’une façon permanente plus de maind’œuvre (pii s’offre que de travail à accomplir; les grands anglais ont été longtemps un cas typique de cette situation ('*).

I e chômage est un terrible lléau pour le salarié et sa famille.

11 supprime i>our un temps les moyens d’existence du salarié, le forco à vivre sur son épargne antérieure s'il en a réalisé de suffisanté, ou sinon le jette à la mendicité. Ce qui est pire, c’est que le chiuiiage répété use les forces physiques et morales du travailleur; riustruraeut de travail qu’est l’homme n est maintenu en bon état que par un fonctionnement régulier. L’ouvrier en chômage perd sa règle de vie, glisse à des habitudes de flânerie qui le démoralisent et l’exposent à toutes les tentations. Mais il y a quelque chose de plus grave encore que les^ souffrances individuelles causées par le chômage; c’est ses conséquences sociales. Par le sentiment d’insécurité qu’il introduit dans 1 existence ouvrière, le risque de chômage est un ferment de dissolution sociale. Pour la communauté, le chômage représente un mauvais emploi et une déperdition de ses forces; l’ouvrier en chômage, c’est une force do travail inutilisée, et non seulement une force humaine, mais les forces mécaniques que l’homme mettrait eu mouvement; il y a du capital qui chôme en même temps que

des hommes.

Dans ce phénomène encore mal étudié du chômage, il semble bien qu’il y ait une part d’inévitable. Les modiheations incessantes qui surviennent dans le milieu économique créent du chômage : industries qui se déplacent, changements dans la technique de la production et dans les besoins. Si la main-d’œuvre était une sorte de matière neutre pouvant s’adapter à toutes les situations, et si elle avait une mobilité parfaite, les modifications du milieu économique ne créeraient pas de chômage, parce que le travailleui dont l’emploi disparaîtrait occuperait au même instant remploi nouveau. Mais le travailleur est un homme, plus ou moins spécialisé soit par l’éducation technique, soit par les habitudes professionnelles, qui a une famille, un foyer, un domicile, une patrie, qui ne se déplace et ne s adapte que lentement et avec peine. Il y a toujours, au même moment, des industries où l’offre de travail est en excès et d’autres où elle est déficitaire; ce n est

(15) Consulter sur ce point J. Malègne, Une forme spéciale de chômage. Le travail casuel dans les ports anglais (Thè«)e Paris, 1913). Des mesurefi récentes relatives à l’embauchage des travailleurs paraissent avoir atténué

le mal.

LES QLESTIO.NS SOCIALES

que (Ions une socitjté économique parvenue à l’état stationnaire que l’équilibre serait établi. Un autre fait qui impliciue dans le chômage une part d’inévitable, c’est que parmi les chômeurs il y a un résidu d’hommes qui ne sont pas capables d’occuper un emploi régulier; des demi-bons, des demi-malades, des faibles de corps et d’esprit, des paresseux, des gens à qui toute discipline jièse, travailleurs de rebut qui ne travaillent que par occasion, qui sont renvoyés d’un atelier quelques jours après y être entrés, que l’on prend seulement dans les moments où l’on prend tout j>arcc qu il y a plus de travail que la main-d’œuvre de bonne qualité n’en peut accomplir. Cette part de chômage n’est d ailleurs inévitable que dans la mesure où le résidu humain inemployable serait un fait nécessaire, mais il est certain que toute amélioration durable du milieu économique où vit la population ouvrière diminue le nombre des incapables et des demicapables.

On peut chercher les moyens d’empècher le chôimage; on peut

aussi, lorsqu’il se pi'oduit, chercher à remédier à ses conséquences.

Pour ce qui est d’abord des moyens préventifs, tout ce qui tend a atténuer 1 amplitude du rythme oscillatoire prospérité-dépression donne plus de régularité au mouvement économique et diminue le chômage en tant qu’il est la suite des crises. Il y a des éléments de l’économie moderne qui agissent en ce sens, mais ce sont des faits sur lesquels la volonté humaine a peu de prise. Aoici, j)ar contre, quelque chose qui dé])end de l’aclion gouvernementale et (pii n’est pas d’une réalisation très difficile. L’Etat, les communes, les entreprises concédées, ont dos travaux de longue haleine a faire exécuter; construction ou réfection de voies ferrées, de ports, de routes, de canaux, commandes de matéliel. Il est possible d aménager l’e-xécutiou des programmes de manière a les pousser plus activement dans les périodes de dépression ([lie dans celles de prospérité; cette méthode fait apparaître sur le marché une demande de travail au moment où le < heunage est au maximum, et l’Etat y trouve son compte parce que les travaux se font à un [irix de revient moins élevé à ce

moment-la. Mais ce n est cfu une solution bien incomplète du problème.

