LES GRANDS COURANTS DE LA DOCTRINE ECONOMIQUE
L’école psychologique exerce son influence au delà de son j.ays d’origine, et notamment aux Etats-Unis. Elle a fourni des œuvres où l’analyse est exfrêmenient ingénieuse et subtile, notamment en ce qui touche les théories de la valeur.
Lue autre école aussi donne la prééminence à la méthode déductive : l’école mathématique. L’emploi .lu raisonnement mathématique est tout à fait à sa place en économie poliliipie, dès lors qu’on la fonde surtout sur la méthode .léductive ; les faits économiques sont des gran.leurs qui peuvent être traduites en figurations géométriques ou en formules algébriques, et il n’est pas .louteux que le langage mathématique est pour la déduction un instrument plus rapi.le et plus sur que le langage ordinaire. Un des premiers qui l’ait employé est le philosophe et économiste français Cournot (1801-1877) qui publia, en 1838, les Recherchés sur les lirhicipes mathématiques de la théorie des richesses ; cet ouvrage passa d’ailleurs presque inaperçu, non seulement .In public, mais des spécialistes. L’inlluence .le la méthode mathématique ne s’est fait sentir que .lans les trente dernières années du xix® siècle, avec notamment Stanley Jevons '(1835-1882) el Walras (1834-1910) ; elle a actuellement des aileptes nombreux, et quelques-uns éminents, en Angleterre, en Italie, en -Vllemagne, aux Ltals-Unis; elle en a peu en France. Ce sont les
théories de Uéchange et des prix qui se prêtent le initnix à cette méthode (1).
Depuis un siècle et demi .[ue l’ixainomie itolilique est parvenue à l’état de science, elle ne s’est donc pas fait une méthode unique et l’attitude .le beaucoup .l’économistes sur cette question est actuellement un éclectisme accommodant, qui admet qu’à la diversité .rasji.Tts .les jirohlèmes économiques jieut correspon.lre la multiplicité .les métho.les; c’est un fait certain que jusqu’à présent toute affirmation trop exclusive d’une métho.le a été suivie d’une réaction en faveur de l’autre.
La méthode déductive, employée autrement que comme accessoire et adjuvant, est, à mon sens, radicalement vicieuse, parce qu elle a pour effet de substituer à l’étude de la vie économique ■celle .l’un mécanisme abstrait et dans une large mesure irréel. Quelque soin qu’on apporte à déterminer et à nuancer les mobiles
(I) Notro collègue Antonclli a fait un exposé at.régé el clair du système économique de Walras, dans ses Principes d’économie pure, 1914. M. Aupetit a donné en 1901 une excellente application de la méthode mathématique à la théorie de la monnaie ; Aupetit, Essai sur ta théorie générale de la monnaie, thèse Paris 1901.
NOTIONS GÉNÉRALES
psycliologiques de nos actions, la réalité sociale est trop variée et l.-op complexe pour qu’il soit j.ossihle de la déduire d’un principe ^îms doute, les hommes sont, dans la plupart des cas, conduits pai le senliment de l’mtérèt personnel, au cours de leurs actions economiques, mais on s’expose aux plus graves erreurs si l’on prétend déduire de là ce qu’est la vie réelle. Il v a, dans toute circonslance, trop d’issues ouvertes à l’action économique pour •lue 1 on puisse a l’avance, sur la foi d’un principe, déterminer celle qui sera choisie, et l’oliservalion seule, non le raisonnement I^eu nous apprendre à connaître la vie. i.a vie économique est tm lait social extérieur à chacun de nous, et ce n’est pas en nous conlemiilanl nous-mêmes par le procédé de l’introspection psvchologique que nous saurons ce qu’elle est. La déduction garde,‘hien entendu, sa place dans la méthode économique : soit comme substitut^ provisoire de l’induction, dans les cas nomhreux où les matériaux fournis jiar l’observation ne sont pas suffisants, soit
pour fournir des hypothèses que l’observation vérifiera ; mais il tant qu’elle reste subordonnée.