L’anarchisme
L’anarchisme ne doit pas être confondu avec le socialisme. Il se rencontre avec lui dans la critique des institutions économiques, mais il s’en sépare pour ce qui est conception positive d’organisation. Quelles que soient à cet égard les modalités des conceptions socialistes, elles se réfèrent toujours à une organisation voulue et consentie par la collectivité ; le socialisme est autori-
taire, il suppose une certaine centralisation des fonctions économiques, la nécessité d’une hiérarchie et d’une discipline économique imposée. L’anarchisme est, au contraire, essentiellement individualiste, et, comme il se qualifie lui-même, libertaire; il fait le rêve d’une société qui serait débarrassée de toute contrainte légale et qui ne serait, dans l’ordre iiolitique comme dans l’ordre économique, qu’organisation spontanée fonctionnant sans Ltat, par 1 association libre et le contrat.
L’anarchisme par là rejoint et dépasse l’individualisme classique. Celui-ci, dans ses représentants extrêmes, va jusqu’à éliminer complètement l’Etat économique, mais il conserve du moins l’Etat iiolilique ; l’anarchisme ne veut pas plus de l’un que de 1 autre. L’individualisme classique tient la propriélé privée pour la hase de, l’ordre social ; l’anarchisme la supprime, en tant du
moins qu’elle confère le droit au revenu sans travail. Il y a donc entre les deux doctrines, malgré la conception commune d’une organisation spontanée, tout ce qui sépare une doclrine de conservation sociale d’une doctrine de révolution.
Prondhon s’est qualifié liii-même d’anarchiste ; Pakounine, Kropotkine, Elisée Reclus sont avec lui les noms les plus notables de l’anarchisme. Dans le mouvement social actuel, il est souvent
malaisé de distinguer le courant anarchiste du
courant socialiste.
(1) Ed. Bernstein, Socialisme théorique et social-démocratie nratiaue tra clnetion française, Paris, 1000.
(2) G Sorel, L'avenir socialiste des syndicats, Paris, 1000; La déconmosition du marxisme, Paris, 1007.
tü
^ ‘ iA'OTIO^S générales
Le synciicalisme français du .lébut du xx' siècle, violemiueut antietatiste et autipatriote, est lout imprégné d’idées anarchistes, et Il en est de même dans .les antres j)ays latins. D’autre part, certains socialistes entrevoient comme terme ultime de l’évolution sociale la disparition de l’Etat en tant que pouvoir de contrainte et sont ainsi des anarchistes à échéance lointaine, bien
que pour le moment, ils préconisent une intervention vieoureuse de 1 Etat.
§ 4. — Entre le libéralisme et le socialisme.
Il y a entre le libéralisme et le socialisme proprement dit une sene de doctrines de politique sociale dont les nuances parfois mdecises se prêtent mal à un classement catégorique. Ces doctrines se séparent du libéralisme classique en ce qu’elles ne considèrent lias l’état .social actuel comme le meilleur ou le moins mauvais ([ui soit réalisable; sans nier la notion de loi naturelle, elles ne croient pas que toute intervention de l’Etat soit incompatilile avec ces lois ; des réformes sociales sont désirables et possibles ; il n’y a pas une identité préétablie et absolue entre es interets individuels et l’intérêt général, et la formule du laissez-laire n’est pas un dogme. D’antre part, ces doctrines ne se contondent jias avec le sociali.snie ; si elles tiennent des réformes sociales pour çlesirables et possibles, ce sont des réformes conçues dans le cadre de la propriété privée et du mode capitaliste* de production. A la limite, certaines de ces doctrines se confondent presque avec le libéralisme pur, d’autres avec le socialisme proprement dit, de sorte que l’abîme apparent entre ces deux doctrines maîtresses finit par s’eu trouver comblé, et que l’on arrive
a passer de l’une à l’autre par une série ininterrompue de doctrines de transition.
Ces doctrines de transition sortent de bien des sources. Conceptions religieuses ou morales ; dans le catholicisme social, par exemple, l’idée de l’éminente dignité de riiomme, créature de Dieu ; dans le solidarisme, l’idée d’une dette de chacun de nous ^is-à-vis de la société. Sentiment égalitaire choqué par les énormes différences dans la répartition des biens et des travaux et par suite dans les conditions sociales des hommes. Compassion pour l’insécurité et les mauvaises conditions, physiques ou morales, d existence d un grand nombre d’hommes. Désir de voir la paix sociale s’établir, et s’atténuer, sinon disparaître, l’antagonisme des classes. Chez les uns, cela se formule en notions pré-