Hien [dus imjiortante est 1 organisation du placement. Le placement met en présence l’offre du travail et la demande; bien organisé, il réduit au minimum le temps que l’un et l’autre mettent à

LA LUTTE COMBE l'iNSKCUBITÉ ÉCONOMIQUE ^ I

se rencontrer et à s’accorder; il diminue [>ar conséquent le xolume, à tout moment, des emplois inoccupés. Une bonne organisation du marché du travail rend le même genre de services qu’une bonne organisation du marché des valeurs mobilières, du marché du blé, du marché du fer, etc. Il y a des entreprises cpii s’occupent du placement, ce sont les bureaux de placement payants; mais en fait les résultats obtenus par ces bm'eaux ont toujours été des plus médiocres; les bureaux de placement payants ne s’occupent en général que de catégories restreintes de travailleurs, notamment les domestiques, et leur fonctionnement donne lieu à de graves abus. Les syndicats professionnels, oux'riers et patronaux, ont cherché à mettre la main sur le placement; être les maîtres des institutions de placement dans un.e profession, ce serait pour les uns ou pour les autres un avantage sérieux, le movi'ii de tenir les voies qui mènent au marche du traxail, [loui le syndicat ouvrier, le moyen de ranger sous sa règle tous les ouvriers de la profession, pour le sxmdicat patronal, celui de ruiner l’autorité du syndicat ouvrier. Mais justement le fait que dans le placement syndical un intérêt de classe est on jeu, nuit à son développement.

Dans un certain nombre, et un nombre croissant de pays, une autre forme de placement a été inaugurée depuis les dix dernières années du xix" siècle : le placement érigé en service public, mais le plus souvent avec la collaboration des représentants de la profession, employeurs et salariés. C’est le système dit paritaire, ])arce que la collaboration des intéressés avec l’adminislration chargée du placement s’exerce par l’intermédiaire d’une commission mixte, composée de représentants des employeurs et de r(>présentants des salariés en nombre égal. Le mouvement (jui s’est produit en ce sens est parti de la Prusse rhénane. Dès avant la guerre, l’Allemagne était couverte d’un réseau d’offices de placement fédérés entre eux, et il s’était ainsi constitué, dans chaque région industrielle, un véritable marché du travail; un office national de placement, créé en 1920, couronne le système.

En Angleterre, la loi du 20 septembre 1909 a créé des bourses du travail (Labour exchanges), qui sont des bureaux publics de placement fonctionnant sous le contrôle du ministère du Commerce. L(>s bureaux de chaque région sont rattachés à une fédération régionale, et les fédérations régionales ellesnmêmes le sont à un clearing-house national, dont le siège est a Londres.

En France, la loi du 14 mars 1904 impose aux communes de plus de 10. (RIO habitants l’obligation d’instituer un bureau muni-

LES QUESTIONS SOCIALES

cipal de placement; mais, jusqu’en 1914, ces bureaux, ou n’avaient pas été institués, ou n’avaient qu’une activité médiocre. La situa-

tion du marché du travail, dans les premiers temps de la guerre, a conduit les i>ouvoirs publics à donner une \'1ve impulsion aux offices publics de placement; il est sorti de là une organisation fondée sur le principe paritaire et qui, instituée d’abord par l'initiative du ministère du travail pour parer à la crise de chômage du début de la guerre, a été consacrée par la loi (loi du 2 février 1925 et règlement d’administration publique du 9 mars 1926). Elle comporte ; dans chaque commune, un registre constatant les offres et demandes de travail et d’emploi; dans les villes d'au moins 10.000 habitants, un bureau municipal de placement; dans chaque département, un office départemental lie placement (“).

L organisation du placement est à la fois une mesure préventive

et une mesure curative du chômage; elle tend à empêcher le chô-

mage et à en abréger la durée. Mais le placement le mieux organisé ne peut que mettre en présence l’offre et la demande de travail; il n a pas pour effet de créer des emplois nouveaux, il ne supprime pas le chômage en tant que celui-ci a pour cause un e.xcès des offres de travail. Pendant le temps que dure le chômage il faut que le chômeur puisse subsister; il y a deux moyens de le faire subsister, l’assistance et l’assurance.

L assistance est un pis aller; elle est démoralisante; donnée sans discernement, elle fonctionne comme un supplément de salaire

pour toute une population ouvrière qui se laisse glisser à une demi-mendicité; elle perpétue de mauvaises conditions de travail.

Il y a autour de chaque profession comme untî frange de travailleurs médiocres qui vivent, partie du salaire insuffisant que leur donnent des emplois irréguliers, partie des subsides distribués par l’assistance publique ou privée. On a essayé de pallier -le mal inhérent à l’assistance par l’organisation de travaux de secours; le chômeur n’est pas purement et simplement assisté; il est occupé

(Iti) Consulter sur le placement les rapporte et discussions de l’Association natwnale pour la protection légale des travailleurs (Les problèmes du chômage, 1910); les notices insérées au BuUetin de l'Office du travail sur les bureaux de placement publio (1910); l’enquête internationale sur l’état du placement, résumée au même Bulletin (1913); les rapporte et discussions du troisième congrès des offices publics de placement, tenu à Strasbourg en juillet 19i>0 'compte rendu dans le Bulletin de l’Association française pour la, lutte contre le chômage, n«» 41-42). La collection du Bulletin du Ministère du Travail, depuis 1914, permet de suivre ce qui a été fait en France dans l’ordre du placement public au cours de cette période.

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